Le parti au pouvoir en Turquie a étendu hier jusque dans ses propres rangs la purge des sympathisants du prédicateur en exil aux États-Unis Fethullah Gülen. Le Parti de la justice et du développement (AKP) a ordonné que ses rangs soient « nettoyés » des sympathisants de Gülen, accusé d'être derrière le coup d'État depuis son exil en Pennsylvanie, a annoncé l'agence progouvernementale Anatolie.
L'AKP va ainsi être également touché par la traque implacable menée depuis le coup d'État raté du 15 juillet, qui s'est soldée par au moins 60 000 limogeages, arrestations et gardes à vue, surtout dans l'armée, la justice, la presse et l'éducation.
Signée par le numéro deux du parti, Hayati Yazici, une circulaire de l'AKP « ordonne l'urgent nettoyage de l'organisation du parti », afin d'en éliminer ceux qui sont liés au réseau de Gülen, accusé d'avoir noyauté les institutions et la société turques en créant un « État parallèle ».
L'ex-imam a vivement réagi hier à l'annonce que la Turquie venait de lancer contre lui un mandat d'arrêt dans la perspective d'une demande officielle d'extradition auprès des États-Unis. « Le système judiciaire turc n'est pas indépendant, donc ce mandat d'arrêt est encore un exemple de la tendance du président Erdogan à l'autoritarisme et aux écarts vis-à-vis de la démocratie », a-t-il dit dans un communiqué. M. Gülen a rappelé avoir « condamné à plusieurs reprises la tentative de coup d'État », et nié « toute implication ».
La purge en cours, qui a provoqué de vives protestations à l'étranger, n'a encore touché que « le sommet de l'iceberg », a averti jeudi soir le président Erdogan.
Hier, 12 des 14 journalistes du quotidien Zaman qui étaient en garde à vue ont été placés en détention préventive.
Exigence turque
Sur un autre plan, le secrétaire d'État américain John Kerry pourrait être le premier haut responsable occidental à se rendre en Turquie. Du moins à en croire Ankara. M. Kerry viendra le 24 août, a assuré le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu après que M. Erdogan a évoqué la date du 21, tandis qu'à Washington un porte-parole du département d'État indiquait sèchement : « Nous n'avons pas de voyage à annoncer. »
Cette visite, si elle a lieu, interviendra à un moment où les relations turco-américaines sont ébranlées par l'exigence turque d'une extradition de Gülen. Ankara l'a déjà réclamée maintes fois à Washington. Parfois avec virulence, comme le président Erdogan qui a accusé les États-Unis de « cacher » Gülen.
Le ministère américain de la Justice « essaie toujours de déterminer si les documents fournis (par Ankara) constituent une demande formelle d'extradition », a simplement expliqué Mark Toner, porte-parole du département d'État.
Premier chef d'État étranger à faire le voyage d'Ankara trois semaines après le putsch, le président du Kazakhstan Noursoultan Nazerbaïev a promis lors d'une conférence de presse avec M. Erdogan d'expulser vers la Turquie toute personne du réseau des écoles pro-Gülen qui aurait « des liens avec le terrorisme ». Mais il n'est pas allé jusqu'à s'engager à fermer cette trentaine d'écoles, dont Ankara lui a fourni une liste.
(Source : AFP)


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