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Moyen Orient et Monde

À Bruxelles, l’aigreur, la peine et l’effarement après le Brexit

À Bruxelles. John Thys/AFP

Trench coat au vent, l'homme pénètre à toute allure dans la Commission européenne. Une journaliste l'intercepte : « Vous êtes britannique ? » Joues rouges, rire jaune : « Oui. » Pas d'autre commentaire. La peine et l'aigreur dominent à Bruxelles après la victoire du Brexit.
Les Britanniques sont des centaines à travailler à Schuman, le quartier européen de la capitale belge, qui concentre l'ensemble des institutions. Mais hier, ils semblaient se cacher. « Je préfère ne pas parler », confie l'un d'eux, un haut fonctionnaire de la Commission. « Je peux juste dire que c'est pour moi un moment profondément triste. » Un autre, anonyme lui aussi (les fonctionnaires européens sont soumis à un strict devoir de réserve), se dit « triste » et « inquiet ». Mais « contrairement à beaucoup de personnes, je m'attendais pleinement au Brexit », ajoute-t-il. « Je connais mes compatriotes... »
Il est l'un des rares à Bruxelles : même les eurosceptiques semblent soufflés par le résultat, à l'image du groupe Conservateurs et réformistes au Parlement européen, celui du parti du Premier ministre conservateur du Royaume-Uni David Cameron. « J'ai été surpris », confie leur chef, le Britannique Syed Kamall, qui se retrouve dans le lounge d'un grand hôtel à partager ses commentaires, un peu improvisés, devant une presse tout aussi effarée. « C'est un signal fort envoyé au reste de l'Europe, se félicite-t-il. Mais j'espère qu'on gardera de bonnes relations avec elle. » Pour les détails, l'eurosceptique se contente de renvoyer à « la fin des négociations » avec l'Union européenne. Elles pourraient durer deux ans.

« Voyez comme la livre s'écroule »
Signe du choc émotionnel qui a secoué le microcosme bruxellois, des dizaines de fonctionnaires européens ont applaudi à l'unisson le président de la Commission européenne quand, lors d'un point presse auquel ils assistaient, Jean-Claude Juncker a assuré aux journalistes que ce n'était pas la fin de l'UE. Du jamais-vu en salle de presse ! Retour des larmes quelques minutes après, une Allemande qui a passé une grande partie de sa vie en Grande-Bretagne. Elle « en veut », dit-elle, aux partisans du Brexit. À quelques rues de là, un bâtiment immense, mais vide aux premières heures du matin, surtout un jour comme celui-ci : c'est le Parlement européen, la ruche où se croisent toute la semaine élus, fonctionnaires et lobbyistes.
Le choc de la nuit passé, l'heure est aux conjectures. « Maintenant, c'est au tour du Danemark », s'exclame, volontairement à voix haute, un jeune homme en costume sur mesure, manifestement ravi. Un peu plus loin, un groupe d'Allemands commente : « Un référendum en Écosse bien sûr, mais aussi en Irlande du Nord (qui ont voté toutes les deux contre le Brexit) et au pays de Galles (qui, lui, a voté pour). Tu vois, c'est comme ça que je verrais le truc ! » Un Français se félicite : « C'est un grand pas pour la francophonie » dans l'Europe ! Il est repris : « Plutôt pour l'allemand... »
Le jour a beau être historique, les députés européens ne sont qu'une poignée à Bruxelles. D'autant que la capitale belge était paralysée hier par une grève dans les transports. Seules les figures du Parlement sont là, à enchaîner réunions et conférences de presse, quand d'autres débitent leurs éléments de langage, dans toutes les langues, aux caméras, qu'ils affectionnent. Récitant quasiment mot pour mot des communiqués déjà expédiés aux médias. Rebecca Harms, présidente des Verts européens, qui dit avoir pleuré elle aussi : « Un jour très triste. J'avais espoir jusqu'à la fin... » Ou son homologue du Parti populaire européen (PPE), la droite européenne, Manfred Weber, amer : « Le plus gros problème, pour l'instant, c'est celui de la Grande-Bretagne. Voyez comme la livre s'écroule. » Puis ils enchaînent sur des « on doit », des « il faut », ou des commentaires sur « la démocratie » et « la distance entre les élus et le peuple ».
Rien de vraiment concret : ici comme ailleurs, personne ne sait ce qui attend l'Europe.

Clément ZAMPA/AFP

Trench coat au vent, l'homme pénètre à toute allure dans la Commission européenne. Une journaliste l'intercepte : « Vous êtes britannique ? » Joues rouges, rire jaune : « Oui. » Pas d'autre commentaire. La peine et l'aigreur dominent à Bruxelles après la victoire du Brexit.Les Britanniques sont des centaines à travailler à Schuman, le quartier européen de la capitale belge, qui concentre l'ensemble des institutions. Mais hier, ils semblaient se cacher. « Je préfère ne pas parler », confie l'un d'eux, un haut fonctionnaire de la Commission. « Je peux juste dire que c'est pour moi un moment profondément triste. » Un autre, anonyme lui aussi (les fonctionnaires européens sont soumis à un strict devoir de réserve), se dit « triste » et « inquiet ». Mais « contrairement à beaucoup de personnes, je...
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