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Moyen Orient et Monde

VI – Ismaël Alabdallah, Casque blanc à Alep : Nous avons pu trouver à manger aujourd’hui

Je vous parle d’Alep...

On parlera plus tard d'Alep comme on parle aujourd'hui de Sarajevo, de Srebrenica ou de Grozny. On parlera de la politique de la terre brûlée menée par le régime syrien, les Russes et les Iraniens sous le regard des Occidentaux, impuissants. Parce que cette histoire tragique est en train de se passer à quelques kilomètres de nos frontières, parce que cette bataille symbolise, plus que n'importe quelle autre, la nature et les enjeux du conflit syrien, « L'Orient-Le Jour » a décidé de donner la parole aux Alépins pendant une semaine. Chaque jour, un Alépin, homme ou femme, vivant à l'Est, dans les quartiers rebelles, ou à l'Ouest, dans les quartiers loyalistes, médecin, infirmier, Casque blanc, marchand, combattant, photographe, étudiant ou autre, racontera son quotidien dans l'enfer d'Alep.
Aujourd'hui le témoignage d'Ismaël Alabdallah, Casque blanc.

05/10/2016

Avant la révolution, j'étais professeur d'anglais à Alep. J'ai rejoint les Casques blancs (Défense civile) en 2013. J'avais 29 ans à l'époque. Aujourd'hui (hier) je me suis levé tôt. J'ai bu mon café et discuté avec les collègues. Je leur ai demandé si l'un d'entre eux avait pu dégoter des cigarettes, parce qu'il est rare d'en trouver, et moi ça me manque vraiment de fumer. Ensuite, a commencé l'attente. Ces longues heures à tenter d'oublier qu'à tout moment, les avions viendront larguer leurs bombes sur les civils. Vers midi, il y a eu des bombardements, donc nous avons tous été mobilisés et nous nous sommes rendus sur les lieux en voiture. Nous avons extrait deux cadavres des décombres aujourd'hui. La plupart d'entre nous font des roulements de 24 heures, puis rentrent chez eux pour se reposer ou dormir. Je dors dans la caserne de la Défense civile, car je suis célibataire et ma famille se trouve hors d'Alep depuis plusieurs années. Ils s'assurent que je vais bien en m'envoyant chaque jour des messages sur WhatsApp. Les journées sont extrêmement difficiles, entre les obus qui nous tombent dessus, le manque de moyens et le nombre important de victimes. Nous craignons d'être pris pour cibles, comme le personnel des hôpitaux de campagne. La peur ne nous quitte jamais. Nous avons pu trouver à manger aujourd'hui. Un peu de lentille et du riz. Ce soir, je sors prendre l'air avec mes collègues. Au final, aujourd'hui a été une journée comme une autre. Depuis que le régime et ses alliés ont lancé leurs frappes contre nous autres habitants d'Alep-Est, je témoigne très souvent auprès des médias étrangers. C'est important pour moi de dire ce qui se passe vraiment dans ma ville et surtout de raconter toutes les souffrances qu'endurent ses habitants.

 

"Je vous parle d'Alep", les précédents témoignages :

V- Dr Farida, gynécologue-obstétricienne à Alep : « C'était un jour comme un autre, sous les bombes »

IV- Abou el-Abed, combattant rebelle : Ma mère n’a jamais accepté que j’aille combattre

III-Ameer, photographe : Quand je croise les enfants du quartier, ils m’indiquent des corps en décomposition

II - Yasser, comptable : « Ne t’inquiète pas mon amour, nous sommes en vie, ne sois pas triste pour la maison »

I - Mohammad, infirmier : « Les enfants ne savent pas qui est Assad ou ce qu'est la rébellion »

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ACE-AN-NAS

Wa mitt saha 3a albak...

Rotary Beyrouth

Pourquoi votre journal ne s'attaque qu'aux russes et au régime syrien pour dénoncer la destruction des villes et villages. Que bombardent les américains, les français et leurs alliés ? Ils ne causent aucun dégât, à part peut-être tuer les gens de Daesh en détruisant leur armement ?

F. MALAK

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