Une foule brandit des drapeaux du Hezbollah et des portraits de l’ayatollah Ali Khamenei lors d’un rassemblement en son hommage après son assassinat, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 1er mars 2026. Photo d'archives Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Le gouvernement américain a annoncé jeudi de nouvelles sanctions à l'encontre d'entreprises et d'individus qu'il accuse d'aider le Hezbollah et d'autres proxies iraniens au Moyen-Orient, intensifiant ainsi sa campagne visant à isoler économiquement l'Iran. Ces dernières sanctions s'inscrivent dans le cadre de l'« Opération Paria Économique » du département du Trésor, annoncée le 24 août, qui vise à couper le financement par Téhéran de la guerre, de la construction de missiles, des cyberattaques et du corps des gardiens de la révolution islamique.
Les mesures annoncées jeudi par l'Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Trésor américain ciblent des entités et des individus en Irak, aux Émirats arabes unis, au Liban et en Turquie, que Washington accuse de soutenir les Kataëb Hezbollah, un groupe paramilitaire chiite irakien sous commandement du CGRI, ainsi que le Hezbollah libanais, selon le communiqué du Trésor.
Des changeurs libanais dans le viseur
D'après le texte, la force iranienne d'élite al-Qods des gardiens de la révolution utilise des sociétés-écrans pour transférer vers des bureaux de change de la région des fonds provenant des ventes de pétrole iranien. Ainsi, deux agents de change libanais, Hussein Ibrahim et Abdallah Hamiyé, qui auraient entre mai et septembre 2025, transféré des centaines de millions de dollars de la force al-Qods au Hezbollah, sont sanctionnés. Une fois l’argent arrivé au Liban, Oussama Jaber, membre du Hezbollah désigné par les États-Unis, aurait travaillé avec Ghaith Hussein Wehbé, un convoyeur de fonds du parti chiite, afin de récupérer personnellement l’argent auprès de ces changeurs pour le compte de responsables financiers du Hezbollah. Toujours selon le Trésor, le Hezbollah utiliserait ces fonds pour « acheter des armes, fabriquer des équipements et verser des salaires à ses membres ».
Le Trésor sanctionne également deux personnes travaillant pour Hamdi Zahereddine, financier du Hezbollah désigné par les États-Unis : sa sœur Mirvat, qui exploiterait des réseaux informels de transfert de fonds pour acheter de l’or à Dubaï, aux Émirats arabes unis, puis ferait appel à des convoyeurs pour acheminer cet or au Liban ; et un collaborateur Amir al-Makansi, basé en Syrie et en Turquie, qui exploiterait une société de négoce d’or basée en Syrie et disposerait également de bureaux à Istanbul, en Turquie. Cette dernière société convertirait des devises pour Hamdi Zahereddine « en grosses coupures, dont il est connu dans le secteur libanais du change qu’elles proviennent fréquemment du Hezbollah », selon le Trésor US.
Ce dernier a également annoncé un accord avec un citoyen américain ayant accepté de verser 1,43 million de dollars afin de régler sa responsabilité civile potentielle concernant 39 violations apparentes des sanctions contre l'Iran, et a lancé un appel large aux lanceurs d’alerte pour tout signalement d'évasion de sanctions ou de blanchiment d'argent par l'Iran. L'OFAC a publié un bulletin précisant qu'il rejetterait la plupart des demandes de licences relatives à l'Iran, sauf circonstances exceptionnelles, et indique que sa division des licences a commencé à refuser « la grande majorité » des demandes spécifiques en attente concernant l'Iran. « L'OFAC maintiendra cette politique d'octroi de licences tant que l'Iran ne changera pas de comportement, notamment en cessant d'obstruer le détroit d'Ormuz, d'attaquer le personnel et les partenaires américains dans le Golfe, et de poursuivre des armes nucléaires et conventionnelles », a déclaré le Trésor.
« L'Opération Paria Économique cible ceux qui continuent de soutenir le régime iranien en déliquescence », a déclaré Scott Bessent, secrétaire au Trésor, dans un communiqué. « Qu'ils financent le terrorisme, blanchissent de l'argent ou aident l'Iran à contourner les sanctions, nous les trouverons, les exclurons du système financier américain et démantèlerons les réseaux soutenant le régime. »
La guerre d'Iran, désormais dans son septième mois, a entraîné une chute de la cote de popularité du président Donald Trump alors que les Américains doivent faire face à une hausse sensible des prix de l'essence, et pourrait mettre en péril les chances de son parti républicain de conserver le contrôle du Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre. Loin de l’opération militaire éclair menée par les États-Unis au Venezuela qui a renversé le dirigeant Nicolas Maduro, la guerre en Iran s’est transformée en une bataille d’usure ponctuée d’attaques contre des pétroliers et qui s’étend également aux pays voisins. Les nouvelles sanctions n’ont pas visé les houthis alignés sur l’Iran, qui ont pris le contrôle jeudi du port yéménite de Mocha et avancé le long de la côte de la mer Rouge, renforçant leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb, l’exutoire sud de la mer Rouge et l’une des routes maritimes les plus importantes au monde.
Conséquences sur les livraisons de pétrole
Mais un responsable américain a déclaré que la campagne du Trésor frappait durement l’économie iranienne, tandis que le blocus naval américain réduisait la capacité de Téhéran à déplacer du pétrole. Les chargements de pétrole iranien sont passés à environ 0,2 million de barils par jour au cours des 30 derniers jours, contre 1,8 million de barils par jour en janvier et février, selon ce responsable. Les déchargements ont baissé à 0,9 million de barils par jour contre 1,4 million de barils par jour avant la guerre, a-t-il ajouté. La quantité de pétrole iranien ou suspecté comme tel en mer a atteint en moyenne seulement 110 millions de barils la semaine dernière, contre plus de 180 millions de barils en janvier et février.
Les prix alimentaires ont fortement augmenté, selon le responsable, tandis que le rial iranien s'est déprécié d’environ 30 % face au dollar américain depuis le début de la guerre, a-t-il précisé. Brett Erickson, associé principal chez Obsidian Risk Advisors, estime que ces dernières sanctions n’auront qu’un impact marginal sur la capacité de l’Iran à manipuler des devises fortes. « Cela ne change rien à la donne », a-t-il déclaré. « Elles visent le Hezbollah, mais pas la milice houthie, proxy iranien bien plus conséquent, qui sème le chaos sur les marchés énergétiques mondiaux. »
Cette information est la traduction d'une dépêche de l'agence Reuters

Désarmement du Hezbollah, accord avec Israël : « L’OLJ » révèle ce que Beyrouth a fait entériner par la Ligue arabe