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Culture

Grimper sur le nuage polychrome de Ghazi Baker

Exposition

D'aucuns pourrait le considérer comme un artiste pop. Lui s'inscrit plutôt entre le pop, le néo-pop et la figuration narrative. À la galerie Mark Hachem, « Sins, Virtues & Colors »* présente un ensemble de pièces noyées sous un flot d'imagination.

Danny MALLAT | OLJ
21/11/2016

Alors qu'il faut une minute pour regarder un tableau pop, il en faut dix pour lire un tableau de la figuration narrative.
Dans un esprit commun, l'art pop et la figuration narrative emploient une imagerie simplifiée aplanie, des couleurs vives, artificielles et des combinaisons textes/images. On retrouve souvent des thèmes qui sont révélateurs de réalités socio-économiques et politiques. Les artistes dénoncent la société de consommation, le combat de l'individu, la famille et les conflits du monde.

 

L'artiste raconte...
Ghazi Baker raconte sa vision du monde comme une leçon d'histoire en couleur. Avec un art couché sous une multitude de strates, il tente d'instaurer un dialogue entre ses œuvres et le spectateur et cherche à créer une expérience totale chez celui qui regarde. Il avoue que ses idées devancent souvent ses coups de brosse.

Architecte par vocation et peintre par passion, cela fait plus de vingt ans que Ghazi Baker tâte du pinceau et expérimente toute sorte de tentatives picturales à la recherche de formes et de couleurs. Sous l'influence de ses lectures (grand amateur de bédés) et de son engouement pour Rothko (peintre engagé qui s'exprime exclusivement par le moyen de la couleur qu'il pose sur la toile en aplats), ses œuvres arrivent à se détacher du simple graphisme pour aborder avec humour et sarcasme la réalité du XXe siècle. Attentif à la mythologie comme commentaire de l'histoire, il envisage les symboles mythologiques comme des images autoréférentes qui transcendent la vie. C'est ainsi qu'il représente le phare d'Alexandrie Pharos (l'une des sept merveilles du monde) surplombé d'une canette de Pepsi pour confirmer le pouvoir de consommation grandissant, sous l'emprise de la lumière du mal qui renvoie au prince des lumières déchu.
Et dans l'arche de l'artiste, tous les animaux sont absents, Noé les sert en repas aux visiteurs dans son établissement Noah BBQ. Avec Jonas & the Whale, la baleine devient cannibale sous le regard du pirate qui l'attend pour la comprimer dans une boîte de conserve. L'artiste renvoie aux structures de l'imaginaire avec la dominante digestive et l'ultime question qu'il se pose : « Aujourd'hui, qui de l'homme ou de l'animal dévore plus son semblable ? »

 

(Pour mémoire : Design Ghazi Baker : du meuble expérimental sur ordinateur ...)

 

L'artiste soulève...
Ghazi Baker soulève la confusion des vertus et des vices, où la paresse devient un luxe nécessaire, la gourmandise un passage obligé, la luxure une carte de visite et l'envie une norme. Les sept péchés capitaux sont constamment perpétrés par les humains les uns contre les autres. Des messages et des chiffres ponctuent ses toiles, et toujours ce petit nuage blanc inséré au coin, qui accompagne ce monde aux couleurs artificielles. Il demeure le symbole de la métamorphose, du devenir, pour une nouvelle perspective de vie.
Les humeurs versatiles de l'être humain sont déclinées en quatre saisons, quatre couleurs en contradiction avec toutes les émotions. Pour l'artiste, le risque d'une identité que l'on dénigre augmente et un pays que l'on abandonne volontairement regarde, impuissant, les bagages s'amonceler sur le tarmac du désespoir.
Et avec Sold, l'artiste dénonce le regard masculin, dans la région du Moyen-Orient, sur une femme devenue objet de consommation.
« Sins, Virtues & Colors » offre au final une palette éclatante pour un monde d'obscurantisme, une lecture à deux temps pour des spectateurs de passage ou pour d'autres plus avertis. Mais l'espoir n'est jamais très loin, et quoi de mieux que l'art et l'humour pour confronter l'absurdité ?

*« Sins, Virtues & Colors » de Ghazi Baker à la galerie Mark Hachem, centre-ville de Beyrouth. Jusqu'au 3 décembre 2016. Tél. : 01-999313.

 

Pour mémoire

Open Studio chez Ghazi Baker

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