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Moyen Orient et Monde

IX- Wissam Zarqa, professeur à Alep-Est : « La plupart des gens diplômés ont soit fui, soit été arrêtés ou tués »

Je vous parle d’Alep...

On parlera plus tard d'Alep comme on parlait il n'y a pas si longtemps de Sarajevo, Srebrenica ou Grozny. On parlera de la politique de la terre brûlée menée par le régime syrien, les Russes et les Iraniens sous le regard des Occidentaux, impuissants. Parce que cette histoire tragique est en train de se passer à quelques kilomètres de nos frontières, parce que cette bataille symbolise, plus que n'importe quelle autre, la nature et les enjeux du conflit syrien, « L'Orient-Le Jour » a décidé de donner la parole aux Alépins pendant une semaine. Chaque jour, un Alépin, homme ou femme, vivant à l'est dans les quartiers rebelles, ou à l'ouest dans les quartiers loyalistes, anesthésiste, activiste, médecin, étudiant ou autre, racontera son quotidien dans l'enfer d'Alep.
Aujourd'hui, le témoignage de Wissam Zarqa, professeur d'anglais à Alep-Est.

22/10/2016

Généralement le vendredi, la ville est plus calme. Les gens ne vont pas au travail, et passent la journée en famille à la maison. Avec le siège et les bombardements, la situation est désormais différente. Après m'être levé ce matin, je suis allé chez un marchand, qui réussit à nous approvisionner en pain. Il utilise du bois, car il est impossible de trouver du fuel. J'ai donc rapporté du pain à la maison pour le petit déjeuner. C'était délicieux. Ensuite je suis allé prier à la mosquée. C'était extrêmement difficile de s'y rendre ces temps-ci à cause des bombardements intenses, mais aujourd'hui c'était calme. Je suis rentré à la maison juste après car je devais préparer ma présentation. Je suis professeur d'anglais à l'Institut des études de langues. L'écriture créative est le thème du troisième et dernier trimestre. Là-bas, les étudiants sont des adultes qui ont terminé leur cursus scolaire, ou sont déjà diplômés. J'ai 34 ans, et certains étudiants sont même plus âgés que moi. Ce sont des femmes et des hommes professeurs, infirmiers, ou humanitaires.

À Alep, la plupart des gens diplômés ont soit fui, soit été arrêtés ou tués. Donc ces jeunes qui devraient être à la fac à temps plein ont dû se mettre à travailler à cause de la guerre. Les vendredis nous faisons des présentations analytiques. Cet après-midi, j'ai préparé des citations célèbres, afin qu'on en étudie les caractéristiques linguistiques, et que les étudiants parviennent à en écrire eux-mêmes. Après les cours, je suis rentré chez moi. J'étais surpris de voir ma femme souffrante. Nous avons perdu un bébé il y a quelques jours. Elle a fait une fausse couche au cours du 3e mois. Nous ignorons si c'était une fille ou un garçon. J'ai passé le début de la soirée à la rassurer. Nous ne savons pas pourquoi cela est arrivé. Nous étions forcément très inquiets lors du début de grossesse, car nous nous réveillions en sursaut toutes les nuits, terrifiés par les bombardements et les explosions.

Mais serait-ce également dû au fait que nous ne mangeons pas suffisamment à cause du siège ? Qui sait. Je me repose un peu maintenant. Je vais devoir emmener ma femme à l'hôpital. J'espère qu'elle se remettra rapidement et que nous aurons un autre bébé. Même si les corridors humanitaires étaient vraiment sécurisés, je ne suis pas intéressée par le fait de partir du côté du régime. Car si vous êtes professeur ou infirmier à Alep-Est, c'est déjà un crime. Je connais quelqu'un qui est en prison depuis deux ans, sans voir eu droit à un procès. Son seul tort a été de travailler pour une association caritative dans les quartiers rebelles.

 

 

"Je vous parle d'Alep", les précédents témoignages :

VIII- Anouar Chehada, anesthésiste à Alep-Est : « Mon petit garçon a très peur des bombardements »

VII- Jack, étudiant à Alep-Ouest : « Chaque matin dans le bus, nous essayons de ne pas penser à ce qui se passe de l'autre côté »

VI – Ismaël Alabdallah, Casque blanc à Alep : Nous avons pu trouver à manger aujourd'hui

V- Dr Farida, gynécologue-obstétricienne à Alep : « C'était un jour comme un autre, sous les bombes »

IV- Abou el-Abed, combattant rebelle : Ma mère n’a jamais accepté que j’aille combattre

III-Ameer, photographe : Quand je croise les enfants du quartier, ils m’indiquent des corps en décomposition

II - Yasser, comptable : « Ne t’inquiète pas mon amour, nous sommes en vie, ne sois pas triste pour la maison »

I - Mohammad, infirmier à Alep : « Les enfants ne savent pas qui est Assad ou ce qu'est la rébellion »

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