Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, lors d'une allocution tenue le mardi 4 août 2026. Capture d'écran de la retransmission de l'allocution par la chaîne du Hezbollah, Al-Manar.
Le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem a surpris mardi en se disant ouvert à « une rencontre publique » avec le nouveau pouvoir syrien, une première pour son parti engagé aux côtés du dictateur déchu Bachar el-Assad, pendant la guerre civile syrienne (2011-2024). « Rien n'empêche une rencontre publique entre le Hezbollah et le commandement syrien lorsque les deux parties le jugeront opportun », a affirmé Naïm Kassem, dans une adresse télévisée diffusée au cours d'une cérémonie religieuse de son parti, l'occasion pour lui de s'en prendre à nouveau aux autorités libanaises.
Le numéro un du parti pro-iranien a préconisé « des relations fraternelles, positives et de coopération » entre les deux pays. « Nous réaffirmons l'importance de la coopération entre les États libanais et syrien, ainsi que de la réussite de la Syrie à se prémunir contre l'ennemi (israélien) », a-t-il déclaré. L’État hébreu, rappelle-t-on, occupe une partie du territoire syrien depuis la chute du régime précédent. « Nous espérons que les réfugiés retourneront en Syrie dans la dignité et avec tous leurs droits. Une Syrie stable est un soutien pour le Liban, tout comme un Liban stable est un soutien pour la Syrie », a encore plaidé le dignitaire chiite.
Ces déclarations interviennent après que le président syrien, Ahmed el-Chareh, a écarté à plusieurs reprises toute intention d'intervenir au Liban, malgré les appels répétés de son homologue américain Donald Trump pour une implication de Damas face au Hezbollah.
« Jolani n'est pas en mesure d'ouvrir des canaux avec vous »
L'ancien ministre druze et proche du Hezbollah, Wi'am Wahhab, a marqué son étonnement dans un message sur X. « Avec toute mon affection et mon respect pour le cheikh Naïm, ainsi que pour la relation qui nous unit, je suis en désaccord avec vous au sujet de la Syrie. Vous vous trompez dans votre évaluation de cette relation », a-t-il écrit. « Jolani (ancien nom de guerre du président syrien, Ndlr) est arrivé pour frapper l'Axe de la résistance et en couper les voies de communication ; il n'est pas en mesure d'ouvrir des canaux avec vous », a ajouté Wi'am Wahhab, habitué des sorties provocatrices à l'encontre du nouveau pouvoir en Syrie. Ce dernier est accusé par les druzes d'avoir échoué à les protéger à Soueida lors des massacres en juillet 2025.
Sous la Syrie des Assad, le pays constituait une route d'approvisionnement majeure pour le Hezbollah, depuis Téhéran. Depuis qu'une coalition islamiste sunnite a pris le pouvoir en Syrie en décembre 2024, Damas a annoncé avoir déjoué plusieurs tentatives de contrebande d'armes à destination du Liban et avoir démantelé des cellules liées au groupe qui préparaient des attentats en Syrie. Le Hezbollah a démenti toute activité et présence en Syrie depuis la chute de Bachar el-Assad.
Interrogé en juin lors d'une interview télévisée sur la possibilité de renouer le dialogue avec le Hezbollah, Ahmad el-Chareh avait répondu : « Si cela sert les intérêts du Liban et préserve ceux de la Syrie, pourquoi pas ? ». En déplacement à Beyrouth début juillet, sans rencontrer de responsables du Hezbollah, le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad el-Chaïbani, s'était lui aussi dit « ouvert » à l'option d'un dialogue à l'avenir, « si l'intérêt des deux pays l'exige ».
Le groupe pro-iranien est affaibli par la nouvelle guerre qu'il a lancée contre Israël début mars pour soutenir l'Iran, précédée par une autre en 2023 qui avait décapité son haut-commandement et réduit son arsenal. L’armée libanaise a annoncé mardi dans un communiqué avoir saisi des roquettes « introduites en contrebande depuis le territoire syrien » et arrêté deux membres du réseau, sans toutefois nommer la partie responsable.

