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Nos lecteurs ont la parole - Par Salim F. Dahdah

L’élection présidentielle, millésime 2016, crépuscule ou aurore de la République libanaise ?

Georges Bataille disait: «Ce qui m'oblige d'écrire, j'imagine, est la crainte de devenir fou ! » Au lendemain de journées riches en informations et en scoops et de longs mois d'attente et de suspense, le peuple libanais s'est enfin réveillé ce mois d'octobre 2016 en ayant l'impression de s'acheminer vers un dénouement de la crise la plus longue de son histoire, avec la tenue d'une élection présidentielle qui avait été longtemps bloquée pour permettre à certains partis politiques de se replacer le plus avantageusement sur l'échiquier national. Est-ce le commencement de la fin d'une partie d'échecs entre deux joueurs dont l'un avait tout au long de ce face à face un revolver bien mis en évidenc? De bloqueur chronique et quasi permanent, le parti de Dieu aurait-il enfin perçu la nécessité de devenir promoteur et parrain de cette échéance ?
En tout état de cause, l'élection présidentielle était devenue pour tous une obligation incontournable, elle ne pouvait plus être reléguée à un arrière-plan, les composantes nationales l'ont enfin compris et ont décidé d'y pallier dans les meilleurs délais et conditions. Le 31 octobre fut la date choisie à cet effet. Tous les parlementaires, hormis un démissionnaire, soit cent vingt-sept, ont donc répondu présent à l'intérieur de l'hémicycle. Les élections ont eu lieu et le général Michel Aoun a été élu au quatrième tour avec quatre-vingt-trois voix. Pour les parrains de cette victoire, l'événement a une très grande valeur stratégique, car l'accession à la tête de la République libanaise de Béchir Gemayel en 1982 représentait pour eux une décision « israélienne », alors qu'aujourd'hui, ils viennent d'obtenir leur revanche en élisant, trente-quatre ans après, un président représentant la «Résistance»! Force est donc d'affirmer que contrairement aux apparences et aux gesticulations des derniers mois, le «père de l'enfant» est sans conteste celui qui, tout seul, a milité pour cette accession et ce depuis les premiers moments, j'entends le Hezbollah. Cette vérité revêt dans ce contexte une importance certaine, car elle va permettre de lire et d'entrevoir le cadre et les limites de l'action de ce nouveau régime.
Le vainqueur physique donc de cette élection est incontestablement cet homme de quatre-vingt-deux ans qui s'est battu depuis plus de vingt-six ans, avec persévérance et opiniâtreté, sans état d'âme, avec pour seul programme de devenir président de la République. Il est bien entendu que le contenu du message qu'il a ensuite prononcé après son serment présidentiel n'a pas été le mobile indispensable de sa campagne présidentielle, mais plutôt le menu souhaité par lui et par ceux qui ont parrainé cette opération afin que son contenu devienne l'objet des débats qui auront lieu durant les prochains Conseils des ministres. Mais la question inquiétante qui se pose après tous ces développements est la suivante : est-ce qu'après tous les retards et les sacrifices subis, cette échéance constitutionnelle va déboucher sur un régime qui sera une source de lumière et de changements ou va-t-elle maintenir le pays plongé dans une semi-obscurité, sans stabilité ni
perspectives d'avenir?
Dans un Orient en pleine mutation et un pays en état de profonde stagnation et déliquescence, le nouveau président de la République devra s'attaquer avec courage et abnégation aux fondements mêmes de la République de demain. Il devra œuvrer pour l'adoption d'une loi électorale juste et équilibrée, citoyenne et non confessionnelle, qui offrira des chances égales à tous ses citoyens, sans différence de religion ou de race. Un président qui protégera le vivre-ensemble entre ses composantes sociales, qui dispensera le message du Liban à travers le monde et qui veillera de ce fait à doter ses habitants de véritables laisser-passer internationaux, qui l'immuniseront face à un monde débridé qui cherche à le déstabiliser et à remettre en question ses convictions et ses structures. Il devra tout mettre en ordre pour consolider et asseoir la paix sur tout le territoire national, et s'atteler à construire et à obtenir la neutralité permanente du Liban. En sus de ces deux objectifs stratégiques fondamentaux, il lui faudra transformer le Liban en un espace international de rencontre et en un forum permanent des religions et des civilisations. Un président fort par sa sagesse, son désintéressement, sa transparence, sa justice, son humanité, son égale distance de tous. Il se devra d'être rassurant, innovant et porteur d'une vision globale et anticipative, afin de redonner confiance dans le pays et ramener les investisseurs à entreprendre de nouveaux projets qui soutiendront son développement économique tous azimuts, et apporteront des solutions aux problèmes quotidiens des citoyens.
En conclusion et pour que ce nouveau régime qui a remporté l'élection présidentielle grâce à la popularité de son chef puisse être, dans sa gouvernance, le symbole d'une aurore et non d'un crépuscule, il serait peut-être utile de se remémorer cette réflexion d'Anatole France qui disait avec beaucoup de justesse et de réalisme: «Il n'y a pas de gouvernements populaires, gouverner, c'est
mécontenter. »
A bon entendeur, salut!

Georges Bataille disait: «Ce qui m'oblige d'écrire, j'imagine, est la crainte de devenir fou ! » Au lendemain de journées riches en informations et en scoops et de longs mois d'attente et de suspense, le peuple libanais s'est enfin réveillé ce mois d'octobre 2016 en ayant l'impression de s'acheminer vers un dénouement de la crise la plus longue de son histoire, avec la tenue d'une élection présidentielle qui avait été longtemps bloquée pour permettre à certains partis politiques de se replacer le plus avantageusement sur l'échiquier national. Est-ce le commencement de la fin d'une partie d'échecs entre deux joueurs dont l'un avait tout au long de ce face à face un revolver bien mis en évidenc? De bloqueur chronique et quasi permanent, le parti de Dieu aurait-il enfin perçu la nécessité de devenir promoteur et parrain...
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