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Culture

Mika, côté pile, côté farce

G.K. | OLJ
05/08/2016

Hier soir, le Festival de Baalbeck lui réservait un impressionnant triomphe, à la hauteur de sa performance. Tantôt physique et tantôt plus intimiste, aussi gouailleur que virtuose, Mika a trouvé dans le temple de Bacchus une fascinante incarnation de sa chair et de son sang bouillonnants.
Sur la scène du temple de Bacchus, dont les colonnes ont dû (un peu) pâlir de jalousie, Mika préparait un triomphe. Chacun de ses quatre albums avait déjà embarqué ses auditeurs vers des territoires inconnus : une aventure intérieure étonnante, déraisonnable, gonflée dans tous les sens du terme, remplie de mélodies XXL et d'arrangements pantagruéliques. Mais c'est sur la scène que l'œuvre de Mika prend toute son ampleur, qu'elle lui permet d'aller plus loin encore dans sa recherche du soi de chair et d'os, de cœur battant et de sueurs bouillonnantes. La tête dans les étoiles, mais les jambes plus que jamais ancrées au sol, c'est le nouvel et fascinant double effet Mika, et il n'a jamais été aussi bien esquissé que dans l'instantané du live, comprendre du vivant.

Confettis et « Boum Boum Boum »
C'est que le chanteur a gagné en maturité, et même si plus tôt dans l'après-midi il confirmait que « ses rêves d'il y a dix ans sont intacts », ce concert ne fait que le confirmer : Mika a grandi pour devenir... un enfant terrible. Choisissant une entrée en scène sur les voix entremêlées de Feyrouz, Tino Rossi et Judy Garland, il troque les confettis et les décors sortis d'un trip sous acide pour une performance plus organique sur plusieurs morceaux, dont Underwater, ou Boum Boum Boum dont il offre une version pastellisée. Mika prouve ainsi qu'il demeure l'incarnation d'un chanteur pop moderne, habile compositeur et agile grimpeur d'octaves, mélodiste de gros calibre qui ne cesse de se réinventer. Il démontre aussi qu'il peut largement se passer de tout artifice en faisant équipe avec (seulement) un piano, pour des titres tels le poignant Over my shoulder (chanson écrite à ses seize ans) ou a capella sur Happy Ending, à mi-chemin entre Queen et Elton John, belle époque.

Un coup d'état permanent
Mais on a comme la triste impression que les spectateurs sont un tantinet déçus de voir leur clown favori retirer son nez rouge pour les faire grimper sur le fil tenu de l'émotion. Sauf que le chanteur s'amuse de ces contrastes entre euphorie et mélancolie, sur une trame disco doucement désenchantée lorsqu'il s'adresse au public entre deux titres. Parlant de contrastes, Mika discutait tout à l'heure d'engagement. Sur scène, on assiste à son coup d'état permanent : les balades tirent l'épée contre la pop bariolée, la pop récupère ensuite son trône. Dans un bain de foule sur Elle me dit, le chanteur semble rescapé d'un juke-box multicolore.
Une irruption de pop extravertie, malicieuse et loin d'être futile, qui nous ramène à ses débuts (Golden, Love Today, Grace Kelly), vient conclure le concert. Ces sonorités cousues de fils d'or, grâce auxquelles Mika se place en tête de cortège d'un courant qui promet de botter le cul à la pop ternie par ces parasites de réseaux sociaux à la voix d'hélium. Mais aussi à la morosité ambiante, comme lorsqu'il convainc le public de Baalbeck que les lumières des portables sont en fait celles des étoiles. Lui qui emploie ses confettis comme tremplins vers la lune...

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