Le patriarche maronite, Béchara Raï, le 8 avril 2026 lors d'une tournée à Kawkaba, dans le caza de Marjeyoun au Liban-Sud. Photo d'archives Matthieu Karam/L'Orient-Le Jour
« Lorsqu’une partie du Liban est blessée, c’est tout le Liban qui est blessé », a déclaré le patriarche maronite Béchara Raï dans son homélie dominicale, au cours de laquelle il a affirmé que la sécurité des habitants de Nabatiyé et du Sud « n’est pas une question régionale (...) leur droit à leur terre, à leurs maisons et à une vie en sécurité est un droit national ».
Samedi, le chef de l'État Joseph Aoun s'est rendu à Nabatiyé, accompagné du commandant en chef de l'armée, le général Rodolphe Haykal, en signe de « solidarité » avec les habitants de la ville, alors que les forces de l'ordre s'étaient progressivement déployées dans la ville meurtrie et avaient été accueillies chaleureusement par des habitants.
Le cardinal Raï a également évoqué les négociations entre Tel-Aviv et Beyrouth, estimant qu'elles doivent « passer de la phase des contacts et des médiations à une démarche claire, à des objectifs définis, conduisant à des résultats concrets sur le terrain : la cessation des attaques, le retrait et la consolidation de la stabilité grâce à de véritables garanties préservant la souveraineté et empêchant une répétition de l’escalade ». « Les négociations ne doivent pas devenir un processus ouvert sans perspective. Elles doivent au contraire être un moyen de parvenir à une solution claire, qui préserve les droits du Liban et mette fin à l’état d’instabilité », a-t-il ajouté.
Durant l'été, Israël et le Liban ont tenu deux sessions de à Rome, sous l'égide des États-Unis, et Washington avait annoncé à la mi-août une troisième rencontre « début septembre », toujours dans la capitale italienne. L'objectif serait d'introduire de nouvelles « zones pilotes » au Liban-Sud et de mettre en place un mécanisme de vérification du désarmement du Hezbollah -- qui s'y oppose -- dans ces régions. Mais lors de sa visite à Nabatiyé, le chef de l'État a déclaré qu'il n'y avait « pas de nouvelles négociations avec Israël pour l'instant ». Prévus pour septembre, les pourparlers entre les deux pays ont été repoussés au mois d'octobre.
Le patriarche Raï a également évoqué la question du monopole des armes, estimant qu'elle n'était pas « une question de victoire d’un camp sur un autre, ni un affrontement avec une confession ou une communauté ». « Il s’agit d’établir une autorité nationale unique et de consacrer le droit de l’État à être détenteur de la décision souveraine et responsable de la protection de tous ses citoyens », a-t-il ajouté.
Villages chrétiens du caza de Bint Jbeil
Après l'annulation de plusieurs convois humanitaires destinés à des villages chrétiens toujours habités du caza de Bint Jbeil -- Aïn Ebel, Rmeich et Debel -- situés sous la 'ligne jaune', imposée par l’armée israélienne pour délimiter ce qu’elle appelle sa « zone de sécurité », qui s’étend sur plus de 600 km2 au Liban-Sud, le patriarche a également fait part de la « préoccupation » des habitants.
Il a ainsi demandé de faciliter la circulation des convois, ainsi que de mettre en place un « mécanisme de coordination clair et permanent, garantissant la libre circulation des habitants, ainsi que l’acheminement des aides fournies par les organisations humanitaires et les bailleurs de fonds ». Les municipalités de Rmeich, Aïn Ebel et Debel avait lancé vendredi un « appel urgent » pour la « reprise régulière des convois humanitaires » desservant ces trois localités frontalières et les quelques 10 000 habitants qui y résident encore. Elles ont indiqué que quatre convois préparés cette semaine avaient été annulés « malgré l’accomplissement des procédures requises, sans qu’aucune explication claire et unifiée n’ait été fournie par les autorités concernées ».


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