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Moyen Orient et Monde

Deux batailles pour Mossoul

Offensive

Mossoul, capitale de l'organisation État islamique en Irak, est actuellement encerclée alors que se prépare l'assaut final sur ce dernier grand bastion des jihadistes. L'armée irakienne se prépare à prendre la ville de Qayyarah, au sud de Mossoul. De leur côté, les peshmergas ont lancé leur seconde offensive en l'espace de trois mois pour avancer au l'Est. Deux batailles, un ennemi commun, mais des enjeux différents et des objectifs contradictoires.

17/08/2016

Au sud de Mossoul, la bataille des snipers du fleuve Tigre

 

Des milliers de personnes ont fui les combats qui ont lieu entre les forces irakiennes
et les combattants de l'EI dans la région de Qayyarah, au sud de Mossoul. Reuters/Stringer

 

 

Les forces de l'armée irakienne encerclent la ville de Qayyarah au sud de Mossoul, objectif-clé avant de lancer l'assaut final sur le dernier grand bastion en Irak de l'EI.

Wilson FACHE (à Osaja, Irak)

Le véhicule blindé fonce à toute allure sur la petite route de terre qui serpente entre les habitations. Le sifflement des balles se rapproche. « Snipers », précise le colonel Nabil Mohammad, qui n'a pas l'air particulièrement préoccupé. En contrebas, le village récemment libéré d'Osaja s'étend jusqu'à la rive orientale du fleuve Tigre. En face, sur la rive ouest, la ville de Qayyarah et les territoires du califat autoproclamé. Dans le ciel, d'épaisses colonnes de fumée s'échappent des réservoirs de pétrole allumés par les combattants du groupe État islamique (EI) pour se cacher des avions de la coalition.

Positionnés de part et d'autre du Tigre, l'armée irakienne et les jihadistes s'affrontent au sniper avec pour spectateurs les quelques civils à ne pas avoir fui. Sur le toit d'un bâtiment abandonné qui leur sert d'avant-poste, les soldats irakiens observent l'ennemi. « Avec nos jumelles, nous n'arrivons pas à les voir, mais nous pouvons repérer depuis quelles maisons ils tirent. Ils sont entre dix et douze snipers », estime le colonel Mohammad, en charge d'un groupe de forces spéciales.

À couvert derrière un muret de parpaings, couché sur un matelas à fleurs, un sniper irakien, l'œil collé au viseur, retient sa respiration. La détonation est aussi assourdissante que brève, mais le bruit ne vient pas de l'arme à feu. Au loin, derrière le pont effondré qui menait à Qayyarah, un champignon sombre se détache sur le ciel incolore. « Une frappe de la coalition », souffle le soldat en rechargeant son arme.
S'il préfère rester vague sur le nombre de snipers sous son commandement, le colonel Mohammad précise que chacune de ses unités en compte trois. Malgré leur nombre limité, la résistance de l'autre côté du fleuve est farouche. « Ces snipers, honnêtement, sont extrêmement professionnels », avoue le colonel. D'après ses sources, l'ennemi compte dans ses rangs des tireurs tchétchènes.

« Nous pourrions utiliser du mortier et des mitraillettes automatiques – nous avons beaucoup d'armes –, mais nous nous inquiétons pour la sécurité des civils. Nous visons uniquement les positions depuis lesquelles leurs snipers nous tirent dessus », explique le colonel, affirmant que l'EI utilise la population « comme des boucliers humains pour nous empêcher de leur tirer dessus ».

Le mois dernier, l'armée irakienne libérait après une campagne qui avait longtemps stagné ce pan de territoire à l'est du Tigre, ainsi que la base militaire de Qayyarah, située sur l'autre rive, à 10 kilomètres à l'ouest de la ville éponyme toujours occupée par l'EI. Une base qui servira de « tremplin vital », pour lancer l'offensive sur Mossoul, selon l'expression utilisée par Ashton Carter, chef du Pentagone, qui a également annoncé le déploiement dans cette base de 560 soldats américains.

Le but à présent : reprendre la ville de Qayyarah et l'ensemble de ses puits de pétrole pour couper à l'organisation terroriste une partie de ses sources de revenus, et, ensuite, lancer l'offensive pour reprendre Mossoul, explique le lieutenant-général Najim el-Jibouri, le commandant de la 15e division, qui compte bien mener ses hommes aux portes de la « capitale » de l'EI avant la fin de l'année.

« L'État islamique n'est pas comme avant, ses combattants sont très faibles maintenant. Sur les deux derniers mois, nous avons tué beaucoup d'entre eux, surtout leurs combattants les plus forts : les étrangers. Ils doivent surtout compter sur leurs combattants locaux maintenant », explique Najim el-Jibouri. « Dans deux mois peut-être, la grande opération va commencer avec toutes nos troupes, affirme le lieutenant-général. L'ensemble des forces armées irakiennes et la coalition vont commencer à nettoyer la région et libérer Mossoul », note-t-il.

 

(Pour mémoire : Offensive kurde contre l'EI près de Mossoul)

 

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À l'est de Mossoul, tandis que le califat tombe, le Kurdistan grandit

 


Des troupes kurdes avançant au nord de Mossoul vers Qaraqosh. Crédit photo : Jérémy André


Les combattants peshmergas ont lancé dimanche leur seconde offensive en l'espace de trois mois pour libérer des territoires. En s'enfonçant dans les régions contrôlées par le groupe État islamique dans le nord de l'Irak, les Kurdes visent un double objectif : combattre les terroristes et repousser les frontières de leur région autonome.

Wilson FACHE (sur le front de Khazer)

À l'intérieur du village à peine libéré de Qarqasha, coups de feu et explosions de mortier rythment la sieste de combattants kurdes allongés sur des matelas posés sur la terrasse de maisons abandonnées. Dimanche, ces peshmergas, les soldats de la région autonome du Kurdistan irakien, lançaient avec l'aide de la coalition internationale une nouvelle opération pour se rapprocher un peu plus de Mossoul, dernier grand bastion en Irak du groupe État islamique (EI).

Derrière eux, une dizaine de pelleteuses jaunes et orange creusent déjà de nouvelles tranchées pour séparer ces positions désormais sous contrôle kurde des territoires toujours tenus par l'EI, définissant par la même occasion les nouvelles frontières de leur région.

Alors que les combattants peshmergas – des jeunes soldats aux plus hauts commandants – répètent à l'envi qu'ils se battent contre l'ennemi du monde entier pour le bien de l'humanité, ils n'hésitent désormais plus à clairement annoncer l'autre objectif de leur guerre contre l'EI : conquérir des territoires qui, selon eux, leur reviennent de droit.

Dans la plaine de Ninive, les villages que les Kurdes ont tenté de libérer lors de leur dernière offensive sont en fait des « territoires disputés », soit des zones revendiquées à la fois par la région kurde et le gouvernement central à Bagdad. « Nous nous battons contre l'EI, mais en même temps, nous avons des ambitions pour le Kurdistan », déclare le général Hama Rashid Rostam, posté avec ses hommes dans le village de Qarqasha. « Nous avons le droit de nous battre pour un plus grand Kurdistan », assène-t-il.

 

(Pour mémoire : « À Mossoul, 700 femmes yazidies ont été vendues sur la place publique à 150 dollars pièce... »)

 

Ces territoires disputés, qui s'étendent du mont Sinjar jusqu'à la frontière avec l'Iran à l'Est, en passant par la ville pétrolifère de Kirkouk, ont fait l'objet d'une violente politique d'arabisation menée par différents gouvernements irakiens, dont le régime de Saddam Hussein. Dans la plaine de Ninive par exemple, où vivaient de nombreux Kurdes mais aussi des chrétiens, shabaks, yazidis, kakais et Turkmènes, des milliers d'habitants ont été expulsés pour être remplacés par des populations arabes.

Maintenant que les Kurdes s'attèlent à arracher une partie de ces territoires des mains des jihadistes de l'EI, ils comptent bien garder le contrôle des villages qu'ils ont libérés au prix de nombreuses vies. « Nous n'allons pas simplement les rendre au gouvernement central, ça c'est certain », assure Delavar Ajgeiy, le représentant du Kurdistan irakien auprès de l'Union européenne.

M. Ajgeiy précise néanmoins que les minorités vivant dans ces territoires disputés, à l'instar des chrétiens de Qaraqosh, auront la possibilité de participer à un référendum pour décider s'ils préfèrent rester avec Bagdad ou s'ils souhaitent rejoindre la région kurde, comme le prévoit l'article 140 de la Constitution de la République d'Irak. « Le Kurdistan ne signifie pas une région pour les Kurdes, c'est un endroit pour toutes les personnes vivant en son sein. Nous n'avons absolument pas pour objectif de changer la démographie de ces endroits », assure le représentant.

En janvier dernier, un rapport d'Amnesty International révélait que les combattants kurdes ont passé au bulldozer, fait exploser et réduit en cendre des milliers de logements appartenant à des familles arabes, parfois des villages entiers. Le but, semble-t-il, était de déraciner ces populations en représailles à leur soutien supposé à l'EI et afin de consolider des gains de territoires dans des zones disputées, écrit Amnesty dans son enquête. Si les autorités kurdes justifient ces pratiques en raison d'une possible menace terroriste, Amnesty rappelle que le déplacement forcé de civils et la destruction délibérée de logements sans aucune justification militaire « peuvent constituer des crimes de guerre ».

 

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MOSSOUL... APRES LE BON DEBARRAS DES TARES... SERA OCCUPEE D,UN COTE PAR LES PESHMARGAS ET DE L,AUTRE PAR L,ARMEE IRAKIENNES ET LES ACCESSOIRES QUI LA SECONDENT... LES PREPARATIFS LE LAISSE ENTREVOIR !

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