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Cinema- - À L’Affiche

Les héros très ordinaires de Clint Eastwood

Pas besoin de porter collants latex, masques ou autres artifices pour être un héros. Les hommes bien ordinaires aux destinées extraordinaires, ce sont eux qu'affectionne le grand Clint et qu'il sublime à travers sa caméra. Preuve en est « Sully », le film déjà dans les salles beyrouthines.

Clint Eastwood, ou le grand Ouest américain.

Il était une fois l'Ouest
Un homme portant poncho et boots s'avance d'un pas lent. Il mâchouille du tabac, le crache. Il a un chapeau rabaissé sur ses yeux bleu azuré. Il marmonne. On ne comprend pas beaucoup ce qu'il dit, bien qu'on l'aime déjà. Il n'a pas de nom. « The man with no name ». Pourtant, c'est après la 80e minute du film Pour une poignée de dollars – car c'est de ce premier opus d'une trilogie dollar dont il s'agit – que l'homme au pistolet sera appelé Joe. Le mythe américain est né. Non grâce à un Yankee, mais à un Italien du nom de Sergio Leone. L'acteur du nom de Clint Eastwood représentera sous les traits de Joe et, pour bien longtemps dans ce désert mexicain, l'Amérique forte, héroïne, justicière.

Il était une fois l'Amérique
Quelques années plus tard, l'homme devient un véritable justicier dans la ville. Pour le metteur en scène Don Siegel, il est Harry, Dirty Harry, le flic à la justice trouble, aux manières musclées mais efficaces. Encore un acteur qui baragouine, qui parle entre ses dents, qu'on devine lorsqu'il balbutie, qui manie le colt comme si on maniait le crayon, mais qu'on sait aux côtés de la veuve et de l'orphelin. Clint Eastwood est l'homme d'action, l'acteur qui a désormais un nom. Qui s'est fait un nom. Il n'a peur de rien. Qu'on l'associe maladroitement à son personnage, qu'on parle de ses tendances politiques. Il trace lui-même son chemin et devient une figure incontournable de l'écran. Passant des saloons aux prisons et, tout comme Astérix, il ne semble point intéressé par les femmes. Elles le divertiraient de l'essentiel, du but à atteindre. C'est un fin limier qui ne compte pas perdre son flair pour des bagatelles. Pourtant, hors de l'écran, on sait que c'est un homme à femmes, qu'il est à son second mariage et à sa énième relation. Clint Eastwood poursuit son parcours. Des hauts et des bas... jusqu'à la découverte.

Il était une fois la caméra
Et puis le Clint, celui à qui on n'avait pas prédit un brillant avenir dans les westerns spaghettis, s'affranchit. Il se poste derrière sa caméra, se fait aider par son fils Scott pour la musique. Il observe, dessine, fait des portraits avec son regard et d'un coup devient l'homme multinominé et oscarisé. Il filme les hommes ordinaires aux destinées extraordinaires. Encore une fois, l'Amérique au centre de son travail. Encore une fois, les valeurs américaines qu'il préserve dans ses tripes, et qu'il dissimule sous son poncho, remontent à la surface. Il les déballe devant une caméra réaliste cependant aux émotions fortes. À 86 ans, Clint Eastwood est toujours aussi jeune, l'allure est toujours aussi fière, ses membres noueux, le visage émacié et le regard aussi vif. Que ce soit sur un ring (Million dollar baby), sur un terrain de rugby (Invictus), dans la bataille d'Io Jima, derrière un fusil en Irak (American sniper) et maintenant dans les airs avec Sully alias Tom Hanks, le cinéaste archive l'histoire, défend tout ce qui a pu créer cette grande nation mais montre toujours l'autre facette. De l'autre côté du miroir. Cette facette que seule la caméra comprend, que seul le cinéma sait porter aux nues. Cette facette dans l'ombre qui, pourtant, rend tout d'un coup une destinée extraordinaire.

 

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