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Campus

Patricia Eid, ou quand la passion donne des ailes

Portrait

La jeune professeure adjointe en psychologie à la NDU veut contribuer à l'avancement des connaissances sur la violence conjugale au Liban.

21/10/2016

Au moment où les jeunes cerveaux fuient le pays du Cèdre, Patricia Eid, elle, choisit d'y retourner avec, dans ses bagages, deux doctorats : un doctorat de recherche en psychologie et un autre en psychologie clinique décrochés en 2015 à l'Université du Québec à Montréal. « J'avais envie d'explorer le terrain libanais autant au niveau personnel qu'au niveau de la recherche », lance la brillante jeune femme en commentant son retour au pays qui l'a vue naître et qu'elle a quitté à l'âge de six ans. Réaliste, rationnelle et directe, la jeune psychologue ne tombe pas dans le sentimentalisme gratuit et insincère pour expliquer sa décision de s'éloigner du Canada où elle a vécu l'essentiel de sa vie et de retourner au Liban pour occuper un poste de professeure adjointe en psychologie à la faculté des sciences humaines de l'Université Notre-Dame de Louaizé (NDU). Et c'est donc loin des clichés et des phrases toutes faites qu'elle raconte, avec simplicité, comment, lorsque l'opportunité s'est présentée, quelques mois après l'obtention de ses diplômes de troisième cycle, elle n'a pas hésité à l'attraper et à intégrer ce poste qui lui permet de « mener des projets de recherche » et de « bonifier » son dossier.

 

(Lire aussi : Pour les jeunes, se lancer au Liban est un véritable parcours du combattant)

 

Création d'une équipe de recherche
Passionnée, rigoureuse et intègre, la jeune professeure insiste dans son enseignement sur la compréhension de la méthodologie scientifique et l'importance du processus d'actualisation de la connaissance. « Les étudiants ont de la difficulté à comprendre que la connaissance est scientifiquement établie et qu'elle évolue », note-t-elle.

Parallèlement aux cours qu'elle dispense, l'enthousiaste chercheuse met en place, dès sa prise de fonction à la NDU en septembre 2015, une équipe de recherche rassemblant des étudiants motivés de premier cycle. Une riche et unique expérience qui donne aux jeunes universitaires l'occasion de travailler en équipe et d'apprendre les uns des autres, mais surtout qui leur offre la possibilité de « prendre part au processus d'acquisition de la connaissance » et de « mettre en pratique les concepts théoriques appris en classe » ; une expérience qu'ils n'auraient pas pu vivre autrement à ce stade de leur cheminement académique. Par ailleurs, et c'est d'une grande importance pour le reste de leur parcours, cette initiative valorise les étudiants, leurs efforts et leur travail puisque, d'un côté, leur professeure sait reconnaître les qualités individuelles et les compétences de chacun d'eux et en tirer parti pour l'avancement des travaux de recherche et de l'autre, elle met ses jeunes assistants en avant, que ce soit au sein de leur faculté ou dans d'importantes manifestations scientifiques hors campus telles que le congrès annuel de l'Association libanaise pour l'avancement des sciences (LAAS) où ils ont exposé leurs travaux de recherche.

Le premier projet que la jeune chercheuse libano-canadienne et son équipe ont entamé l'année passée est une recherche sur les attitudes face à la violence conjugale menée auprès de la population générale au Liban. « Nous avons développé un questionnaire qui mesure l'opinion ou l'acceptation de la population générale face à la violence conjugale ou entre partenaires intimes, dans différents groupes, cultures, personnalités. » Cette première étape est suivie par un travail rigoureux sur les variables, psychologiques au niveau de la personnalité ou liées aux milieux, associées à chaque opinion exprimée. « Les premiers résultats montrent que la violence ne dépend pas de la religion mais des niveaux de religiosité et de spiritualité », révèle la dynamique chercheuse dont les centres d'intérêt en matière de recherche tournent autour de trois axes. « D'abord, je m'intéresse aux dynamiques de communication conjugale ainsi qu'à la violence entre partenaires intimes, précise-t-elle. Ensuite, je m'intéresse à l'alexithymie, la difficulté à identifier et à exprimer ses états émotionnels, et son impact sur les perceptions sociales... Enfin, je m'intéresse à l'adaptation d'outils psychométriques dans des contextes cliniques (résilience, traumatismes, etc.) ou des contextes plus larges (alexithymie). »

 

(Lire aussi : Des étudiants de la NDU construisent un véhicule à propulsion... humaine)

 

Un cabinet à Jounieh
La jeune psychologue confie avoir choisi ce domaine, où « la finalité est la personne humaine », car elle voulait « travailler avec les gens, être en contact avec eux et faire en sorte d'améliorer la qualité de leur vie ». Riche de son expérience canadienne en psychologie clinique, elle a ouvert, parallèlement à ses fonctions à la NDU, un cabinet de psychologie à Jounieh où elle reçoit des adultes et des couples en quête de mieux-être. À une question sur la particularité des troubles, inadaptations ou autres difficultés existants au Liban, elle répond : « Je vais retrouver les mêmes problèmes qu'à Montréal. Partout, il y a des dépressions, des suicides, des problèmes entre parents et enfants... Par contre, la façon de les traiter, elle, diffère légèrement car nous ne pouvons pas considérer uniquement l'individu, nous devons également considérer sa famille, sa mentalité, sa culture. »

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