Liban

Bis repetita, pour ne pas oublier Palmyre

Patrimoine

Vingt-quatre bustes funéraires de Palmyre, directement issus des travaux de fouilles de la mission américaine en 1870, trônent au musée archéologique de l'AUB.

19/10/2016

Des cimaises du palais de Beiteddine, en juillet dernier, à celles du Musée archéologique de l'Université américaine de Beyrouth, l'exposition des photos racontant Palmyre avant et après la destruction de ses vestiges, prend une autre dimension : elle est couronnée par une collection de 24 bustes funéraires rapportés à l'université américaine par le professeur d'histoire Harvey Porter, vers les années 1870. Ces chefs-d'œuvre caractéristiques de la sculpture funéraire de Palmyre datent du Ier et IIe siècles de l'ère chrétienne. Au moins là, ils sont protégés des pillages et des dynamitages si fréquents dans la région.

Sculptés dans la pierre calcaire, ils représentent de véritables portraits. Qu'il soit homme ou femme, le défunt est évoqué seul ou avec un conjoint ou un parent. En costume, mêlant des éléments d'inspiration gréco-romaine et de tradition locale, il tient dans sa main un parchemin, une amulette, une branche d'olivier ou de palmier, pour symboliser l'immortalité. Il est accompagné d'une inscription en « palmyrien » (dialecte dérivé de l'araméen) précisant son nom et sa généalogie. « Tamma, la fille de Halafta, Alas » (Alas voulant dire hélas), « Shalmat et Nebula » (Salma et Nabil), les enfants de Malku, fils de Nebula. Mais aussi 'Aha, fille de Halafta, fils de Bar'a Zabdateth, étonnante par sa beauté et la richesse de ses vêtements, Elle est coiffée d'un voile qui lui couvre la tête et les épaules. Les bras, les doigts, les oreilles et le cou sont ornés de bijoux et une fibule maintient sa tunique en place. Quant au prêtre (nom inconnu), contrairement aux poilus qui ont saccagé la perle du désert, il n'est pas barbu. Il se distingue par un modius (coiffe cylindrique d'origine perse) cerné de feuilles de laurier, symbole de victoire sur les forces maléfiques de l'au-delà.

 

(Pour mémoire : La plus grande collection au monde de sarcophages anthropoïdes désormais à Beyrouth)

 

Traditions funéraires
Tous ces bustes funéraires proviennent de différentes sortes de sépultures, indique la directrice du musée et commissaire de l'exposition, Leila Badre. Elle explique que les grandes familles de Palmyre ont utilisé trois types de tombes collectives. Jusqu'au Ier siècle, certaines d'entre elles ont fait creuser dans la roche des hypogées de dimensions modestes mais abondamment sculptés. D'autres, principalement les riches qui contrôlaient le commerce caravanier entre l'Euphrate et la Méditerranée, ont bâti des tours funéraires en grès, somptueusement décorées de fresques évoquant la voûte céleste, de scènes de banquets et des bustes des défunts. Elles figurent parmi les monuments les plus représentatifs du site archéologique de Palmyre. Chaque tour pouvait contenir jusqu'à 40 défunts. Sept d'entre elles ont été pulvérisées en 2015 par les jihadistes de Daech.

Au IIe siècle, apparaissent les « tombeaux-temples », mêlant des traditions architecturales orientales et gréco-romaines. Toutes ces tombes étaient percées de loculi (niches individuelles), destinées à recevoir les corps, scellés ensuite par une dalle de pierre, « dont le format imposa la nécessité de représentations en buste », ajoute Leila Badre. Elles ont été la proie des pilleurs dès 2014.

À l'instar de plus de deux cents sites détruits ou ayant subi des dommages importants, repérés par l'Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (Unitar), Palmyre a payé un lourd tribut à la guerre. Amputée aujourd'hui de ses plus beaux temples et de son arc de triomphe, elle montre un tout autre visage. Les clichés exposés et un film documentaire raconte l'ampleur des dégâts. De même, un catalogue, La Syrie et le désastre archéologique du Proche-Orient, rassemble sur 188 pages illustrées des articles, des témoignages et des documents de 28 archéologues. Édité par Michel Maqdissi, responsable des fouilles et des études archéologiques de Syrie de 2000 à 2012, et par la Polonaise Eva Ishaq, en collaboration avec Amélie Beyhum et le Festival de Beiteddine, il est offert gracieusement aux visiteurs.

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

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noëlle zarifeh

merci!

M.V.

Fabuleuse exposition ...! ce n'est pas les retardés mentaux et les sous culturès qui n'ont que l'obscurantisme entre les deux oreilles ...qui vont pouvoir faire oublier au monde , 9 000 ans de civilisation ,d'histoire et de religions....

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