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Moyen Orient et Monde

Comment les Turcs ont (re)bouleversé la donne à Alep

Décryptage

Le régime assiège de nouveau les quartiers rebelles tenus par la rébellion dans la métropole du nord.

06/09/2016

La percée des rebelles à Alep le 6 août dernier aura été de courte durée. Un mois après avoir réussi à briser le siège instauré par le régime le 17 juillet, les insurgés des quartiers est de la deuxième ville économique du pays, aidés du Front Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra, ayant renoncé à son rattachement à el-Qaëda) – qui a, de facto, pu gagner en popularité auprès des habitants –, n'ont pas réussi à préserver leurs positions face aux bombardements du régime et de ses alliés, qui sont parvenus, dimanche 4 septembre, à rétablir le siège.

L'unique route d'approvisionnement entre le sud de la province d'Alep et les quartiers de la ville contrôlés par les rebelles a été de nouveau coupée. Le quartier progouvernemental de Ramoussa, où se trouve l'académie militaire, à la périphérie sud de la ville, a également été repris par les forces loyalistes après d'intenses pilonnages de l'aviation russe.

Les 250 000 Alépins de l'Est – 326 000 selon le Comité civil de la ville d'Alep-Est – se retrouvent une nouvelle fois pris au piège. « Nous subissons un second siège et la situation est extrêmement critique. Les bombardements sont incessants et les gens ont terriblement peur. Depuis la reprise des batailles, il y a une dizaine de jours, nous n'avons eu que très peu de nouvelles de l'Onu et des ONG, et on ignore les raisons de ce silence », confie Brita Hagi Hassan, président du Comité civil de la ville d'Alep-Est, contacté via Facebook.

Ces nouveaux développements à Alep ont momentanément balayé la fragilité apparente du régime, dont la défaite le mois dernier avait remis en question la capacité de Bachar el-Assad à reconquérir le reste des territoires perdus. Mais la prise, fin août, de Daraya, ville de la ceinture damascène, et celle, en cours, de la ville de Moadamiyeh, ont insufflé l'espoir d'une reconquête des autres bastions-clés de la rébellion. « Daraya est un domino, et après cela, les autres tomberont », avait déclaré le ministre de la Réconciliation nationale, Ali Haïdar, le 2 septembre, ajoutant que Damas ne saurait tolérer que ces « cantons continuent de constituer une menace à l'encontre de l'État ».

 

(Pour mémoire : L’EI annonce la mort de son porte-parole, Abou Mohammad al-Adnani, à Alep)

 

Offensive turque
La restauration du siège d'Alep est notamment due à l'appui des alliés du régime, les miliciens chiites venus du Liban, d'Irak ou d'Afghanistan, chapeautés par les gardiens de la révolution iraniens. « Des vagues humaines de miliciens chiites de diverses origines ont mené une dizaine d'offensives manquées ces derniers jours, avant celle qui a réussi, avec des pertes humaines assez considérables », précise Thomas Pierret, expert sur la Syrie.

Les combats faisaient rage hier entre forces loyalistes et combattants rebelles, dont les effectifs avaient baissé en raison de l'offensive « Bouclier de l'Euphrate », lancée par la Turquie le 24 août dernier. Cette bataille, dans laquelle participent différents groupes rebelles, a permis à la Turquie hier de chasser les jihadistes du groupe État islamique de leur dernière position le long de la frontière turque en Syrie, mais également de mettre à mal les projets d'expansion des Kurdes syriens. Ironie du sort, l'entrée de la Turquie dans le jeu, et par conséquent l'envoi d'une partie, non négligeable, de combattants vers le front nord, a fragilisé les positions rebelles à Alep.

« Entre 1 000 et 5 000 hommes (qui ont répondu à l'appel d'Ankara) auraient pu être positionnés à Alep en ce moment, mais n'y sont pas », précise Thomas Pierret. Le rapprochement entre Moscou et Ankara, initié début août, pourrait laisser supposer une entente tacite : lâcher du lest à Alep en échange des Kurdes. Mais pour M. Pierret, les Turcs n'ont pas recruté « pour affaiblir la rébellion, mais simplement parce que cela sert leurs intérêts ». Selon lui, la Turquie n'a pas pour autant coupé les vivres à l'opposition à Alep. « Certes, le front alépin s'en est trouvé affaibli, mais je ne suis pas certain que la Turquie aurait pu faire beaucoup plus pour l'empêcher », estime-t-il, ajoutant que le fait de participer à l'opération turque a « donné aux rebelles un peu d'espace pour respirer », et leur permet surtout « d'exister dans cette région-là, ce qui à long terme n'est pas un mauvais calcul. Mais à court terme, cela a certaines conséquences ». Et en lançant une offensive sur Hama, le 29 août dernier, les rebelles avaient pour stratégie de « forcer le régime à allouer des effectifs sur les deux fronts, afin d'alléger Alep », ajoute l'expert.


(Lire aussi : Guerre en Syrie : Qui combat qui ? Qui soutient qui ? Qui contrôle quoi ?)

 

Fusion avortée ?
Dispersées et désunies, les forces rebelles risquent de le payer très cher dans ce nouveau round de la bataille d'Alep. Lors de la rupture du premier siège, une fusion entre les principaux groupes rebelle et jihadiste, Ahrar el-Cham et Fateh al-Cham, avait été esquissée. Mais les discussions semblent plus ardues que prévu. Hier, le président turc Recep Tayyip Erdogan est revenu à la charge en proposant à MM. Poutine et Obama, lors du sommet du G20, d'établir une « zone d'exclusion aérienne » dans le nord de la Syrie. Si cette zone tampon, longtemps souhaité par la Turquie, venait à être instaurée, Ahrar al-Cham, groupe proche d'Ankara, pourrait en venir à lâcher le projet d'une alliance avec Fateh al-Cham.

Selon un combattant du groupe rebelle Faïlaq al-Cham, dans la province d'Alep, contacté en fin de soirée par L'Orient-Le Jour, si le régime a pu imposer un nouveau siège, ce serait notamment dû au fait que la chambre militaire d'Alep aurait reçu l'ordre des puissances alliées de garder les lignes de front silencieuses dans les quartiers rebelles de la ville. « Les seuls groupes qui sont restés combattre, notamment à Ramousseh, sont Ahrar al-Cham, Fateh al-Cham et les jihadistes chinois du Mouvement islamique du Turkestan oriental, alors que les autres sont montés sur le front nord à Jarablos », confie le combattant. « Nous ne sommes pas frustrés par cette défaite et les combats se poursuivent notamment dans les quartiers d'al-Ameriyeh, au nord de Ramousseh, où nous espérons parvenir à repousser les forces alliées au régime », conclut-il.

 

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Sabbagha Antoine

Une guerre civile qui parait encore longue et sans aucune issue .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN DES NOMBREUX EPISODES DE LA CONNIVENCE... LE TOCSIN NE SONNE PLUS, LE GLAS A PRIS LA RELEVE, LES REFORMES RECLAMEES PAR LE PEUPLE ARRIVENT... LES DEPARTS SONT PROGRAMMES... ET SEUL LE PEUPLE SORTIRA VAINQUEUR !

Bery tus

L'important c'est qu'assad vas dégager !!!

ACE-AN-NAS

On va essayer de comprendre , lorsque Bashar le héros rebondit depuis 5 ans et demi, alors qu'on le déclare moribond depuis le 1er jour du complot occidental , c'est soit grâce aux russes , aux iraniens ou aux milices chiites , et cette fois ci grâce c'est grâce aux turcs , mais quand les bactéries se renforcent c'st grâce à mon petit doigt ????

C'est du pur Nostradamus cette histoire ;lol.

ACE-AN-NAS

À Alep, les résistants continuent à progresser et ils s'apprêtent à libérer plusieurs localités de la d'Alep . Leur avancée vers Khan Touma se poursuit régulièrement.

Ce sont les combattants du mouvement Al-Nujaba, pour la plupart d'origine irakienne, qui mènent des combats autour de la colline d'Al-Asfar, située dans la banlieue sud d'Alep. Les deux villages de Maarata et d'Al-Alam viennent d'ailleurs d'être libérés des mains des bactéries de Jaysh al-Fatah.

La force spéciale du mouvement Al-Nujaba ont multiplié dimanche leurs assauts contre la localité de Khan Touman et ont consolidé leurs positions dans cette cité stratégique. À l'heure qu'il est, toutes les voies d'approvisionnement pour les bact. de Jaysh al-Fatah, qui donnent accès à Alep, et par où ils s'alimentaient en armes et en munitions sont coupées.

L'information souligne l'efficacité des combattants d'Al-Nujaba qui agissent en commandos .Les unités balistiques d'Al-Nujaba, armées de missiles téléguidés, visent avec succès et de plus en plus efficacement des convois de véhicules blindés appartenant aux bact.

Des centaines de combattants d'Al-Nujaba se battent contre les bactéries sur divers axes en Syrie, surtout à Alep et à Idleb. Ces combattants ont la particularité d'agir intelligemment et en prenant en considération les particularités stratégiques et les avantages tactiques sur le champ de bataille.
Les soldats de la Résistance sont aussi actifs à Quneitra .

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