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Moyen Orient et Monde

À Marrakech, l’adaptation de l’Accord de Paris avance à (très) petits pas

Sommet du climat/COP22

À l'ouverture du débat avec les chefs d'État et les ministres, l'élection de Donald Trump aux États-Unis continue d'imposer un climat d'incertitude.

16/11/2016

La deuxième semaine à la COP22 de Marrakech, comme c'est le cas pour les sommets du climat chaque année, connaît une activité accrue, sans pour autant qu'un résultat spectaculaire ne soit attendu d'ici à la fin de la semaine, selon des sources concordantes. Ce sommet, en effet, fait suite à l'adoption, l'année dernière, de l'Accord de Paris, jugé « historique » puisqu'il a rassemblé plus de 195 pays dans la lutte contre le changement climatique. Le sommet de Marrakech, lui, sert de lieu de discussions pour les modalités d'application de cet Accord de Paris lequel, comme tout accord global, possède des zones d'ombre qu'il faut clarifier. Selon des observateurs hier, les avancées sont modestes, réalisées sur des dossiers techniques tels que la définition des règles selon lesquelles doit être appliqué l'accord, ou le plan de travail pour sa future adoption... en reportant la discussion sur les détails à des COP futures.

Sur la question du financement de cet accord, le traditionnel mécontentement des pays en développement persiste, ceux-ci souhaitant que davantage d'argent soit mis au compte des actions d'adaptation aux futurs impacts du changement climatique. Toutefois, les annonces des pays développés se succèdent : aujourd'hui même, le Canada, le Danemark, l'Union européenne, l'Allemagne, l'Italie, le Japon, la Suisse et les États-Unis devraient annoncer des fonds majeurs pour le transfert de technologies vers les pays en développement, afin de les aider à honorer leurs engagements dans le cadre de l'Accord de Paris.

Pour autant, les États-Unis maintiendront-ils leurs engagements au niveau du financement et de l'application de l'Accord de Paris ? Malgré le ballet des personnalités qui a marqué la journée d'hier, en présence du roi du Maroc Mohammad VI et du secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, pour l'ouverture des débats de haut niveau en présence des chefs d'État et ministres, le résultat de la présidentielle américaine, qui a amené Donald Trump au pouvoir, continuait de planer sur la COP22. S'il retire son pays de l'Accord de Paris, le président élu aura non seulement éloigné de la course un gros pollueur, mais aussi un grand donateur. Hier, à Bab Ighli (siège de la COP), M. Ban a exprimé son « espoir » que le futur président américain « comprendra l'urgence » de l'action contre le réchauffement.

Le secrétaire d'État américain sortant John Kerry devrait s'exprimer aujourd'hui sur le sujet, dans un « discours soulignant l'urgence de l'action climatique », selon le négociateur des États-Unis, Jonathan Pershing. Donald Trump avait qualifié l'Accord de Paris de « canular » et menacé de l'« annuler », durant sa campagne.
Dans une sorte de bilan provisoire, des militants de la société civile constatent des avancées réalisées sur les dossiers techniques, mais des avancées plutôt timides. Les négociations autour des manières de mettre en application l'Accord de Paris sont terminées. Selon une militante, « les négociateurs ont décidé d'un plan de travail sans entrer dans la substance des sujets ». « Les détails seront débattus l'année prochaine et jusqu'en 2018 », dit-elle. À la question de savoir comment il se fait qu'on s'accorde sur un plan de travail sans aborder les détails, elle souligne que « le progrès consiste dans le fait que les négociateurs ont identifié les sujets importants et décidé dans quel cadre ils devraient être placés, mais comme certains pays craignent, à juste titre, que la substance des sujets tarde à être abordée, un bilan est prévu pour le sommet prochain, afin que les négociateurs puissent constater les progrès effectués ». Elle poursuit : « C'était l'une des revendications-clés pour cette COP, et il est bon que cette mesure ait été prise. »

(Lire aussi : « Si Trump veut se retirer de l'Accord de Paris, il le peut, mais il devra en assumer les conséquences »)

 

Rien de spectaculaire
Des discussions ont également été engagées autour du livre de règles (pour l'application de l'accord), le délai pour cette mesure devant, selon les prévisions, être fixé pour 2018. Aujourd'hui mercredi, les délégations des pays seront engagées dans ce qu'on appelle le dialogue de facilitation, en d'autres termes ils annonceront ce qu'ils planifient à leur échelle. Les observateurs rencontrés espèrent que ce processus aboutira sur une hausse des ambitions des pays en matière d'atténuation des émanations de gaz à effet de serre, sans laquelle les promesses de l'accord resteront lettre morte.

Rien de spectaculaire, donc, ne peut être attendu de cette COP, dans le cadre de ce qu'on appelle déjà la « Proclamation de Marrakech », annoncée par le roi du Maroc Mohammad VI vers la mi-journée. Pour les 100 milliards de dollars à assurer par an à partir de 2020, il existe une feuille de route, mais marquée dorénavant par les incertitudes sur le rôle américain. D'autres donateurs devraient remettre cette question sur la table afin d'essayer de compenser d'éventuels manques à venir à ce niveau.

La dernière question « irrésolue » dans cette COP est celle du fonds pour l'adaptation. En effet, quand on parle du financement, deux grandes tendances se profilent : les fonds destinés aux efforts d'atténuation des émissions de gaz à effet de serre dans les pays, et ceux qui devraient aider les pays en développement à prendre des mesures pour s'adapter aux futurs impacts du changement climatique (la hausse du niveau de la mer, par exemple). Jusque-là, l'adaptation a été le parent pauvre du financement climatique, ne devant récolter que quelque 10 % des 100 milliards de dollars annuels projetés. Un observateur rappelle que le Canada vient de s'engager à payer deux millions de dollars par an pour le fonds sur l'adaptation. Les pays en développement exigent d'avoir leur mot à dire à ce niveau, et le débat persiste.

 

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