Liban-Sud

Journée ludique pour des petits orphelins à l’initiative du contingent italien de la Finul

L'Association du lieutenant-colonel Sobhi Akoury, fondée par sa veuve, Léa, prend en charge les enfants des soldats tués lors d'opérations militaires.

Le général Riva s’associant, comme tous les militaires de la base, aux jeux prévus pour les enfants.

Sur ses clés de voiture, Léa Akoury a accroché une photo de son mari, tué en juillet 2007. Sobhi Akoury participait aux côtés de l'armée à la guerre contre le groupe radical, Fateh el-islam, dans le camp palestinien de Nahr el-Bared, au Liban-Nord. Lorsqu'elle parle de son défunt mari, elle baisse la voix : « Quand j'ai appris sa mort, j'ai pensé que ma vie était terminée. » Un an plus tard, en 2008, elle fonde l'Association du lieutenant-colonel martyr Sobhi Akoury, « pour que les mères et les enfants de soldats tués soient réunis ». Depuis, cette association a visité quatre fois les bases de la Finul. « Je voulais permettre aux enfants de voir que l'armée libanaise travaille étroitement avec les forces internationales », explique Léa Akoury.

À l'arrière du 4x4, des enfants de l'association se donnent en spectacle. L'énorme voiture est suivie par un car scolaire affrété par l'armée libanaise. À l'intérieur, 60 enfants et leurs mères venus de Tripoli sont prêts à rejoindre la base ouest sous commandement italien de la Finul à Chamaa, au sud du pays. La joyeuse colonie de vacances est encadrée par deux militaires libanais, un des services rendus par l'armée à qui l'association fait don de matériels. Des services qui lui permettent de boucler son budget d'environ 500 000 dollars annuels, financés par des collectes de fonds et des mécènes privés.

Les chars d'assaut défilent devant la base où les petits sont accueillis. À peine sortis du bus, les enfants se précipitent pour observer les véhicules des Nations unies, comme ce tank San Giorgio. D'autres jouent au football, les plus petits se passent un relais, sur fond de musique de cirque. Parmi eux, la petite Luna, trois ans, en short rose, s'agrippe à un soldat italien. Sa mère l'observe à quelques mètres, protégée par l'ombre.
« Cette association réduit mes difficultés de mère au quotidien », précise Gladys Zahour, avocate à Tripoli et mère de trois enfants. Elle aussi a perdu son mari sur le front mais ne veut pas en parler. Elle participe ponctuellement, depuis trois ans, aux activités de l'association.

Les psychologues de l'armée interviennent régulièrement au sein de l'ONG pour répondre aux questions des enfants. « Les garçons de plus de 12 ans font parfois preuve de violence. Ils sont considérés par la famille comme le nouvel homme de la maison. Je conseille aux mères de programmer des séances individuelles avec le psy », raconte Léa Akoury, elle-même détentrice d'une maîtrise en psychologie scolaire.
« Nous voulons rendre la vie de ces enfants plus facile pour un jour », explique le général Arturo Nitti, le commandant du secteur ouest. « Nous échangeons beaucoup avec la population locale et nous faisons régulièrement des rapports sur la situation », ajoute-t-il. Le général Pietro Sanna, en charge de la communication de la base de Chamaa, révèle qu'« il y a parfois une certaine distance entre les villageois et les Casques bleus, mais constate qu'un rapprochement est favorisé lorsque des associations sont accueillies à la base ».

 

(Lire aussi : Le contingent coréen organise une session de taekwondo)

 

« Tu l'as adopté ? »
Six mères sont invitées sous les tentes des Nations unies pour confectionner des pizzas cuites au feu de bois et des pâtes. Souha Halawame, future étudiante en médecine de 18 ans, porte un voile bleu ciel et arbore un large sourire lorsqu'elle interroge Valentine, Casque bleu italien, sur le costume de protection de déminage, posé à côté de chars d'assaut en exposition. La jeune soldate travaille depuis deux mois à la base italienne de Chamaa. Comme tout le régiment, elle vient de Sardaigne. Les deux filles ne se quitteront plus, Valentine propose à Souha de passer la visiter lorsqu'elle sera en Italie. Pour Souha Halawame, dont le père est mort il y a deux ans, ces soldats sont « des anges de la paix ».

Un blondinet court partout, il porte sur son torse les écussons italiens et brandit les drapeaux libanais, italien et onusien. Un soldat italien attrape l'enfant par l'épaule, son collègue l'interpelle : « Tu l'as adopté ? »
Pour le discours final, le général Marco Mele, porte-parole du camp, remercie « en tant que père et soldat » la fondatrice de l'association. Tous les participants reçoivent un diplôme de participation, des sacs à dos roses pour les filles, noirs ou bleus pour les garçons et une photographie de groupe. Les invités arborent déjà une casquette aux couleurs de l'Onu, frappée des drapeaux italien et libanais. La casquette financée par l'Onu, symbole d'une amitié entre l'Italie et le Liban, porte une étiquette « made in Syria ». Le général Pietro Sanna précise que la casquette est « produite en Syrie, mais achetée à un grossiste de Tyr ».

Sous les tentes bleues, un enfant arrache le micro des mains de l'animateur pour chanter en arabe. Quelques minutes plus tard, ce dernier passe du Placido Domingo et du Luciano Pavarotti. « L'échange culturel passe aussi par la musique et la cuisine », précise le général Sanna. Le visage peinturluré par les mains des enfants, le capitaine Riva offre un salut militaire à la fanfare qui lance les hymnes libanais et italien.
Plusieurs fois par an, Léa Akoury organise des colonies de vacances à l'étranger et au Liban pour plus de 500 enfants au total. Cet été, les bambins iront à Santorini dans les Cyclades grecques, aidés par un réseau de Libanais établis à l'étranger. Cette mère de quatre enfants organise aussi des activités ponctuelles, comme un récital dans une base militaire de Amchit, en août prochain.

 

 

Pour mémoire
Michael Beary, nouveau commandant de la Finul


Sur ses clés de voiture, Léa Akoury a accroché une photo de son mari, tué en juillet 2007. Sobhi Akoury participait aux côtés de l'armée à la guerre contre le groupe radical, Fateh el-islam, dans le camp palestinien de Nahr el-Bared, au Liban-Nord. Lorsqu'elle parle de son défunt mari, elle baisse la voix : « Quand j'ai appris sa mort, j'ai pensé que ma vie était terminée. »...

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