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Économie - Éclairage

Pourquoi le spectre de la récession des années 1930 hante à nouveau les marchés

Si les inquiétudes sur la dynamique du commerce mondial et la faiblesse de la croissance n'ont rien de nouveau depuis l'éclatement de la crise de 2008-2009, ces tendances se sont encore accentuées cette année.

Pour les économistes de Morgan Stanley, le resserrement des politiques budgétaires avant même la remontée des anticipations d’inflation et le redémarrage de l’investissement public et privé a été trop rapide. Le risque d’une rechute en récession n’est pas éloigné. Photo AFP

Les investisseurs se tournent de plus en plus vers les années 1930 pour tenter de conjurer leurs craintes face à la montée du protectionnisme, des nationalismes et de la « déglobalisation », encore alimentées par la campagne du référendum britannique sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne.
Les dégâts qu'un possible Brexit, à l'issue du scrutin d'aujourd'hui, infligerait à la croissance et aux échanges internationaux seraient amplifiés par la fragilité de l'économie mondiale, mal armée pour affronter des chocs politiques.
Les inquiétudes sur la dynamique du commerce mondial, la faiblesse de la croissance et des rendements sur les investissements en chute libre n'ont rien de nouveau depuis l'éclatement de la crise financière de 2008-2009, mais ces tendances se sont encore accentuées cette année. La stagnation des échanges internationaux a déjà conduit l'économie mondiale au bord de la récession pour une seconde fois en dix ans, avec une croissance à peine supérieure à 2,0 % – 2,5 %, niveau considéré comme insuffisant par nombre d'économistes pour éviter un recul du produit intérieur brut par tête.
Le volume des échanges internationaux sur les trois premiers mois de l'année s'est contracté par rapport aux trois mois précédents, selon les données du bureau d'analyse de la politique économique (CPB) néerlandais, qui font référence en la matière. Il s'agit du plus fort recul depuis 2009, et sa croissance de 3 % l'an en moyenne sur les sept dernières années est moitié moindre que celle qui a prévalu au cours des 25 années précédentes, souligne le gestionnaire d'actifs suisse Pictet.
Quant à la croissance des flux d'investissement direct rapportée au PIB mondial, elle est au plus bas depuis les années 1990 et celle des crédits bancaires transfrontaliers est à l'arrêt alors qu'elle atteignait 10 % l'an sur la période 1998-2008. Passant en revue les grands thèmes d'investissement des cinq prochaines années, Pictet a fait de l'avenir de la globalisation un facteur structurant.

Des politiques budgétaires trop vite restrictives
Le ralentissement des échanges reflète le repli sur leur marché domestique des deux plus grandes économies mondiales: les États-Unis avec le développement du pétrole de schiste qui a favorisé l'autosuffisance énergétique, et la Chine avec le basculement d'un modèle économique tourné vers les exportations à une croissance axée sur la demande intérieure.
Autre facteur mis en avant pour expliquer la perte d'élan des échanges: le poids croissant des services et des activités numériques dans l'économie mondiale, des facteurs qui ne sont pas pris en compte dans les statistiques sur les échanges de biens.
Mais, pour Pictet, ces évolutions pèsent peu au regard de la montée des nationalismes, orchestrée par les extrémistes de droite comme de gauche en Europe et aux États-Unis, qui pourrait largement amplifier « le déclin du commerce international que le monde a connu jusqu'à présent ». Dans ce contexte, les soubresauts sur les marchés financiers depuis le début de cette année semblent d'autant plus compréhensibles que les banques centrales n'ont plus guère de marges de manœuvre pour faire face à de nouveaux chocs.
Dans une étude intitulée « 1937-1938, le retour », les économistes de Morgan Stanley reviennent sur les erreurs de politiques économiques qui avaient fait replonger dans la récession une économie mondiale à peine sortie de la grande crise de 1929. La restriction trop rapide des politiques monétaires et budgétaires après la reprise qui avait suivi le krach boursier de 1929 et la Grande Dépression avait en effet précipité une nouvelle récession en 1938.
Morgan Stanley fait le parallèle avec les réponses apportées à la crise financière de 2008 et les mesures massives de soutien monétaire et budgétaire décidées alors pour soutenir l'activité.
Pour les économistes de la banque d'investissement, le resserrement des politiques budgétaires avant même la remontée des anticipations d'inflation et le redémarrage de l'investissement public et privé a été trop rapide. Le risque d'une rechute en récession n'est pas éloigné au vu des taux d'endettement plus élevés, une inflation et des taux d'intérêt historiquement bas, des échanges à l'arrêt et une situation démographique désavantageuse.
« La solution efficace pour prévenir une rechute en récession serait de réactiver les politiques de stimulation », estime Morgan Stanley qui rappelle que le monde n'était sorti du marasme à la fin des années 1930 qu'en basculant dans la guerre.
Marc JOANNY/Reuters

Les investisseurs se tournent de plus en plus vers les années 1930 pour tenter de conjurer leurs craintes face à la montée du protectionnisme, des nationalismes et de la « déglobalisation », encore alimentées par la campagne du référendum britannique sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne.Les dégâts qu'un possible Brexit, à l'issue du scrutin d'aujourd'hui, infligerait à la croissance et aux échanges internationaux seraient amplifiés par la fragilité de l'économie mondiale, mal armée pour affronter des chocs politiques.Les inquiétudes sur la dynamique du commerce mondial, la faiblesse de la croissance et des rendements sur les investissements en chute libre n'ont rien de nouveau depuis l'éclatement de la crise financière de 2008-2009, mais ces tendances se sont encore accentuées cette...
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