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Il a débarqué dans le lobby de l'hôtel Palmyra avec son élégance un rien débraillée, d'excellente humeur et appliqué à ouvrir les tiroirs d'un propos que tant d'autres choisissent de fermer à double tour. Chemise blanche à col mao sur jeans blanc, une tenue qui lui sculpte la silhouette lunaire du gentil géant de ses rêveries tortueuses.
Loin d'être un Petit Poucet, ne craignant pas de tordre le nez aux méchants les plus redoutables, il a pourtant rabattu un tarbouche sur son visage, histoire de mieux intriguer les présents, dont il cambriole l'attention. Voilà ce qu'on appelle le paradoxe Mika : cette façon de passer inaperçu qui aimante tous les regards. Cette capacité à briller en un battement de cils, doublée d'une hantise presque agoraphobe d'être vu. Tracer une ligne mais s'asseoir tout près, nous parlant presque sous le nez.
Dans quelques minutes, il filera au soundcheck pour son concert à guichets fermés. Mais avant ça, il a envie de siroter une limonade, de s'imprégner de « ce lieu dont les murs ont côtoyé Jean Cocteau ». Le temps de discuter avec lui de deux choses, ou trois.
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Presque de la gourmandise
À le voir caracolant à une vitesse croissante sur l'échelle du succès, on pourrait penser que derrière la façade affable de celui qu'on appelle « le golden boy de la pop », se cacherait une batterie d'arrangeurs, d'auteurs et de managers. Que Mika ne serait qu'un superhéros créé en laboratoire pour voler au secours d'une industrie du disque en péril et, pourquoi pas, réchauffer les cœurs en manque d'enfance rose bonbon.
La réalité est plus banale. À la ville, Michael Holbrook Penniman a toujours eu la bouclette libérée. C'est son emblème, son logo, sa marque de fabrique. « Des compromis ? Quels compromis ? » rétorque-t-il lorsqu'on le questionne à propos des travers de son métier. M. H. Penniman Junior est un type qui se pose chez lui, derrière son piano, et enfante un monde bigger than life à partir « d'un puzzle de sensations vécues ou fantasmées ». Et de poursuivre : « Il est très difficile, pour moi, d'expliquer un succès, ou mettre des mots sur ma carrière. En regardant défiler les dix dernières années, je me rends compte que le seul fil directeur est cette rage, cette chose étrange qui sort des tripes, presque de la faim, de la gourmandise, et qui me sert de moteur. »
(Pour mémoire : Mika emmène France 2 en tournée avec une escale au Liban)
Feyrouz en robe blanche
De l'eau a coulé sous les ponts depuis la dernière participation de Mika au Festival de Baalbeck. C'était en 2010. Deux disques plus tard, malgré les embouteillages et la fatigue, le chanteur est comme ces quasi-extatiques qui rejoignent leurs quartiers d'appartenance. Il le formule ainsi : « Je ne peux pas penser à un plus beau lieu pour me produire en concert. Il y a certes tout le poids historique, mais Baalbeck est surtout un espace matriciel fabuleux, un carrefour.
Un échantillon du Liban en quelque sorte. » La bouclette, comme les yeux, tournés vers les étoiles, il rajoute : « Lorsque je pense à Baalbeck, il y a une image qui me revient à l'esprit. Celle de Feyrouz, débarquant sur scène avec sa robe blanche presque angélique. On n'a pas besoin de plus pour faire de la résistance. » À bon entendeur(s) salut.
(Pour mémoire : Ce qu'il ne faut jamais dire à une mère libanaise selon Mika...)
« Un cri et de la poésie »
« Entre les disques commerciaux et les chansons plus pointues, entre The Voice et un concert de musique électronique, je n'ai pas envie de choisir », assène Mika, sur un ton presque agacé, pointant du doigt ceux pour qui toute démarche artistique devrait être étiquetée. En fait, le chanteur est tout à fait raccord avec une époque qui cherche des hommes orchestres à la versatilité de couteaux suisses. « J'assume totalement le fait de faire de la télé. C'est un medium tellement fédérateur, on rentre au creux de chez les gens et ça, c'est fabuleux », affirme-t-il, sans fard ni anicroches.
Ses rêves un rien tordus, ses désirs troubles, ses images à la souplesse d'un bubble-gum, ses textes qui sont quelque part entre « un cri et de la poésie », il parvient à les empaqueter, tels des cadeaux, bien que parfois empoisonnés, en leur donnant cependant l'inoffensive allure d'une cavalcade multicolore.
Le petit prince de la pop est sur ses terres, tout près de ses racines, presque collé à Bacchus, et c'est très bien ainsi.
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Loin d'être un Petit Poucet, ne craignant...
Felicitations au Comite des festivals de Baalbeck Pour leur 60eme anniversaire! Merci de nous avoir permis de vivre quelques heures de pur bonheur Dans les bras de Bacchus Caracalla, Jean-Michel Jarre et hier soir Mika ,si plein d entrain ,que les pierres du temple ont dû vibrer.....
10 h 03, le 05 août 2016