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Liban

À Sidon, une ville disparue qui n’a pas fini de livrer ses trésors

Archéologie

Compte rendu de la 17e mission archéologique du British Museum à Saïda. Cet été, la fouille a permis de révéler les niveaux médiéval et phénicien, ainsi qu'un trésor d'objets, dont un cratère de l'île d'Eubée qui n'a son pareil qu'au Metropolitan Museum de New York...

May MAKAREM | OLJ
11/09/2015

Les excavations du British Museum, dirigées par l'archéologue Claude Doumet Serhal, en collaboration avec le département des antiquités du Liban, se sont concentrées cette année sur la partie sud de la parcelle dite « Collège site » et sur le chantier de Sandikli, mettant en évidence des vestiges appartenant à l'âge du Fer et aux époques médiévales et romaines.

Deux importantes structures du mur principal intérieur de la muraille de la ville médiévale ont été découvertes sur le chantier du Collège. Creusées de part et d'autre d'un fossé de protection datant de l'âge du fer, elles sont composées de tours de forme semi-circulaire en saillie, espacées les unes des autres de 55 mètres. Douze à quinze mètres les séparent du mur défensif extérieur. Large de six à sept mètres, la porte d'entrée de la ville comporte un mur construit en blocs de pierre ramleh avec « au moins trois colonnes romaines qui ornaient sa façade. Cette technique n'est pas sans rappeler la construction du château de la mer de Sidon », signale Mme Serhal. Trois corbeaux saillant du mur portent une superstructure en bois qui a manifestement servi à la pose du pont ou de la passerelle qui enjambait le fossé défensif conservé depuis l'Antiquité.


(Lire aussi : Une salle pour les sacrifices rituels au cœur de Saïda)

 

Des tombes collectives
Dans les remblais de ce fossé ont été dégagés les squelettes complets d'un poulain et d'un porc, mais aussi un crâne humain et une pièce de monnaie datant de l'époque omeyyade et gravée d'une attestation de foi, qui mentionne la « Chahada » ou la « Kalima ».
Sur ces mêmes lieux, deux sépultures collectives remontant aux années 1160-1256 après J.-C. ont été mises au jour. Les squelettes qui portent les traces d'un traumatisme violent sont « la triste conséquence d'une bataille qui a eu lieu au XIIIe siècle à Sidon, impliquant les croisés. Cette constatation est confirmée par les chroniques du roi Louis IX qui décrivent des événements correspondant très bien aux preuves archéologiques découvertes sur le chantier », souligne l'archéologue Claude Doumet Serhal. Il y avait aussi, outre ces sépultures, une pièce de monnaie et cinq boucles de ceinture en bronze, dont le modèle est presque similaire à celui existant au British Museum.


(Lire aussi : Ces Durighello fous de Sidon !)

 

Le cratère de Sidon comparable à celui du Met
Au nord de la porte d'entrée médiévale, un grand mur de soutènement datant de la période perse a été découvert cette année. Au sud de ce mur, les fouilles ont mis au jour un temple phénicien et une série de poteries phéniciennes produites localement, dont des assiettes de fabrique bichrome et des vestiges liés à la vie quotidienne, tel le « tannour » rempli de noyaux d'olives brûlées, probablement utilisées comme combustible.

La plus impressionnante découverte de cette année est toutefois le nombre de skyphoi (coupes à boire) à décor d'oiseau ou de cercles pendants, importés de l'île grecque d'Eubée. Dans ce lot de vases, un cratère « extrêmement rare » datant de 760-750 av. J.-C. « Le thème peint sur le vase ainsi que sa qualité correspondent aux créations de l'atelier du peintre de Cesnola, dont le thème central était les chèvres dressées de part et d'autre de l'arbre de vie. Son existence a été fondée sur des critères stylistiques typiques de la période géométrique, et il doit son nom à un cratère célèbre de la collection Cesnola, un diplomate américain vivant à Chypre qui a amassé une grande collection issue de nombreux sites fouillés à Chypre au XIXe siècle. Une collection dont l'énorme cratère provenant d'Eubée a été acheté par le Metropolitan Museum de New York. La pièce de Sidon, unique en son genre, sera recollée et analysée pour prouver exactement sa provenance », explique Claude Doumet Serhal.


(Lire aussi : Petites églises, ermitages, basiliques... Une autre manière de (re)découvrir Saïda et ses environs)



Le site a également livré un scarabée représentant un sphinx ailé, à tête humaine avec la couronne double de la Haute et de la Basse Égypte. Ailes déployées devant lui, il est assis sur le signe de l'or « nbw ». Les lignes horizontales sur sa poitrine dessinent un collier. Le long bandeau strié est le tablier qui pend entre ses pattes de devant. Devant lui, un petit scarabée. « Les représentations de sphinx à tête humaine assis sont rares et on les retrouve plutôt dans la production levantine (syro-phénicienne) », indique la chef de la mission archéologique du British Museum, ajoutant qu'« en Égypte, on préfère le sphinx couchant ou marchant. Ce fragment est une production levantine (phénicienne). Elle peut être datée du début du Ier millénnaire. »
Quant au site de Sandikli, il a révélé un système de drainage datant de l'époque romaine et mamelouke, ainsi qu'un bâtiment remontant à l'âge du fer tardif.

Comme l'a dit Ernest Renan, Saïda est « une mine inépuisable d'antiquités ». Les excavations, qui se poursuivent grâce au soutien financier de la Cimenterie nationale SAL et de la Fondation Hariri, pourraient encore dévoiler de nouveaux éléments. Rappelons qu'à ce jour, plus d'un millier d'objets archéologiques ont été découverts dans ce haut lieu de culte funéraire qui a perduré de la fin du IIIe millénaire jusqu'à la période médiévale.

 

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M.V.

faut 'il écrire ...les niveaux médiéval ..? ou les niveaux médiévaux...?

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