À Karkamis, en Turquie, un petit garçon observe les explosions occasionnées par des raids turcs dans la région de Jarablous, du côté syrien de la frontière. Bulent Kilic/AFP
Des rebelles alliés à des jihadistes ont repris plusieurs localités au régime dans la province centrale de Hama en Syrie, à la faveur d'une offensive lancée lundi.
Des factions rebelles et le groupe jihadiste Jound al-Aqsa ont de fait lancé une offensive surprise dans la province de Hama avec l'objectif principal de prendre l'aéroport « car c'est de là que partent les hélicoptères bombardant leurs positions à Alep et dans d'autres provinces », selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Les rebelles veulent également alléger la pression dans la région d'Alep, plus au nord, en dispersant ainsi les forces du régime sur plusieurs fronts.
La province de Hama est largement contrôlée par le régime, mais en trois jours rebelles et jihadistes « se sont emparés d'au moins 14 villages et localités, notamment dans le nord et l'ouest de la province, dont Halfaya, Tibet al-Imam et Souran », selon Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'OSDH. Ils ont également pris une base militaire près de la localité de Maardes et se rapprochent ainsi de la capitale provinciale Hama, située à une dizaine de km plus au nord, a précisé l'ONG. Les rebelles menacent également Mahrada, une ville chrétienne au nord de Hama, qui abrite une des plus importantes centrales électriques du pays.
Hier, 25 civils dont des enfants ont péri dans des frappes intenses du régime sur les zones prises cette semaine par les rebelles dans cette province, alors que les combats faisaient rage à une dizaine de km de l'aéroport de Hama, selon l'OSDH.
Frontière nord
Dans le nord du pays, où Ankara a lancé la semaine dernière une offensive contre les milices kurdes et le groupe État islamique (EI), l'armée turque a annoncé avoir chassé des jihadistes de trois localités, Zavgar, Tell el-Agbar et al-Kulliyeh. L'armée a également indiqué avoir frappé 15 cibles à al-Kulliyeh et Zavgar, dans la région de Jarablous, une ville à la frontière reprise le 24 août à l'EI à la faveur d'une attaque des rebelles soutenus par Ankara. Toujours dans cette zone, l'armée turque a détruit des engins explosifs laissés par l'EI, provoquant d'importantes explosions, a constaté un photographe de l'AFP à Karkamis. L'armée a annoncé avoir détruit 213 engins explosifs artisanaux depuis le début de l'opération. Les jihadistes de l'EI sont soupçonnés d'avoir piégé la région de Jarablous avec de grandes quantités de mines et d'explosifs, que les démineurs s'affairent à détruire depuis plusieurs jours.
Selon le Pentagone, l'EI est en passe de perdre son accès à la frontière turque, sa seule porte de communication avec le monde extérieur depuis la Syrie et l'Irak. Le groupe jihadiste ne contrôle plus qu'environ 25 kilomètres de frontière avec la Turquie, à l'est de la ville d'al-Rai, a indiqué Jeff Davis, un porte-parole.
Sur le front d'Alep, l'un des principaux enjeux du conflit où les combats continuent de faire rage entre rebelles et régime, les pénuries sont de retour dans la partie rebelle de la ville divisée, la route d'approvisionnement étant coupée depuis six jours car elle est à portée des tirs du régime. Le correspondant de l'AFP a constaté des marchés vides et une pénurie de carburant.
De Mistura redoute « d'autres Daraya »
Alors qu'aucune issue n'est en vue pour le conflit en Syrie, l'émissaire de l'Onu, Staffan de Mistura, a annoncé qu'une « initiative politique » était en préparation et a dénoncé dans le même temps la « stratégie » d'évacuation forcée suivie par le régime dans les villes rebelles qu'il assiège comme la semaine dernière à Daraya, près de Damas, d'où des milliers de rebelles et de civils ont été évacués après avoir été asphyxiés par quatre ans de siège imposé par le régime qui la contrôle désormais. « Je partage votre peur concernant le fait, qu'après Daraya, nous risquons d'avoir d'autres Daraya et cela pourrait être la stratégie d'une des parties en ce moment », a-t-il dit aux journalistes, à l'issue d'une réunion à Genève du groupe de travail sur l'aide humanitaire en Syrie.
Des experts militaires et des diplomates russes et américains poursuivent entre-temps des discussions à Genève sur une possibilité de parvenir « à une cessation des hostilités large et importante » en Syrie. Moscou et Washington, qui effectuent séparément des frappes contre les jihadistes dans ce pays, sont en désaccord sur le sort du président syrien Bachar el-Assad, le premier étant fermement opposé à son départ réclamé par le second.
Plan de transition
Parallèlement, le Haut Comité des négociations (HCN) formé par l'opposition syrienne dévoilera la semaine prochaine à Londres les détails de son plan de transition, à l'occasion d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des États impliqués dans le processus de paix, a fait savoir hier l'un de ses membres. Ce plan prévoit notamment la formation d'une instance gouvernementale dotée de tous les pouvoirs exécutifs, précise Hind Kabaouat dans un courrier électronique adressé à Reuters. Il définit en outre la durée de la transition et propose la mise en place d'un mécanisme assurant la représentation des minorités ainsi qu'une refonte des institutions étatiques, ajoute-t-elle. La formation de cet organe de transition suppose la mise à l'écart du président Bachar el-Assad qui, selon l'opposition, ne peut plus jouer aucun rôle au sein de l'administration syrienne. Le chef de l'État refuse quant à lui de céder le pouvoir et propose la formation d'un gouvernement d'union nationale. Selon Hind Kabaouat, le HCN va inviter les ministres des Affaires étrangères qui seront présents à Londres à faire le nécessaire pour renouer le dialogue et pour qu'Assad ait à répondre de ses actes, notamment le recours à des armes chimiques. « La réalité est que la communauté internationale a lâché les civils syriens, dernièrement à Alep, Daraya et Moadamiya, où nous n'avons rien vu de concret pour protéger les civils ou briser le siège », déplore-t-elle.
(Sources : agences)


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