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Liban

Le musée de l’AUB célèbre cinq décennies de fouilles

Archéologie

L'année 2016 marque les 50 ans de fouilles et de recherches scientifiques au musée archéologique de l'AUB et dans son département d'archéologie. Une aventure scientifique menée à travers le Liban et à Tell Khazel, en Syrie.

May MAKAREM | OLJ
03/06/2016

Les « 50 années d'excavations » de l'Université américaine de Beyrouth font l'objet d'une exposition au musée d'archéologie de l'AUB. Panneaux explicatifs, plans extraits des carnets de fouilles, photographies et objets issus du musée national de Beyrouth et de la collection de l'AUB retracent une histoire fascinante.
C'est Dimitri Constantin Baramki qui donnera les premiers coups de pioche en investissant Tell el- Ghassil, en 1956. Le site, situé dans la ferme de l'université, à 16 km au sud-ouest de Baalbeck, a fait l'objet de 12 campagnes de fouilles archéologiques menées par Baramki. Il sera relayé entre 1972 et 1974 par l'archéologue et directrice actuelle du musée, Leila Badre. Présentant une hauteur de 12 mètres et 200 m de diamètre, le Tell a livré onze niveaux archéologiques (1800-600 avant J.-C.). Son exploration a permis de mettre au jour une tombe datant de l'âge du bronze moyen, mais aussi quatre temples de l'âge du fer, dont les fondations sont construites en pierre et les murs en briques de terre crue. Ces espaces sacrés étaient dotés d'une cour à ciel ouvert et d'une à deux pièces dédiées aux cérémonies rituelles. Un nombre d'objets cultuels ont été découverts : brûleurs d'encens trépied, cruches et jarres.
Sept tombes regroupées sur une bande de terrain de 150m2 ont été également découvertes. Elles datent de 1750-1650 avant J.-C. et renferment plusieurs types de sépultures, dont trois amphores, dans lesquelles sont inhumés des nourrissons. Un squelette entier, les bras croisés sur la poitrine, a été exhumé. Le matériel funéraire recueilli comprend une aiguille de bronze et de la céramique, dont un pichet fait exception : celui dit Tell el-Yahudieh, décoré d'un palmier et d'oiseaux, incisé et incrusté d'une pâte blanche. Une technique répandue dans toute la Palestine.
Squelette et objets issus de ces fouilles sont, depuis, conservés au musée archéologique de l'AUB.

La boîte de plomb
En 1991, le College Hall, dévasté par une charge de 100 kilos de TNT, devient un site de fouilles. En effet, une note laissée en 1871 par les missionnaires américains informait que leurs archives étaient déposées dans une boîte enfouie dans les fondations de l'édifice. Aussi, avant d'entreprendre la reconstruction du College Hall, des fouilles sont lancées pour récupérer ce trésor. La boîte de plomb, de
30 x 17 cm, fut retrouvée. Elle renfermait des éphémérides ainsi que les lois de l'École syrienne protestante et les noms des premiers étudiants en médecine, comme Amine Badawi, Daher Zeeni, Kaïsar Goraieb, Gharios Gharios, Sleiman Mechaka, Sélim Diab, Gergi Sassine, Rachid Chucrallah, etc.

Le collier de Lolita
L'exposition relate également les découvertes du Tell Ancien, par l'équipe du musée de l'AUB (1993 à 1995). « Le choix du site Beyrouth 003, au nord de la place des Martyrs, a été influencé par l'intérêt de localiser le "Biruta" des textes d'Amarna et de savoir si la cité existait dans la période phénicienne », explique Leila Badre, soulignant que le principal résultat de la fouille a été la découverte d'un système de fortification continue qui a débuté au début du deuxième millénaire avant J.-C. et a continué à la période hellénistique. Textes explicatifs et artefacts résument les diverses découvertes. À savoir : le premier mur de la ville en pierre renforcée par une argile glacis ou paroi inclinée (« ce fut une technique défensive, également utilisée dans l'ancienne Byblos », précise Mme Badre) ;
les vestiges d'une structure en briques de terre crue construite sur des fondations en pierre, ayant appartenu à un palais, un lieu public ou une habitation domestique ; ou encore, une jarre renfermant le squelette d'une petite fille de trois ans (1700 avant J.-C.) que les archéologues ont surnommé Lolita. « Elle est la première et la plus jeune Phénicienne exhumée », souligne l'archéologue Badre. Autour de son cou pendait un collier en or, cristal de roche et perles de cornaline. Datant de la même période, un trésor d'objets en albâtre, faïence, basalte, bronze et ivoire a été exhumé dans un dépôt de fondations. « Exactement le même type de matériel trouvé dans le temple aux Obélisques, à Byblos. Ce qui laisse supposer qu'ils appartenaient à un sanctuaire », souligne la directrice du musée de l'AUB.
D'autre part, des chambres de stockage (VIIIe-VIIe s. av. J.-C.) ont livré 13 jarres dont deux trônent dans l'exposition. Des fragments de tessons portant l'inscription phénicienne LSMN indiquent que ces récipients étaient destinés à exporter l'huile d'olive.
Last but not least, le fameux glacis phénicien, conservé sur sept mètres de haut et 160 m de long. « La décision de préserver le Tell ancien a été prise par l'ancien ministre de la Culture Michel Eddé », aime à souligner Leila Badre.

Le coq byzantin
En 1998 et 1999, la même équipe investit le site Beyrouth 125, où se dresse actuellement l'immeuble d'an-Nahar. Là, le hasard a fait étrangement les choses. Un coq en bronze remontant à l'époque byzantine a été trouvé. Quand on pense que le PDG du journal, Ghassan Tuéni, a choisi depuis des années le coq comme emblème de son quotidien, on ne peut que trouver la coïncidence troublante. Parmi les autres vestiges trouvés : 12 mosaïques byzantines, dont deux tapissent les murs de l'entrée d'an-Nahar ; des panneaux de fresques monochromes datant de la période hellénistique, qui « rappellent celles de Pompéi », précise Leila Badre. Ils sont conservés aujourd'hui dans les dépôts de la Direction générale des antiquités. Et dessous les dalles qui pavaient la route byzantine, deux bustes romains (l'un féminin, et l'autre masculin) ont été déterrés ainsi que des pointes de flèche en bronze, des lampes à huile et des figurines en terre cuite. Cet ensemble fait partie de l'exposition.

Un palais en brique de terre
L'exposition permet également une plongée dans Tell el-Burak où, à neuf kilomètres au sud de Sidon, le département d'histoire et d'archéologie, en collaboration avec l'université de Tübingen, l'Institut allemand d'archéologie et l'université de Mainz, a mené des travaux de fouilles. Entre 2001 et 2016, le sous-sol a libéré les vestiges d'un monumental palais en brique de terre (1900 avant J.-C.) et une vaisselle du type al-Yahudiyeh.
Cap ensuite à Tell Fadous-Kfarabida, où officiait G. Henz. Le site de taille réduite (1,5 ha seulement) offre l'image exceptionnelle d'un petit centre administratif de l'âge du bronze ancien II et III, tandis qu'aux âges du bronze ancien IV et du bronze moyen, il est réduit à un petit site rural.

Le temple phénicien de Tyr
De 2012 à 2014, Leila Badre et son équipe, dont l'archéologue belge Éric Gubel, coauteur de Les Phéniciens : aux origines du Liban, fouillent les ruines de Tyr jusqu'aux niveaux préclassiques. L'espace est clairement défini : il s'agit d'une parcelle située dans l'environnement immédiat du secteur d'habitations romaines découvert autrefois par l'émir Maurice Chéhab. À l'arrivée de l'équipe, cette parcelle était couverte d'une « forêt de roseaux hauts de trois à quatre mètres » qui, une fois arrachés, laissent apparaître un ensemble de structures, « des ruines dont on ignorait l'existence », souligne Mme Badre. Elles auraient été mises au jour en 1975 par l'émir Chéhab qui n'a pas publié les résultats de ses fouilles, ayant dû quitter le site du fait de la dégradation de la situation politique. « Pas de plans, aucun détail n'est fourni, pas un document ou même quelques notes des fouilles qui ont été effectuées, à moins que cela n'ait été perdu, indique-t-elle. Il nous a donc fallu (re)dégager les vestiges, délimiter l'ensemble et l'étudier afin de savoir à quoi il correspondait. » Et bien c'est fait. Tous les éléments architecturaux indiquent qu'il s'agit d'un temple phénicien. Le premier découvert à Tyr !
L'exposition donne à voir les travaux de fouilles de Tell Kazel, en Syrie, mais aussi ceux entrepris à la cathédrale Saint-Georges des grecs-othodoxes, au centre-ville, qui ont révélé huit couches d'occupation de la période hellénistique à la présente, y compris les vestiges de cinq églises successives. Quatre nécropoles (romaine, médiévale, mamelouke et ottomane) ont également été découvertes.
Inaugurée par le ministre de la Culture Rony Araygi et le président de l'AUB Fadlo R. Khoury, l'exposition, dont la scénographie est conçue par Nada Zeiny, révèle diverses facettes de notre patrimoine. Tirés de l'oubli, chaque fragment, chaque objet évoque une histoire. Celle de l'humanité. Jusqu'au 30 août.

 

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