X

À La Une

Des chrétiens d'Irak réinvestissent leur monastère saccagé par l'EI

Reportage

"Je suis content de revenir sur ce lieu saint où j'ai passé un an et demi. Mais en même temps, je suis attristé de le voir dans cet état, démoli. Ça me fait mal au cœur".

OLJ/Max DELANY et Safa MAJEED/AFP
23/11/2016

Devant l'autel détruit, le père Charbel Issou écarte les bras, paumes vers le ciel, et entame sa prière devant une pieuse assemblée de combattants irakiens, kalachnikov en bandoulière.

"Notre Père qui êtes aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne", chantent-ils. Sur le mur d'en face, un graffiti proclame en lettres noires: "Allahu Akbar (Dieu est grand)".

Il y a quelques jours, les troupes pro-gouvernementales ont repris le monastère syriaque catholique de Mar Behnam aux jihadistes du groupe Etat islamique (EI), qui en avaient le contrôle depuis plus de deux ans.
Bas-reliefs brisés, statue de la Vierge Marie décapitée... A leur arrivée les islamistes radicaux ont chassé les moines et mis à sac l'édifice chrétien, construit au IVe siècle après J.-C. à 30 km de Mossoul (nord), où les troupes irakiennes ont engagé mi-octobre une vaste offensive contre l'EI.

"Je suis à la fois heureux et triste", soupire Charbel Issou, l'ancien responsable du monastère en redécouvrant pour le première fois les lieux qu'il avait dû abandonner. "Je suis content de revenir sur ce lieu saint où j'ai passé un an et demi. Mais en même temps, je suis attristé de le voir dans cet état, démoli. Ça me fait mal au cœur", confie-t-il.

Devant le monastère, l'un des lieux de culte les plus anciens et les plus vénérés du christianisme en Irak, un tas de gravats gît sur l'ancien emplacement des tombes de Mar Behnam - un saint syriaque qui a donné son nom au monastère - et de sa sœur Sarah.

 

(Lire aussi : Se convertir ou mourir : le calvaire de chrétiens irakiens sous le joug de l'EI)

 

Brigade de Babylone
En 2015, les jihadistes ont mis en ligne une vidéo les montrant en train de dynamiter les sépultures, dont il ne reste presque plus rien.
Un acte de vandalisme parmi d'autres commis par les hommes de l'EI dans la région.
Du site assyrien de Nimrod en passant par les plus beaux temples de la cité greco-romaine de Palmyre, en Syrie voisine, les extrémistes sunnites ont détruit d'innombrables biens culturels sur leur passage.

Lorsque les jihadistes ont envahi la plaine de Ninive dans le nord de l'Irak en 2014, ils ont laissé trois options aux chrétiens: se convertir, payer une taxe ou ou mourir. Environ 120.000 d'entre eux ont pris la fuite. Et il ne sera pas aisé de reconstituer leur communauté, prévient le père Issou.

"Vous devriez voir leurs maisons, souffle-t-il. La moitié d'entre elles ont été réduites en cendres".
Les persécutions de l'EI sont les dernières d'une longue série visant la minorité chrétienne en Irak, régulièrement attaquée depuis 2003 et la chute de Saddam Hussein. Avant l'invasion américaine, plus d'un million de chrétiens vivaient dans le pays. Ils ne seraient plus aujourd'hui que 350.000, dont la moitié dans la province de Ninive, dont Mossoul est le chef-lieu.

Aujourd'hui le père Issou est escorté par des miliciens lourdement armés, croix pendant au cou ou tatouée sur le bras: ce sont des membres des "Brigades de Babylone", formées par des chrétiens d'Irak pour affronter l'EI.

Ils se battent sous la bannière du Hachd al-Chaabi, les Unités de Mobilisation populaire, une coalition de groupes paramilitaires à majorité chiite à qui le gouvernement irakien a fait appel après la déroute de ses forces face aux jihadistes.

"Nous avons démontré qu'il était possible de reconquérir cet endroit malgré notre petit nombre: ce qu'il faut c'est la foi", lance le colonel Dhafer Luis, en appelant ses compatriotes chrétiens à revenir occuper leurs terres.

 

Lire aussi

Nouvelle dégradation de la liberté religieuse dans le monde

 

Pour mémoire

Une première messe sans fidèles dans Qaraqosh libérée

La joie prudente des chrétiens d'Irak après la reconquête de leurs villages

 

Repère

Les chrétiens d'Irak, une ancienne communauté fréquemment cible de violences

À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Honneur et Patrie

"El-hara bala nsara, khsara". (Le quartier sans des chrétiens, est une perte.)

Honneur et Patrie

Salah Stétié, l'un des plus grands écrivains libanais, vient de déclarer dans un interview à L'Orient-Jour d'hier à propos des intégristes : "Les intégristes sont des imbéciles, des animaux plus primaires que les les animaux".

VIRAGE CONTRÔLÉ

Et dire que se sont des musulmans qui ont aidé à libérer ces villages de la barbarie d'autres musulmans tirant leur idéologie d'une source bien connue.

Des rires jaunes moutardes suivis de larmes de crocodile garanties pour bientôt.
Entre janvier et mars 2017.

Irene Said

Et dire qu'ils font cela au nom d'Allah...
Ce sont des créatures possédées par le diable, et qui malheureusement donnent une fausse image de l'Islam à ceux qui ne connaissent pas cette religion, surtout en Occident.
Ils ne méritent même pas d'être comparés à des animaux, eux aussi des créatures d'Allah !
L'animal ne tue ou attaque que pour se nourrir ou se défendre. Il ne viole pas, ne torture pas, et ne détruit pas ce qui ne lui appartient pas.
Irène Saïd

M.V.

des gros tarés obscurantistes ...!version mentalité du 14ème siècle ... avec rien entre les deux oreilles... , et dire qu'ils veulent ignoré et détruire 10 000 ans de histoire de l'humanité...! en l'urgence faut les exterminer .

DAMMOUS Hanna

Un amis chiite m'a dit un jour: "un village sans chrétien est un village perdant." "sans Nassara est une Khsara." Espérons que le monde arabo-musulman revient à la raison.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES TARES PLUS QUE BETES SAUVAGES Y SONT PASSEES...

Dernières infos

Les signatures du jour

Un peu plus de Médéa AZOURI

C’est tous les jours dimanche

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'OLJ vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants