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Reportage

À Mossoul, la guerre contre l’EI deviendra-t-elle régionale ?

Alors qu'une offensive pour reprendre Mossoul au groupe État islamique semble imminente, les relations entre Bagdad et Ankara se dégradent chaque jour un peu plus. Stationnées au nord de l'Irak, les troupes turques combattent l'EI mais entraînent aussi une milice sunnite créée par l'ex-gouverneur de Mossoul. Le but : contrer l'influence iranienne dans le pays.

Des combattants du Hachd al-Watani lors d’une séance d’entraînement à Baachiqa, près de Mossoul, le 6 octobre 2016. Thaer el-Sudani/Reuters

Le coup de canon d'un char turc gronde dans la nuit. La cible se situe dans la ville de Baachiqa, dans le nord de l'Irak, prise par le groupe État islamique en 2014. Quelques secondes après l'explosion, le bruit d'un bâtiment qui s'effondre résonne dans la montagne.

Depuis plusieurs mois, les troupes turques prennent régulièrement pour cible des positions tenues par l'EI à l'est de Mossoul. « L'objectif principal de cette base proche de Baachiqa est de lutter contre l'EI », explique un officier turc sous couvert d'anonymat. « Nous avons, entre autres, déployé des véhicules de tir d'appui direct, de l'artillerie, des chars et des mortiers afin de les détruire », assure-t-il. Selon le soldat, les troupes turques déployées dans le nord de l'Irak ont notamment éliminé 690 terroristes, détruit 521 bâtiments utilisés par le groupe, 104 véhicules blindés et 19 positions d'artillerie.

Stationnées sur cette base proche de Baachiqa depuis la fin de l'année dernière suite à l'invitation de Massoud Barzani, président de la région autonome du Kurdistan irakien, les troupes turques suscitent l'ire du gouvernement central à Bagdad, qui a récemment qualifié les quelque 2 000 soldats turcs de « force d'occupation ». Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a même évoqué mercredi dernier le risque d'une « guerre régionale » si Ankara ne retirait pas ses troupes. Au-delà de son engagement direct contre l'EI, l'armée turque entraîne des volontaires irakiens sunnites en vue d'une reconquête de Mossoul qui semble imminente. « Nous les formons au combat rapproché, qui aura lieu à Mossoul dans un avenir proche », assure l'officier turc, ajoutant que les combattants locaux ont reçu de la Turquie armes et munitions.

Cette milice, connue sous le nom d'al-Hachd al-Watani, a été créée par Atheel el-Noujaifi, l'ancien gouverneur de la province de Ninive, dont Mossoul est la capitale. Renvoyé de son poste de gouverneur par le Parlement irakien en mai 2015, Atheel el-Noujaifi ne cache pas son souhait de reprendre les rênes après la libération de cette ville perdue par la Turquie après la désintégration de l'Empire ottoman. « Nous avons des intérêts communs, explique M. Noujaifi à propos de sa relation avec Ankara. Mossoul est un symbole du pouvoir sunnite en Irak. Nous avons tous deux besoin que la ville soit forte et que les sunnites récupèrent leur pouvoir et leur influence en Irak. » Le but : « Rééquilibrer la balance » pour éviter « un Irak iranien ».

 

(Lire aussi : « Parfois, tu t'assieds sur un canapé et ça explose. Ils piègent même les frigos... »)

 

« Alors, ce sera la guerre »
Le début de l'offensive pour reprendre la « capitale » de l'EI en Irak semble imminent et le plan de bataille devrait être bientôt prêt. Des négociations entre Bagdad et Erbil, une chose ressort : ni les milices chiites (al-Hachd al-Chaabi) ni les combattants kurdes peshmergas n'entreront dans la ville.

Un diplomate occidental met en garde : pendant la bataille, « les civils seront exposés à des risques extrêmes à Mossoul, bien au-delà de l'échelle de Richter ». Mais à la guerre contre l'EI pourrait se superposer un second conflit si le pacte n'est pas respecté, prévient Atheel el-Noujaifi. « Si al-Hachd al-Chaabi brise l'accord et participe à la bataille pour Mossoul, alors je pense que les peshmergas et même l'armée turque prendront part à la lutte », estime l'ex-gouverneur. « Alors, ce sera la guerre entre eux », assène-t-il, assurant que sa force, forte de quelque 4 500 hommes selon lui, resterait en dehors de ce conflit.

M. Noujaifi, exilé à Erbil, peut aussi compter sur le soutien du gouvernement régional kurde et de son président Massoud Barzani, lui-même un allié d'Ankara. Mais ses détracteurs restent plus nombreux que ses alliés. Pour son successeur, Naoufal Hamadi el-Sultan, actuel gouverneur de la province de Ninive, al-Hachd al-Watani est tout au plus « un mirage » et M. Noujaifi un manipulateur. « Il use de la Turquie comme d'une carte gagnante pour son propre intérêt. Vous savez pourquoi ? Parce qu'il est isolé politiquement », prévient le gouverneur.

Le rôle exact que l'armée privée de M. Noujaifi aura dans la bataille à venir – si toutefois elle en a un – n'a pour l'instant pas été révélé. « Nous agirons sous le commandement de l'armée irakienne », assure Atheel el-Noujaifi. Stationné dans la ville de Makhmour, d'où il commande l'opération de l'armée irakienne dans la province de Ninive, le lieutenant-général Najm el-Joubouri confie : « Le Premier ministre nous a parlé d'al-Hachd al-Watani. Il veut qu'ils se battent avec nous sous le drapeau irakien, et sous aucune autre bannière. »

 

 

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commentaires (3)

Bon, ils sont tous d'accord en sous main, Israel, Iran, Russie, Turquie, Europe, USA, arrêtons de nous m........r l'esprit, et réfléchissons au meilleur pour le Liban, c'est à dire la neutralité, si tant est que nous le pouvons, avec les allumés qui pourissent ce pays....

Je partage mon avis

10 h 09, le 13 octobre 2016

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Commentaires (3)

  • Bon, ils sont tous d'accord en sous main, Israel, Iran, Russie, Turquie, Europe, USA, arrêtons de nous m........r l'esprit, et réfléchissons au meilleur pour le Liban, c'est à dire la neutralité, si tant est que nous le pouvons, avec les allumés qui pourissent ce pays....

    Je partage mon avis

    10 h 09, le 13 octobre 2016

  • LES COMPORTEMENTS SULTANIQUES FAUX OU JUSTES VONT VERS UNE DEFLAGRATION REGIONALE... ON VERRAIT TRES PROCHAINEMENT LES EFFECTIFS TURCS GONFLER EN IRAQ ET LES PARTAGES EN SYRIE ET IRAQ SE MATERIALISER... BIZARRE LE SILENCE RUSSE ET SA BENEDICTION SUR LES MOUVEMENTS TURCS EN SYRIE ET EN IRAQ... ERDOGAN ANNONCANT PRENDRE PARTICIPATION AVEC LES ALLIES OCCIDENTAUX DANS LA GUERRE CONTRE L,E.I. (SIC)... SI CE N,EST POUR TRACER LES NOUVELLES FRONTIERTES DE LA REGION... CHERES AU LUNATIQUE QUI ANNONCA UN NOUVEAU M.O... OU UNE CEINTURE SUNNITE COUPERAIT L,ACCES CHIITE VERS LA MEDITERRANEE ET SON CORRIDOR AVEC LA SYRIE ALAOUITE EN GESTATION ! COTE FRONTIERES AVEC LE LIBAN... ISRAEL OU LA JORDANIE EN LICE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 21, le 12 octobre 2016

  • Mossoul tu nous soûles . Qu'on en finisse avec ces bactéries wahabites une bonne fois pour toute d'où que ça vienne.

    FRIK-A-FRAK

    07 h 22, le 12 octobre 2016