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Liban

Les alliances politiques traditionnelles sérieusement ébranlées

Présidentielle

La course à la présidence a renversé l'échiquier politique de fond en comble pour donner naissance à un mélange explosif

26/10/2016

C'est à n'y plus rien comprendre. Qui est avec qui, qui veut quoi, pour qui, en faveur de qui et contre qui ? On le savait déjà, la politique au Liban est compliquée. Désormais, elle est devenue indéchiffrable, ou presque. Les ennemis d'hier s'enlacent et les alliés s'insultent.

Confortablement installés depuis 2005 dans une polarisation politique aux contours bien précis issue de l'épisode tragique de l'assassinat de Rafic Hariri, les Libanais assistent depuis quelque temps à une véritable valse d'alliances et de contre-alliances aboutissant à un mélange des genres des plus surprenants.

Depuis le début de la course à la présidence, les frontières de la polarisation entre 8 et 14 Mars se sont liquéfiées pour s'estomper petit à petit, donnant lieu à un nouveau chassé-croisé de coalitions et de désunions. Celles-ci sont parfois d'autant plus difficiles à saisir qu'elles ne semblent aucunement justifiées.

Comment comprendre le parrainage de Saad Hariri à la candidature de Michel Aoun, allié chrétien privilégié du Hezbollah, une formation qui continue à faire l'objet des attaques du courant du Futur? Ou encore la guerre d'usure que mène Nabih Berry contre M. Aoun déclaré dès le départ candidat favori du Hezbollah ? Les « noces » des deux principaux leaders chrétiens, Samir Geagea et Michel Aoun, à Meerab, après des années d'inimitié, et la compétition féroce par ailleurs entre deux partenaires chrétiens, Sleiman Frangié et Michel Aoun, qui s'étaient juré fidélité, peuvent-elles pour autant mieux éclairer ce renversement de situation ?

 

(Lire aussi : Berry : « Le plus dur est à venir »)

 

Force est de constater que la ligne de fracture principale entre les deux grands axes de la traditionnelle polarisation, notamment les armes du Hezbollah et leur emploi dans la guerre syrienne entre autres, semble avoir progressivement disparu au nom de la nécessité de pallier, coûte que coûte, la vacance présidentielle. Au nom également de la reprise du fonctionnement des institutions de l'État que l'on cherche à obtenir après avoir poussé la logique du dysfonctionnement jusqu'à l'épuisement.

Inutile donc de demander au citoyen lambda de saisir le sens de tous ces revirements qui se sont produits depuis l'annonce de l'appui par deux composantes du 14 Mars (Hariri et Geagea), des candidatures de Michel Aoun, et de Sleiman Frangié, deux alliés objectifs de l'axe dit syro-iranien. Certes, aucun des deux leaders chrétiens ne s'était ouvertement prononcé en faveur de l'ingérence du Hezbollah en Syrie. Aucun ne l'a dénoncé non plus, se contentant de faire profil bas à ce propos. Tous les deux ont placé leur discours dans la perspective de la protection des chrétiens. Tous deux ont également œuvré à saboter à tour de rôle, près d'un an durant, l'échéance présidentielle, en refusant à se désister l'un pour l'autre, alors le rouage constitutionnel a été bloqué depuis le début. Le fol engrenage s'est, depuis, mis en place, engendrant des situations inextricables.

Adversaire des Marada depuis l'assassinat de son père qu'il impute au Hezbollah et à la Syrie, Saad Hariri se trouve à un moment contraint de proclamer son soutien à Sleiman Frangié, désavouant ainsi son premier candidat favori, Samir Geagea.

Pour des raisons tactiques, ou par dépit, diront certains, le chef des FL se retourne contre son principal partenaire du 14 Mars pour s'ouvrir en direction de Michel Aoun, plaçant cette « victoire » sous le signe de la réunification de la rue chrétienne et de la sauvegarde de la magistrature suprême.

Ennemis jurés depuis les années 90, Aoun et Geagea mettent ainsi derrière eux un passé entaché de sang pour s'engager côte à côte dans la course présidentielle, sans réussir toutefois à rallier l'ensemble de la rue chrétienne, notamment les Kataëb et des personnalités indépendantes qui refusent de les rejoindre.

 

(Lire aussi : Le tandem chiite se partage les rôles, l'éclairage de Philippe Abi-Akl)

 

Le revirement de dernière minute de M. Hariri qui a finalement renoncé à soutenir la candidature de l'« ami de longue date » du président syrien Bachar el-Assad, pour lui préférer celle de Michel Aoun, a continué de surprendre tous ceux qui ont voulu s'aventurer dans la lecture de ce labyrinthe de relations recomposées.
En effectuant ce grand écart, le chef du courant du Futur s'est de toute évidence attiré la foudre d'une partie de ses partisans sans pour autant réussir à gagner la sympathie du parti adverse, le Hezbollah.

Les vagues suscitées au sein de chaque camp du fait de cet imbroglio politique mettant en concurrence deux candidats d'un même bord qui sont, depuis, à couteaux tirés auraient pu menacer la solidité de l'axe du 8 Mars et se répercuter sur le Hezbollah, comme l'avaient prédit certains. Mais le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a clairement voulu donner le sentiment que la cassure a été absorbée. Cependant, la partie est loin d'être gagnée, puisque ce dernier devra gérer, dès aujourd'hui, la guerre déclarée par son allié chiite d'Amal, Nabih Berry, contre l'allié chrétien, Michel Aoun.

Le président de la Chambre a dit et redit qu'il était prêt à en découdre avec M. Aoun et, implicitement, avec M. Hariri, qu'il accuse d'avoir comploté contre lui et concocté une alliance visant, accuse-t-il, à ressusciter le tandem sunnito-chrétien aux dépens de la communauté chiite. Bref, le bras de fer annoncé prélude d'ores et déjà à un autre type de reconfiguration d'alliances encore plus contre nature.
Une bonne nouvelle toutefois : toutes ces acrobaties politiques ne sont autres que des signes d'expression d'une « démocratie », entend-on à la fois au sein du Hezbollah et auprès du courant du Futur.

 

 

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Le Faucon Pèlerin

Jadis, le général de Gaulle avait défini l'Orient de compliqué, d'autres ont qualifié le Liban de compliqué avec ses 18 communautés religieuses différentes, maintenant moi-même je le qualifie d' abracadabrantesque. C'est clair non ?

AIGLEPERçANT

Pourquoi chercher à couper le cheveux en 4 ?

Le fil conducteur est l'alliance CPL/HEZB RESISTANT , le choix du Phare Aoun comme Président de la République Du Liban est celui en 1er lieu celui du Hezb résistant , auquel sont venus se greffer tous les autres de façon plus ou moins volontaires .

Donc , ne nous égarons pas , l'axe fort reste cette alliance , tous les autres se mesurent au compas électronique des écarts présents et à venir .

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ET QUI 6 ANNEES PLUS TARD SE RETROUVERONT DEVANT LE FAIT ACCOMPLI DE LA WILAYET EL FAKIH A LA SAUCE LIBANAISE

ET APRES TOUT ET APRES EUX LE DELUGE

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

HARIRI ET GEAGEA DESCENDENT DANS LES TREFONDS DES
DEDALES DU MINOTAURE... SANS MEME UN FIL D,ARIANNE !

George Khoury

c'est simplement que le peuple suit les ediles...alors que dans les pays vraiment democratiques, ce sont les ediles qui suivent les desiderata du peuple.

regardez au Royaume Uni avec le Brexit, c'est le peuple qui a vote et un nouveau gouvernement est venu mettre en oeuvre cela.

yves kerlidou

La seule phrase que je retiendrais "si vous avez compris quelque chose au Liban c'est que l'on vous a mal expliqué"
on a affaire a des grands comiques qui se disputent le pouvoir pendant que le pays est dans le chaos le plus total

Christian Samman

Encore, et encore...
Malheureusement, cette valse d'alliances et de «dé-alliances» qui a longtemps caractérisé notre Liban, l'a amené au bord du précipice!
N'avons-nous pas assez de ces mêmes faces (à quelques exceptions près) qui nous gouvernent depuis près d'un demi-siècle
Le jour où les intérêts personnels des leaders, plus féodaux que jamais, s'estomperont au profit du pays; le jour où les intérêts partisans, l'allégeance religieuse toutes confessions confondues; l'allégeance à telle ou telle autre puissance régionale ou internationale; seulement ce jour-là le Liban reprendra vie.
Peut-être dès ce jour béni, nous libanais émigrés penserons-nous à y retourner. Un Liban épuré, où seul le Liban compte. Un Liban qui saura mettre en valeur les trésors humains qu'il recèle, et que la politique étouffe...
Entretemps le Liban se meurt, et ce n'est nullement faute de combattants.
Entretemps, les pays qui nous ont accueillis à bras ouvert, et pour cause, bénéficient pleinement de cette manne libanaise...
N'est-ce pas révoltant?
N'est-ce pas décourageant?
Et la vie continue...
Bravo les libanais pour ce que vous avez fait de votre pays, je n'oserai pas dire nous... Le «nous» a été hélas, étouffé depuis belle lurette!
Avec toute mon affection pour mon Liban

Gebran Eid

CHÈRE MADAME JALKH, VOUS AVEZ BIEN DÉCRIT ET RÉSUMÉ CE QUI SE PASSE EN CE MOMENT. SAUF EN DERNIER PARAGRAPHE, VOUS NOUS ANNONCEZ UNE BONNE NOUVELLE ! OÙ EST CE QU,ELLE EST LA BONNE NOUVELLE ? VOUS APPELEZ ÇA UNE DÉMOCRATIE ! LA LOIE DU PLUS FORT EST TOUJOURS LA MEILLEUR, C' EST UNE DÉMOCRATIE CELLE LÀ ? LA RÉALITÉ EST TOUT AUTRE. GEAGEA ET HARIRI ONT PERDU LES PÉDALES ET ONT ACCEPTÉ LA DÉFAITE. ILS SONT DEVENUS DES PROIES FACILES. GEAGEA À GENOUX DEVANT LE MERCENAIRE IRANIEN AOUN ET HARIRI DEVANT TOUT L,ENTOURAGE DE NASRALLAH. SLEIMAN 2 ET MAINTENANT AOUN. CES DEUX PRÉDATEURS AOUN ET SLEIMAN 2 SE BATTENT AUJOURD'HUI SUR QUI VA DÉVORER CES PROIES. ON VERRA BIEN.

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