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Moyen Orient et Monde

À Marrakech, Kerry se veut rassurant et table sur les marchés

Sommet du climat/COP22

Le financement reste la question irrésolue de la COP et les pays en développement expriment leur inquiétude une fois de plus.

17/11/2016

Dans une conférence sur le climat, marquée, à ses tout débuts la semaine dernière, par l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, autant dire que l'intervention du secrétaire d'État américain de l'administration sortante, John Kerry, était très attendue hier à la COP22 de Marrakech. Devant une salle comble de centaines de personnes (délégués américains et médias), applaudi à de nombreuses reprises, il s'est voulu rassurant et a présenté un plaidoyer passionné en vue d'une poursuite des efforts dans le cadre de l'Accord de Paris, adopté l'année dernière par plus de 195 pays.

Le président élu Donald Trump avait, rappelons-le, qualifié le changement climatique de « canular » au cours de sa campagne et menacé de retirer le pays de l'accord au cas où il accéderait à la Maison-Blanche. Le bruit court que sa future administration travaille déjà aux moyens de contourner l'accord, et que, dans les couloirs de la COP22 notamment, on discute déjà des options pour combler les lacunes qui résulteraient d'un éventuel retrait américain de la course, notamment au niveau européen. En effet, on attend des pays développés des efforts d'atténuation de leurs émanations de gaz à effet de serre, mais aussi le financement d'activités dans les pays en développement.

Dans son discours, John Kerry est resté dans la même lignée que les autres chefs d'État et ministres présents à la COP, en réaffirmant fortement l'engagement continu de son pays envers l'Accord de Paris dont il a été l'un des principaux artisans. Il a abordé de front la question des élections états-uniennes : « Bien que je ne puisse pas prédire la politique que conduira notre président élu, je peux vous dire ceci : mon expérience de la vie publique m'a appris que certains problèmes apparaissent un peu différemment quand on est en campagne et quand on entre effectivement en fonctions. »

 

(Lire aussi : « Si Trump veut se retirer de l'Accord de Paris, il le peut, mais il devra en assumer les conséquences »)

 

Il a également ardemment défendu le travail effectué. « Personne ne peut nier l'extraordinaire progrès réalisé », lançant qu' « il ne fait pas de doute qu'au-delà des élections, une majorité d'Américains croit que le changement climatique est une réalité ». « Les États-Unis vont atteindre les objectifs fixés parce que le marché dicte cela, et je ne pense pas que cette tendance soit réversible », a-t-il dit, dans une allusion claire à la difficulté qu'aurait l'administration prochaine à ôter les États-Unis de ce processus.

Le secrétaire d'État américain a principalement axé son mot sur le développement des énergies renouvelables, qui a pris un essor extraordinaire en 2015, attribuant ces succès « au secteur privé qui va au-devant des politiques », mais qui reste, au regard des infrastructures existantes, minoritaire, ne comblant que 10 % des besoins en énergie, d'où la nécessité d'augmenter les ambitions des pays. Il a aussi longuement évoqué ses propres observations en Antarctique et invité « tous ceux appelés à prendre des décisions qui pourraient affecter des milliards de personnes de constater par eux-mêmes les effets du changement climatique » et de « se référer à la science plutôt qu'à une idéologie ».

L'année 2016 est la plus chaude de l'histoire, et cette tendance au réchauffement se précise nettement depuis des décennies. « Pour l'instant, on bat des records tous les mois. Il arrive un moment où même les plus fervents sceptiques doivent admettre qu'il se passe quelque chose de préoccupant », a déclaré le secrétaire d'État.
Ce constat présenté par John Kerry pour accompagner son appel à l'action était également celui de 360 grandes sociétés (groupe « 360+ »), américaines et autres, qui ont lancé un appel aux États-Unis, les pressant de rester fidèles à leurs engagements dans le cadre de l'Accord de Paris. Leurs représentants, au cours d'une conférence de presse qui a précédé celle de M. Kerry, ont affirmé que « recourir à une économie peu dépendante du carbone est non seulement bon pour la planète mais aussi pour l'avenir des investissements », craignant qu'un échec en la matière mette « la prospérité américaine en péril ».

 

(Lire aussi : À Marrakech, l’adaptation de l’Accord de Paris avance à (très) petits pas)

 

« Nous sommes tous inquiets »
Rencontré à la suite de l'intervention de John Kerry, un jeune chercheur américain, Kevin M. Adams, de l'Université de Colorado, se dit « satisfait d'avoir vu le secrétaire d'État américain si passionné et si déterminé de faire en sorte que son pays se maintienne dans la voie de la lutte contre le changement climatique, malgré les incertitudes politiques du moment ». « Il est rassurant d'entendre que nous ne reculerons pas face à nos engagements dans le cadre de l'Accord de Paris, ce qui est important, dit-il. Il était particulièrement rassurant d'entendre que les marchés des énergies renouvelables sont la force qui nous permettra d'honorer ces engagements, et que ce n'est pas nécessairement relié à la volonté politique en ces circonstances dans notre pays. »

Toutefois, Kevin Adams se dit « déçu » que le diplomate américain n'ait pas mentionné l'adaptation (en d'autres termes l'aide prévue aux pays en développement afin de leur permettre de prendre les mesures nécessaires en vue d'adapter leurs sociétés aux changements climatiques à venir). « Il n'a rien dit sur le transfert de technologies ni sur le financement climatique vers les pays en développement, ni encore moins sur la justice et la responsabilité américaine envers ces pays qui subissent de plein fouet les changements », poursuit-il. « Ce n'est pas nécessairement inattendu de sa part, ajoute-t-il, mais il est dommage que notre énergie soit toujours principalement dirigée vers les efforts d'atténuation des émanations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, alors qu'à mon sens il aurait fallu aider les pays en développement, et surtout les nations les plus vulnérables, à se préparer aux changements inévitables. »

Qu'en est-il de l'administration à venir ? Le chercheur est-il inquiet ? « Je pense que nous le sommes tous, répond-il. Il suffit de constater que le nouveau patron de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) aux États-Unis est un climato-sceptique notoire. J'ai déjà lu en plusieurs endroits que l'administration prochaine considère plusieurs moyens de retirer le pays de l'Accord de Paris, ce qui poserait sans nul doute problème. Nous nous demandons tous ce qui adviendra si cela est vrai. »

Il tempère : « Je crois cependant que M. Kerry a raison de dire que nous sommes sur une voie irréversible pour l'atténuation de nos émanations de gaz à effet de serre grâce à l'implication du secteur privé. Toutefois, en ce qui concerne nos engagements financiers envers les pays en développement et l'adaptation, j'ai bien peur qu'en cas de retrait américain, la capacité de ces pays à faire face au changement climatique ne soit sérieusement freinée. »

10 % du financement total
Une perspective qui, si elle se confirmait, devrait davantage affecter les pays en développement, qui revendiquent un transfert des technologies (d'énergies renouvelables par exemple) ainsi que des fonds leur permettant d'acquérir l'infrastructure nécessaire pour faire face aux événements climatiques extrêmes, des efforts dits d'adaptation. Hier encore, Harjeet Singh d'Action Aid, membre du réseau mondial d'ONG Climate Action Network (CAN), dénonçait à Marrakech que « le financement de l'adaptation – de l'ordre de 10 milliards de dollars par an – est absolument inadéquat ». Sachant que le financement dans le cadre de l'Accord de Paris est prévu pour 100 milliards de dollars par an, à partir de 2020. Plusieurs ministres des pays du Sud ont également exprimé leurs appréhensions à ce propos, dans leurs discours en séance plénière.
Le financement de l'adaptation, principal point de litige qui demeure irrésolu dans le cadre de cette COP, a été abordé hier au cours d'une réunion ministérielle.

 

 

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Assad Fakhouri

Il a reussi à arriver à Marrakech pour nous abreuver de ses paroles douceurs/aigres
En janvier, il va s'ennuyer dans son bled ....

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