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Quand les trolls font la loi sur Twitter

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Le hashtag #ModereCommeTwitter a fédéré cette semaine ceux qui ironisent sur la réactivité à géométrie variable du réseau

OLJ/Laurence BENHAMOU/AFP
21/08/2016

Ecoeurés par des flots d'insultes ou de menaces sur les réseaux sociaux, de plus en plus de stars et de journalistes ferment leurs comptes Twitter ou Instagram, accusés de devenir, par leur passivité, des "facilitateurs de haine".

Dernier en date, Justin Bieber, star mondiale aux 78 millions de fans sur Instagram, a quitté le réseau après des insultes contre sa nouvelle petite amie.

Plus grave, les "trolls", surnom de ces insulteurs protégés par l'anonymat, déversent publiquement et sans tabou des torrents d'injures racistes, sexistes ou homophobes, allant jusqu'aux menaces de viol ou de mort. Ce phénomène, qui peut toucher tout un chacun, est mis en évidence lorsqu'une star claque bruyamment la porte.

Choquée par des propos racistes et misogynes, Leslie Jones, seule vedette noire du dernier "Ghostbusters", a fermé son compte Twitter en juillet. "Twitter je comprends la liberté d'expression, mais il faut des règles quand vous laissez cela se répandre", a-t-elle regretté en racontant avoir vécu "un enfer personnel".
Cette fois, son appel a porté : le PDG de Twitter l'a contactée et certains de ses harceleurs ont été suspendus. Mais c'est loin d'être monnaie courante.

Le hashtag #ModereCommeTwitter a fédéré cette semaine ceux qui ironisent sur la réactivité à géométrie variable du réseau, prompt selon eux à bloquer les reproductions de photos des JO sous copyright -- ce qui vient d'arriver au site d'info Breaking3zero - mais qui laisse le champ libre aux comptes racistes ou homophobes.

Début août, l'actrice Daisy Ridley, héroïne du dernier "Star Wars", a quitté Instagram, prise pour cible par des internautes d'extrême-droite après un message contre la violence par armes à feu.
La semaine dernière, la chanteuse noire du groupe Fifth Harmony, Normani Kordei, victime de messages racistes, a elle aussi quitté Twitter.

 

(Lire aussi : Justin Bieber, vexé par des remarques sur sa petite amie, quitte Instagram)

 

'Pas une infraction'
Très présents sur Twitter, les journalistes sont souvent visés, comme en Suède la présentatrice Anna Brolin. Après avoir signalé des messages du type "@annabrolin est une #femme faite pour être #violée et engrossée par des hommes remplis de haine", Twitter lui a répondu que ces messages ne constituaient "pas une infraction". Dégoûtée, elle a fermé son compte.

En juin l'éditeur du quotidien américain New York Times Jonathan Weisman, cible de tweets antisémites menaçants, a quitté le réseau. "Je laisse Twitter aux racistes, aux antisémites (...) Peut-être que Twitter va y réfléchir", a-t-il écrit.
Ses harceleurs mettaient son nom entre trois parenthèses, un code utilisé par les néo-nazis pour identifier des noms juifs.

En juillet, la journaliste féministe du quotidien britannique The Guardian, Jessica Valenti, a fait le même choix, après des menaces contre sa fille de 5 ans. "La loi doit s'appliquer aux menaces en ligne. Les réseaux sociaux doivent faire quelque chose", a-t-elle plaidé.

C'est aussi pour des salves d'insultes - que Twitter a refusé de bloquer - que le journaliste de l'AFP Roland de Courson, responsable du blog "Making Of", vient de fermer son compte.

En France, les chanteurs Michel Polnareff et Christophe Willem, ont quitté Twitter en janvier. "L'avènement Twitter a fait apparaître le côté vil et malsain de certaines personnes jouissant de cette liberté de parole pour y répandre une haine permanente sous couvert d'un anonymat nouveau, celui de la lâcheté", a commenté Christophe Willem.

Les messages de haine ne font que croître sur les réseaux. En 2015, 27% des commentaires sur les sites d'information, contre 24% en 2014 ont été retirés par des modérateurs, pour cause de racisme (19%), insulte (22%), agression (20%) ou appel à la haine ou à la violence (15%), selon une étude de Netino et Kantar Media.

Pourtant Facebook, Youtube, Microsoft et Twitter ont signé en mai dernier un code de bonne conduite avec la Commission européenne.

Twitter exerce un contrôle des propos a posteriori, sur la base des signalements, s'il le juge justifié. Interrogé, le groupe a seulement rappelé ses règles qui condamnent les propos haineux. En revanche, il vient d'annoncer avoir suspendu en 6 mois 235.000 comptes faisant la promotion du terrorisme, domaine où il a intensifié ses efforts.

 

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