Écharpe du Portugal autour du cou, le ministre des Finances Mario Centeno a été acclamé par ses pairs à Bruxelles pour le sacre de la Seleçao à l'Euro 2016. Certes, ce triomphe n'a pas écarté la menace de sanctions budgétaires, mais il apporte un bol d'air à l'économie lusitanienne.
« La marque Portugal a gagné en notoriété, le nom du pays a été mentionné un nombre incalculable de fois. Jamais le gouvernement n'aurait eu les moyens de se payer une telle campagne de pub », commente Daniel Sa, directeur de l'Institut portugais de marketing (Ipam).
Une étude de l'Ipam avait chiffré à 609 millions d'euros (672 millions de dollars) les retombées potentielles sur l'économie portugaise d'un tel exploit sportif, qui paraissait alors un rêve lointain. Hôtels, restaurants, cafés, agences de voyage, publicité, médias, paris sportifs, supermarchés, magasins de foot, entreprises de transport ou encore le business de la sécurité sont les grands gagnants : « On boit, on mange, on se déplace... cette consommation n'aurait pas existé sans l'Euro », fait valoir l'expert en marketing Daniel Sa. De quoi regonfler le moral des Portugais, qui peinent à se remettre de la quasi-faillite de leur pays en 2011, suivie d'une sévère cure d'austérité mise en œuvre en échange d'un plan d'aide international de 78 milliards d'euros (86 milliards de dollars). Mais si « cet exploit va redonner confiance aux investisseurs, banques et chefs d'entreprises, il est loin de résoudre les problèmes du pays », relève Daniel Sa.
Ministres intraitables
L'investissement au Portugal est quasiment à l'arrêt et la croissance a subi un net coup de frein dans un contexte d'incertitude entourant les élections législatives en octobre 2015 qui ont porté au pouvoir un gouvernement socialiste soutenu par la gauche radicale.
Le triomphe de la Seleçao donnera des ailes à « un pays qui croule sous les problèmes financiers. Mais il n'y aura pas de miracle économique grâce au football », estime Domingos Amaral, professeur d'économie du sport.
Si le Premier ministre Antonio Costa continue à s'accrocher à l'espoir de voir l'économie croître de 1,8 % cette année, le Fonds monétaire international (FMI) n'en prévoit que 1 %.
Et le Portugal a eu beau remporter l'Euro, les ministres des Finances de la zone euro sont eux restés intraitables. Ils ont décidé mardi de maintenir leur menace d'infliger à Lisbonne, tout comme à Madrid, des sanctions pour déficits excessifs.
Pour le professeur d'économie Joao Cesar das Neves, la réussite sur le terrain de foot est loin d'être synonyme de reprise économique, même si « l'image du pays en sort renforcée ».
Pour preuve, la finale maudite de l'Euro 2004, perdue à domicile contre l'équipe hellénique : « Dans la foulée, la Grèce a subi un des pires désastres financiers de l'histoire. » En attendant, les 23 joueurs de la Seleçao vont empocher une prime d'au moins 300 000 euros (331 000 dollars) chacun, grâce au pactole de 25,5 millions d'euros (28 millions de dollars) que la Fédération portugaise de football recevra de l'UEFA. S'y ajoutent des gains liés aux produits dérivés, comme les maillots rouges officiels de l'équipe nationale, vendus 140 euros à Lisbonne, en rupture de stock dès le lendemain de la finale.
Brigitte HAGEMANN/AFP


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