Diplomatie

Au Moyen-Orient, la neutralité bienveillante du Japon...

Malgré les tensions actuelles entre les différents pays du Moyen-Orient, le pays du Soleil-Levant oscille entre neutralité, soutien (et intérêts) économiques, et politique de « containment », tout en gardant en tête sa rivalité avec la Chine.

Le roi d’Arabie, Salmane ben Abdel Aziz, en compagnie du Premier ministre japonais, Shinzo Abe. Photo AFP

Neutralité positive, stabilité politique, diplomatie économique : telles sont les grandes lignes de la politique étrangère japonaise au Moyen-Orient. N'ayant pas de liens historiques avec les pays de la région, ni de passé colonial, le pays du Soleil-Levant a développé une politique plutôt singulière, qui consiste à parler à tout le monde et ne pas prendre position. Quitte à se démarquer de la politique américaine, notamment en ce qui concerne l'Iran, avec qui le Japon a continué d'entretenir des relations après la révolution de 1979, malgré l'embargo américain. Ultradépendant du Moyen-Orient en matière énergétique – la région représente 90 % de ses importations en matière d'hydrocarbures, d'autant plus après la catastrophe de Fukushima –, le Japon fait de la stabilité régionale sa principale priorité. Voire son leitmotiv.

Pour se faire, il n'hésite pas à mettre la main à la poche : entre 2016 et 2018, Tokyo va fournir une aide de 6 milliards de dollars aux pays du Moyen-Orient, « pour prévenir l'expansion de la violence et de l'extrémisme, et pour construire des sociétés stables et tolérantes dans la région », selon le communiqué du ministère nippon des Affaires étrangères. En investissant dans les infrastructures, en participant à la reconstruction des pays détruits pas la guerre, en aidant financièrement et humainement les pays de la région touchés par la crise des réfugiés (Turquie, Jordanie, Liban), le Japon cherche à contenir les effets dévastateurs de la propagation des crises régionales. Et à conserver de l'influence dans une région où son rival chinois est de plus en plus présent, notamment dans les projets de reconstruction.

« On n'a pas d'expérience politique pour être impliqué. Pas assez d'expertise, pas assez d'hommes de terrain pour faire le job. Notre contribution est limitée », résume Kunihiko Myake, directeur de recherches à l'institut Canon pour les études internationales, et ancien conseiller du Premier ministre Shinzo Abe, durant son premier mandat. « Nous ne sommes pas les Américains, nous ne sommes pas les Occidentaux. Nous n'avons pas d'ambition politique et nous n'exportons pas d'armes. Si les pays du Moyen-Orient veulent un traité de sécurité, nous ne sommes pas le bon partenaire », argumente M. Myake.

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Prendre position
Malgré les tensions actuelles entre les différents pays de la région, notamment la guerre froide qui oppose l'Arabie saoudite à l'Iran, le Japon essaye autant que possible de ne pas prendre partie. « C'est plus facile de le faire, étant donné que nous n'avons pas d'ambition politique. Mais au final, personne n'est complètement neutre et les gens veulent toujours que vous choisissiez un côté. Parfois il faut le faire et parfois non », analyse M. Myake.
L'Irak, l'Iran et l'Arabie saoudite sont les principaux partenaires du Japon, en raison de leurs réserves en matières d'hydrocarbures, mais il entretient également des relations étroites avec la Jordanie, considérée comme un partenaire essentiel pour la stabilité régionale.

« Concernant le conflit israélo-palestinien, Tokyo prône une solution à deux États, tout en sachant qu'elle n'est pas réalisable actuellement. Israël ne veut pas négocier et les Palestiniens sont divisés », explique Koichiro Tanaka, directeur de l'institut de l'économie énergétique. « Le Japon peut contribuer au processus de paix en aidant d'un point de vue humanitaire, mais il est très compliqué de développer des infrastructures dans les territoires palestiniens, particulièrement à Gaza. L'aéroport civil, construit par les Japonais, a été complètement détruit durant la dernière offensive israélienne, à l'été 2014 », ajoute M. Tanaka.


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Tout en cherchant à diversifier ses ressources, le pays du Soleil-Levant ne peut pas se permettre de tourner complètement le dos au Moyen-Orient. Mais sa politique est sérieusement compliquée par les multiples crises régionales. Plus elles se développent, plus elles l'obligent à prendre position. Quitte à remettre en question sa politique pacifiste dans la région ? « Non, sûrement pas », répondent plusieurs sources informées.
« Le Moyen-Orient n'est pas encore sorti du processus de démantèlement de l'Empire ottoman », estime M. Myake, qui considère que « les Européens ont essayé de construire des États à partir de leurs visions, mais cela ne fonctionne pas ».

Conscient du poids de l'histoire dans la région, le gouvernement nippon cherche à promouvoir des solutions sur le long terme, sans brusquer les acteurs régionaux. « Une solution qui impliquerait un nouveau tracé de frontières pourrait être considérée, à condition qu'on soit convaincu de sa viabilité sur le long terme », confie une source diplomatique japonaise, qui a préféré garder l'anonymat.
« On considère que la baisse des prix du pétrole est temporaire et que le pétrole va rester notre principale source d'énergie », explique pour sa part M. Tanaka. En d'autres termes : le Japon est loin d'en avoir fini avec le Moyen-Orient.

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* À l'invitation du ministère nippon des Affaires étrangères.

 

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