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Moyen Orient et Monde - Repère

Le Kurdistan irakien, région kurde la plus autonome

Le PDK de Massoud Barzani se partage le pouvoir avec l'UPK de Jalal Talabani.

Des peshmergas sur le Mont Zardak à environ 25 km de Mossoul en Irak, le 9 septembre 2014. Photo Jim Lopez/AFP

Le Kurdistan, dépourvu de frontières et partagé entre la Syrie, l'Irak, l'Iran et la Turquie, est au cœur de nombreuses tensions.
Éparpillés entre ces quatre pays, les Kurdes comptent entre 20 millions et 40 millions de personnes. Ils ont vu éclore depuis le milieu des années 70 une forte volonté d'indépendance et d'autonomie, revendiquées à ce jour par plusieurs groupes politiques, appuyés par leurs branches armées. Aujourd'hui, la région la plus autonome du Kurdistan se situe en Irak, où, depuis un référendum en 2005, le pays reconnaît de larges droits aux Kurdes. Appelée « Gouvernement régional du Kurdistan », cette entité politique est reconnue par la communauté internationale. À la tête de son gouvernement, Massoud Barzani, une figure de la lutte kurde, également chef du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) depuis 1979.

Deux partis rivaux
Il faut remonter à 2003 pour voir naître un début d'autonomie du Kurdistan irakien, à la suite de la chute de Saddam Hussein. Des élections législatives sont alors organisées et le Parlement régional kurde désigne Massoud Barzani comme président de la région autonome du Kurdistan. Il est reconduit dans ses fonctions en 2009, après de nouvelles élections. Mais au Kurdistan, le PDK n'est pas le seul parti majoritaire. L'UPK (Union patriotique du Kurdistan) de Jalal Talabani lui fait face. Ce parti, d'influence communiste et plus précisément d'influence maoïste, n'est plus vu aujourd'hui comme tel, face à son rival conservateur. Ces deux frères ennemis ont une longue histoire commune. Le 1er mais 1994, des tensions éclatent entre sympathisants du PDK et de l'UPK, à propos d'un poste frontalier. Celui-ci faisant payer des droits de douane, l'UPK demande au PDK de lui en verser une partie, comme il est inscrit dans la Constitution. L'UPK, qui ne détient que des postes frontaliers avec l'Iran qui ne lui génèrent que peu de revenus, réclame alors une partie des bénéfices tirés des postes frontaliers avec la Turquie, gérés par le PDK. C'est à cause de ces tensions sur fond d'argent que durant quatre ans, entre 1994 et 1998, une guerre civile oppose les deux partis, causant la mort de 4 000 Kurdes. Aujourd'hui, la guerre civile n'a pas totalement disparu des mémoires collectives. Nombreux sont les Kurdes qui gardent une certaine rancœur contre le parti qu'ils ont combattu lors de ces quatre années. Mais face aux offensives extérieures, qui menacent l'intégrité du Kurdistan, l'UPK et le PDK mettent un peu de côté leurs luttes intestines.

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Au cœur des tensions
Géographiquement, le Kurdistan irakien est bordé de puissances qui lui sont plus ou moins hostiles. À l'est, il est frontalier de l'Iran, pays qui reconnaît la langue et la culture kurdes mais ne permet aucune autonomie politique à sa population. Mais c'est au nord et à l'ouest de la région que les tensions sont culminantes aujourd'hui, notamment avec la Syrie et la Turquie. Au Nord, l'armée turque et le gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan mènent une guerre sans merci contre les indépendantistes kurdes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), un mouvement insurrectionnel à l'origine de nombreuses attaques contre la Turquie. Il arrive donc souvent que les avions militaires turcs bombardent des bases arrière des groupes de la branche armée du PKK, retranchés dans les montagnes irakiennes. À l'ouest, la principale menace pour le Kurdistan irakien est l'organisation de l'État islamique (EI). Depuis le début de la guerre en Syrie, les membres de l'EI n'ont cessé de monter en puissance, notamment après avoir mis la main sur des bases militaires irakiennes équipées en matériel américain à la pointe de la technologie. En août 2014, les jihadistes de Daech ont lancé un assaut contre la ville de Sinjar et ses montagnes, région où habitent des yézidis, une minorité religieuse. Lors de cette avancée, des massacres ont été perpétrés contre ces civils en raison de leur foi. Durant plus d'un an, l'État islamique a contrôlé cette zone, malgré les différentes tentatives de libération par les forces Kurdes du PDK ou du PKK. C'est finalement en novembre 2015, au terme de longs mois de combats, que les kurdes ont récupéré ce territoire sous le contrôle de Daech.

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La religion au Kurdistan
Sur le territoire irakien, la grande majorité des Kurdes est musulmane sunnite. Pourtant, dans cette zone, de nombreuses religions se sont toujours côtoyées, mais pas toujours tolérées. En 2014, le nombre de chrétiens était estimé à 150 000. Ils se divisaient en catholiques, syriaques, assyriens et chaldéens. Dans le nord de l'Irak, il existe également 60 000 Kurdes shabak, un mélange de chiisme et de yazidisme. La religion aujourd'hui tristement connue au Kurdistan est le yazidisme. En 2014, environ 500 000 personnes se réclamaient de cette foi, dérivée du zoroastrisme. L'État islamique a particulièrement pris pour cible cette minorité, la considérant comme « satanique » du fait de ses traditions et de ses croyances. Lorsque Daech a mis la main sur des zones yazidies, ils se sont livrés à des massacres en masse, dirigés contre les filles trop jeunes et les femmes trop vieilles. Les femmes étaient alors forcées à devenir des esclaves sexuelles.
Au sein même de la communauté kurde, un racisme est présent de la part des sunnites envers les yazidis. Lorsque des villages sunnites ont été libérés de Daech, des yézidis ont exécuté certains sunnites, accusés d'avoir « collaboré avec Daech », tout cela sur fond de tensions religieuses.

 

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