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Culture - Édition

« Ce livre d’art est égoïste, car les 43 artistes choisis, c’est ma sélection personnelle... »

Rose Issa, âme et plume de plus de vingt ouvrages sur les arts visuels et films du monde arabe et de l'Iran, signe son dernier-né, « Signs of Our Times » (Merrell, 319 pages). À mettre sur un pupitre ou au-devant d'une bibliothèque ; mieux encore : à garder entre les mains. Et à s'en délecter.

Rose Issa, éditrice chevronnée, s’intéresse aujourd’hui à la calligraphie. Photo Michel Sayegh

Les cheveux blancs comme neige, les yeux clairs comme une eau limpide, le sourire radieux. Rose Issa, fraîchement débarquée de Londres, a l'élégance d'un chic piqué de détails discrets. Faisant depuis des lustres la navette entre Téhéran, Beyrouth, Paris et Londres, l'éditrice chevronnée, de mère iranienne et de père libanais, diplômée en études mathématiques de l'AUB, a trente ans de carrière dans l'art. Elle a été directrice, pour un temps, de la galerie Kufa au Queen's Way à Londres, et elle navigue en toute aisance entre le français et l'anglais. Rencontre à la galerie Saleh Barakat où elle a signé (de même qu'à la librairie Antoine-Souks) son dernier-né, Signs of our Times.

Sur la couverture de l'ouvrage posé sur la table, gros pavé luxueusement édité comme tout livre d'art qui se respecte, deux lettres arabes composent un « Akh ».... « Un cri », dit-elle. « Tout ce qui vient du beau est de la douleur, d'un désir qui fait mal. » Elle explique : « Allusion sans doute aussi à notre situation régionale, l'agression faite au monde arabe... Mais je crois en ce proverbe (iranien ?) qui dit que « la beauté est dans le regard du voyeur »... Et d'enchaîner, avec un sourire un peu amusé : « Ce livre est égoïste car c'est ma propre sélection. Il groupe 43 artistes que je connais bien. C'est mon propre choix. Non seulement des calligraphes – la calligraphie pour certains est un truc ringard ! – mais aussi de tout ce qui a trait à la morphologie de la lettre, ses signes et ses traces. » Rose Issa assure que l'usage des lettres « est une force pour une nouvelle esthétique. On a fait des meubles, des néons, avec des lettres arabes ! C'est une esthétique qui évolue. Et cela est prisé aussi bien par les jeunes, les vieux, les moins jeunes, les moins vieux, les designers, les peintres, les artistes et les artisans. Les combinaisons sont multiples. C'est infini comme variation et inspiration, toutes disciplines confondues...»

 

(Pour mémoire : «Zendegi», un défi à la mort et un hymne à la vie)

 

Construction d'un livre
Rose Issa affirme que tout est parti de trois questions qu'elle a posées à ses artistes. « Primo : comment êtes-vous venus à l'art ou l'art est-il venu à vous ? Secundo : comment êtes-vous venus à l'usage des lettres, ou la calligraphie est-elle venue à vous ? Tertio : que souhaitez-vous ajouter en termes d'influence ou d'inspiration ? » L'éditrice se rebiffe : « Et ne croyez pas que tous ont docilement répondu à ces questions ! Certains n'ont envoyé qu'un bref poème ! Alors, pour étoffer, je me suis penchée sur des notices biographiques fournies et bien fouillées... »

Comment est divisé cet ouvrage qui s'étend quand même sur plus d'un horizon, plus d'une palette, plus d'une technique et plus d'une inspiration, et qui est émaillé de superbes planches illustratives ? Explications : « Après deux ans de filtrage et de recherches, j'ai opté pour la charpente du livre actuelle et qui consiste à diviser les artistes en trois générations. Arrivent en premier ceux qui ont commencé à innover, par une esthétique différente, durant les années 1950. Certains sont encore certainement en vie, d'autres sont décédés. On cite, pour les Libanais, Etel Adnan et Samir Sayegh. Mais il y a aussi, entre autres, l'Iranien Parviz Tanavoli et l'Égyptien Ahmad Moustapha. » Rose Issa précise que la deuxième partie, placée sous le titre de L'exploration, regroupe des artistes qui, installés pendant un certain temps en Europe, ont voulu se singulariser par leur identité. Et elle cite dans le domaine de l'illustration le Cairote Chant Avedissian et Susan Hefuna (née en Allemagne) ainsi que l'Irakien Hassan Massoudy. Dans la troisième et dernière partie, elle a rassemblé les artistes qui sont venus sur le tard à l'usage des lettres au XXIe siècle. Elle retient les noms d'Ayad Alkadhi (de Bagdad) et de Farah Behbehani (née à Boston et élevée à Genève). « Mais chacun, parmi tous ces artistes répertoriés, conserve sa spécificité, son essence, sa part de poésie, ses choix de couleurs, d'imaginaire, de fantasmes et de représentations. Un éventail assez fourni ! »
indique Rose Issa.

En conclusion, Signs of Our Times (avec des notes introductives signées Juliet Cestar, Venetia Porter et Hans-Ulrich Obrist) est un très beau livre d'art. Et de référence. Un excellent stimulant pour exciter les connaisseurs d'art à vouloir aller encore plus loin avec les lettres et les signes. Qui sont loin d'avoir dit leur dernier mot...

*Signs of Our Times, de Rose Issa (Merrel, 319 pages) est en vente dans les librairies Antoine.

 

 

 

Pour mémoire

Ayman Baalbaki vu par Rose Issa

 

Les cheveux blancs comme neige, les yeux clairs comme une eau limpide, le sourire radieux. Rose Issa, fraîchement débarquée de Londres, a l'élégance d'un chic piqué de détails discrets. Faisant depuis des lustres la navette entre Téhéran, Beyrouth, Paris et Londres, l'éditrice chevronnée, de mère iranienne et de père libanais, diplômée en études mathématiques de l'AUB, a trente ans de carrière dans l'art. Elle a été directrice, pour un temps, de la galerie Kufa au Queen's Way à Londres, et elle navigue en toute aisance entre le français et l'anglais. Rencontre à la galerie Saleh Barakat où elle a signé (de même qu'à la librairie Antoine-Souks) son dernier-né, Signs of our Times.
Sur la couverture de l'ouvrage posé sur la table, gros pavé luxueusement édité comme tout livre d'art qui se respecte, deux...
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