Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et son gouvernement tentent de minimiser les conséquences de la tentative de putsch sur l’économie du pays. Yasin Bulbul/AFP
Depuis le 15 juillet se succèdent sur les télévisions les images de chasseurs survolant Istanbul et Ankara ou de suspects menottés traînés par milliers devant les tribunaux. Ces événements « vont très certainement dissuader l'investissement étranger », analyse William Jackson, spécialiste des économies émergentes dans le centre de recherche londonien, Capital Economics.
La Turquie a connu une croissance de 4 % en 2015, un taux que le Fonds monétaire international prévoyait peu ou prou pour cette année. Le niveau de vie de la population est en croissance constante depuis le début des années 2000, période qui correspond à l'arrivée de Recep Tayyip Erdogan aux affaires. Sa dette publique pèse pour seulement un tiers de son produit intérieur brut.
Tourisme au tapis
Mais la Turquie a aussi des faiblesses structurelles susceptibles d'être accrues par le putsch raté : une inflation annuelle à près de 7 %, une épargne privée faible, une dépendance aux investissements étrangers, un secteur bancaire fragilisé par une économie fondée sur l'endettement. Sans compter un tourisme touché de plein fouet par les attentats récents : avant le coup d'État, les experts estimaient que la situation politique et les risques terroristes pourraient coûter 8 milliards de dollars à ce secteur qui emploie 8 % de la population active. En mai, le nombre de touristes visitant la Turquie avait chuté d'un tiers.
Le tourisme n'est toutefois pas le seul souci. « Si les capitaux fuient, la livre chutera et l'économie devra s'adapter en diminuant ses importations », prévient encore William Jackson. Dans les jours qui ont suivi le putsch, la livre a perdu 6 % par rapport au dollar. Depuis avril, la baisse est de 10 %. Une baisse de la monnaie a des conséquences directes pour les entreprises, très endettées en devises étrangères.
Enfin, en janvier, la Coface, l'assureur français du commerce extérieur, relevait que « les réserves de change du pays pourraient s'avérer insuffisantes face à un retrait brutal de capitaux ». « Il y a donc un certain nombre de facteurs susceptibles de conduire à un retournement brutal de l'économie dans les prochaines années », conclut William Jackson, alors que le pouvoir tente de se montrer rassurant. Ainsi, pour le vice-Premier ministre chargé des Finances, Mehmet Simsek, « l'impact de la tentative de coup d'État sera sûrement de courte durée, les conséquences relativement insignifiantes ».
La semaine dernière, les médias progouvernementaux ont ouvert leurs pages aux patrons exprimant leur gratitude envers le président Erdogan ou aux investisseurs expliquant vouloir maintenir, voire accroître, leurs apports de capitaux. Et peu importerait la dégradation de BB+ à BB de la note de la dette par Standard and Poor's, une décision « complètement politique », selon le président Erdogan.
Nicolas GAUDICHET et Raziye AKKOC/AFP
Tourisme au tapisMais la Turquie a aussi des faiblesses...


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