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Irak

« Les familles elles-mêmes ont dû identifier les cadavres en fouillant leurs poches »

Au sud de Mossoul, l'avancée des forces armées irakiennes est ponctuée de découvertes macabres : des charniers où reposent ceux qui ont osé défier l'EI.

Un membre des forces irakiennes observant un charnier de l’État islamique découvert dans la région de Hamam el-Alil, près de Mossoul. Ahmad el-Rubaye/AFP

Ce jour-là, sur la rive du Tigre, l'ambiance est à la fête. Hamam el-Alil, situé au sud de Mossoul, a été repris aux jihadistes du groupe État islamique à peine quelques jours plus tôt. Et après plus de deux ans d'interdiction, les habitants peuvent enfin profiter des sources d'eau chaude riches en soufre qui ont fait la renommée de la ville. Enfants, parents et membres des forces de l'ordre s'essayent à des concours de plongeon dans l'un des deux bassins fumants qui longent la rivière. « C'est bon pour la peau », s'exclame un policier en se tartinant le visage et le corps d'une boue gris-vert réputée pour ses vertus dermatologiques.

De l'autre côté de la ville, c'est pourtant une tout autre scène qui s'offre à la vue des habitants. Le parfum de la mort s'est substitué à l'odeur du soufre. Pieds et mains liés, deux corps jaunis par le soleil gisent oubliés au milieu des détritus. La tête de l'un repose à proximité. Plus loin, enfoui dans les déchets, des membres en décomposition sont tout ce qu'il reste des habitants de Hamam el-Alil sauvagement assassinés par l'EI.

Cinq jours après le début de la bataille pour reprendre Mossoul, les jihadistes ont commencé à rassembler anciens policiers, soldats et leurs familles, pour les exécuter à la nuit tombée, racontent à L'Orient-Le Jour plusieurs habitants de la ville. L'un d'eux, dont la maison donne sur le charnier, était témoin du ballet de convois qui emmenaient les condamnés à mort. « Je pouvais entendre les coups de feu et les cris », murmure-t-il le regard vide. Lui-même ancien policier, il avait fui avant que les jihadistes ne l'attrapent. Mais deux de ses oncles sont toujours portés disparus. En tout, 300 anciens policiers auraient été tués à Hamam el-Alil, selon un rapport de l'ONG Human Rights Watch publié hier.

 « Ce sont les familles elles-mêmes qui ont dû identifier les cadavres en fouillant leurs poches à la recherche d'une carte d'identité », déplore Ramadan Jassem. Selon ce père de 13 enfants, plusieurs des officiers assassinés avaient tenté de se rebeller contre l'EI à l'annonce du début de la campagne pour libérer la région. « Ils voulaient aider l'armée. Ils ont tenté de petites opérations, mais ils ont rapidement été capturés. Ils ont pris mon frère. Je ne sais pas où il est », explique M. Jassem, interrompu par le bruit fracassant d'un obus de mortier tiré depuis la périphérie de la ville.

 

(Lire aussi : Se convertir ou mourir : le calvaire de chrétiens irakiens sous le joug de l’EI)

 

D'autres insurrections armées avaient déjà tenté de déloger l'EI par le passé. Fin août, les forces armées irakiennes reprenaient la ville de Qayyarah, à 60 kilomètres au sud de Mossoul. Et sans doute pour la première fois dans l'histoire de la guerre contre l'EI, elles avaient coordonné leur attaque avec des civils vivant à l'intérieur de la ville. Seule une quinzaine d'hommes auraient participé à l'assaut, armés de vieilles kalachnikov qu'ils avaient enterrées dans leur jardin, mais le symbole était plus important que le nombre de balles.

Une insurrection qui s'est depuis propagée à la « capitale » du califat autoproclamé, selon plusieurs commandants irakiens interrogés par L'Orient-Le Jour. « Les habitants de Mossoul ont créé une force armée secrète et ont commencé à tuer des membres de l'État islamique. Lorsqu'ils voient un ou deux jihadistes isolés, ils les tuent à l'intérieur de la ville », assurait fin août le général Mann el-Saadi, l'un des commandants des forces spéciales irakiennes. Mais le massacre de Hamam el-Alil est la preuve, s'il en fallait une, que résister à l'EI se paye au prix fort.

À Mossoul, l'EI aurait aussi assassiné ces dernières semaines des dizaines de résidents accusés de collaboration. Et les forces de sécurité irakiennes s'attendent déjà à trouver d'autres charniers, comme celui d'al-Khafsa, un profond cratère naturel situé dans le désert au sud de Mossoul que les jihadistes utilisent pour se débarrasser de leurs victimes. Des « milliers » de corps pourraient s'y trouver, selon plusieurs résidents de Hamam el-Alil. « Ils n'ont aucune pitié », résume Ramadan Jassem, qui a perdu espoir de revoir un jour son frère.

 

 

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