L’ambassadeur Martin Huth.
Chère Madame Shaghieh,
Je vous remercie de la franchise de votre lettre ouverte qui a été publiée dans ce journal le 6 septembre et à travers laquelle vous avez mis en évidence l'affluence devant l'ambassade allemande relative à la crise des réfugiés et ses impacts sur le voisinage. Vous avez exprimé ainsi votre compréhension pour la situation désespérée des réfugiés syriens, auxquels aucun reproche ne saurait être adressé à l'égard de la situation tendue dans le quartier de l'ambassade d'Allemagne. Il ne fait aucun doute que l'État allemand est pleinement conscient de l'impact de la crise syrienne, aussi bien sur le peuple libanais que sur son gouvernement. Nous sommes aussi témoins de la grande générosité des Libanais, et de l'effort considérable que votre pays et votre peuple fournissent chaque jour.
La crise en Syrie présente pour nous tous, au Liban comme en Allemagne, des défis majeurs. Nos deux pays ont accueilli plusieurs centaines de milliers de personnes fuyant la guerre et la persécution. Cela signifie un fardeau additionnel pour les finances publiques en Allemagne, pour les gens et pour l'administration, spécialement dans les municipalités et les communes. L'Allemagne relève ce défi par conviction. Toutefois, nous faisons également face à notre responsabilité globale. L'Allemagne a soutenu le Liban avec approximativement 340 millions de dollars et cela uniquement en 2016. 160 millions de dollars sont canalisés par le « Programme alimentaire mondial des Nations unies » directement aux supermarchés libanais, d'où les personnes les plus démunies – parmi lesquelles un minimum de 10 % de Libanais – reçoivent de l'aide humanitaire y compris des services sociaux selon le « Programme national contre la pauvreté » (NPTP) lancé par le ministère des Affaires sociales. Pour le secteur éducatif, l'Allemagne a dépensé, rien que pour cette année, environ 60 millions de dollars, qui sont versés au ministère de l'Éducation libanais et à l'infrastructure scolaire libanaise. Actuellement, trois nouvelles écoles au Liban sont en cours de construction grâce à un financement allemand. L'année passée, en 2015, 90 millions de dollars ont été consacrés au secteur éducatif libanais. Entre 2016-2017, la somme de 17 millions de dollars sera versée à travers le programme de développement des Nations unies (UNDP) aux communautés d'accueil libanaises. L'Allemagne est, par ailleurs, impliquée en tant que contributeur important et essentiel. Pour soutenir l'infrastructure hydrique au Liban, l'Allemagne a contribué cette année à hauteur de 28 millions de dollars, entre autres pour le financement de la fourniture d'eau et le traitement des eaux usées à Tripoli et dans la plaine de la Békaa.
L'Allemagne donne au noyau familial des Syriens, qui sont reconnus en Allemagne en tant que réfugiés, la possibilité de vivre ensemble avec les membres de leur famille. Pour entreprendre le voyage vers l'Allemagne, il est nécessaire que les personnes concernées présentent des demandes de visa. Au cours des 18 mois écoulés, l'Allemagne a recueilli plus d'un million de réfugiés en permanence, parmi lesquels un nombre estimé de 800 000 Syriens. Rien que ces chiffres, dont chacun représente le destin d'un être humain, démontrent l'ampleur de la crise des réfugiés causée par la guerre en Syrie. Dans plusieurs endroits en Allemagne, l'afflux de réfugiés venant de Syrie a poussé les infrastructures existantes à leurs limites. Ce qui a exigé la compréhension et parfois des sacrifices personnels de nombreux citoyens. Mais dans l'ensemble, la crise a déclenché parmi les gens en Allemagne une grande vague de serviabilité.
Ici, à Beyrouth, les collègues de l'ambassade travaillent sous pression, même en équipes spéciales, afin d'être à la hauteur de ce devoir historique. Au fil des années et depuis le début de la crise, nous avons augmenté considérablement le personnel à l'ambassade et, à travers les aménagements de l'ambassade, nous avons pu accélérer le traitement des dossiers.
Pour répondre à l'interpellation qui nous est adressée dans votre lettre concernant la manière dont nous menons nos activités consulaires dans votre quartier, sachez madame que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour gérer au mieux la situation, dans les limites de notre juridiction qui est celle du bâtiment que nous occupons. En dehors de la frontière du terrain de l'ambassade, nous ne pouvons pas intervenir dans l'espace public limitrophe qui est de la responsabilité des institutions locales, municipales et étatiques. Nous sommes néanmoins conscients du fait que la situation actuelle entraîne des restrictions, en particulier pour le voisinage de l'ambassade, et nous collaborons constamment avec les services municipaux et les forces de l'ordre libanais qui font certainement du mieux qu'ils peuvent. Il est d'autant plus important de mener un dialogue fondé sur la confiance entre toutes les parties prenantes, de la manière dont vous l'avez soulevé dans votre lettre ouverte. Nous espérons que la crise en Syrie se terminera, que les personnes puissent retourner chez eux et que la situation se normalise, également ici à Rabieh. Je vous remercie de votre patience et de votre compréhension.
Veuillez agréer, madame, mes salutations distinguées.
Martin HUTH
Ambassadeur de la République fédérale d'Allemagne au Liban


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Chapeau l'Allemagne et son incroyable générosité envers les réfugiés. En Europe comme partout au monde, hors du Liban et d'autres pays limitrophes de la Syrie, c'est le seul pays qui a admis un grand nombre de réfugiés et qui fait l'effort de les intégrer et pas seulement de les mettre au travail. Selon moi, toute critique serait mal venue. Allez donc regarder ailleurs...
10 h 18, le 11 septembre 2016