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Économie

Chehayeb défend sa politique protectionniste vis-à-vis de la Syrie

Agriculture

Le ministre de l'Agriculture a déclaré hier que les restrictions imposées aux importations de produits laitiers et l'adoption d'un moratoire sur celles des fruits et légumes préservaient la production nationale.

15/06/2016

Le ministre de l'Agriculture, Akram Chehayeb, a organisé hier une conférence de presse pour justifier sa décision du 9 juin interdisant les importations de fruits et légumes en provenance de Syrie jusqu'à fin février 2017, ainsi que celle, émise le 26 avril, soumettant toute opération d'importation de fromages blancs ou de produits laitiers dérivés à une autorisation ministérielle préalable.
« Ces mesures ont été prises pour préserver le secteur agricole national face à la concurrence déloyale et la contrebande d'une part, et pour garantir les droits des consommateurs libanais d'autre part », a lancé d'emblée M. Chehayeb aux journalistes présents. « La production agricole libanaise est suffisante pour répondre aux besoins des marchés locaux, et dégage même un surplus destiné à l'export », a-t-il affirmé. « La situation de surplus ou de sous-production dépend des saisons », nuance auprès de L'Orient-Le Jour le directeur général du Centre de recherche et d'études agricole libanais (Creal), Riad Saadé.
En 2014, la production agricole libanaise s'élevait à 2,15 milliards de dollars
(+7,1 % par rapport à 2013) selon le Creal. En 2015, les importations officielles de fruits et légumes en provenance de Syrie s'élevaient à 99 914 tonnes pour une valeur de 44 millions de dollars, tandis que les exportations vers la Syrie s'élevaient à 53 013 tonnes pour une valeur de 21 millions de dollars.

 

(Lire aussi : Le protectionnisme, un palliatif face aux maux du marché laitier)

 

Concurrence déloyale
Première raison évoquée par M. Chehayeb pour justifier ses deux décisions : la concurrence déloyale représentée par des produits commercialisés à des prix nettement inférieurs, parfois en raison de fraudes sur leur nature. Il a notamment fait référence aux produits laitiers : « La composition de ces produits comporte tout sauf du lait, ce qui réduit considérablement leur coût de revient. Résultat, un kilogramme de labné libanais est vendu à 9 000 livres, tandis que le kilogramme de labné syrien n'excède pas les 5 000 livres sur le marché local », a-t-il dénoncé.
Au-delà de ce cas particulier, la différence de prix se retrouvait sur la plupart des produits. Du coup, « l'application de la décision d'interdiction des importations de fruits et légumes syriens a été perceptible dès le lendemain sur les marchés. Les prix ont atteint des niveaux normaux et avantageux pour les producteurs libanais », salue M. Saadé.
En revanche, le ministère de l'Agriculture affiche son impuissance face à la contrebande. « Ces mesures ont été émises après moult tentatives de communication avec les forces de sécurité et les douanes, sans succès. Un commandant des douanes m'a assuré que 50 points de passage clandestins ont été recensés tout au long de la frontière syrienne, mais qu'il leur était impossible de tout contrôler », a-t-il poursuivi, en dénonçant les conséquences de cette contrebande sur les prix, mais aussi la sécurité sanitaire des aliments.

 

« Dénoncer les accords »
De manière générale, cette politique protectionniste a été accueillie avec une certaine réserve par les acteurs du secteur. « Nous sommes un pays économiquement ouvert, nous devrions plutôt mettre en place des standards et des normes auxquels devraient répondre tous les produits importés sur notre territoire », regrette le directeur du département agricole de la Chambre de commerce et d'industrie de Zahlé (CCIAZ), Saïd Gédéon. De son côté, le président de l'Association des agriculteurs, Antoine Hoyek, avait considéré au lendemain de l'émission de la décision ministérielle « qu'une interdiction pure et simple des importations de fruits et légumes de Syrie (allait) à l'encontre des accords commerciaux signés par le Liban ». Interrogé par L'Orient-Le Jour à ce sujet, M. Chehayeb a réagi en assurant qu'il pourra « aller jusqu'à dénoncer les accords commerciaux pour protéger l'économie nationale ». « Effectivement, la souveraineté nationale du Liban le lui permet (juridiquement) », considère M. Saadé.
Reste néanmoins la question d'éventuelles mesures de rétorsion syriennes. Si de telles mesures n'ont pas encore été annoncées par Damas, le ministre de l'Économie et du Commerce extérieur syrien, Houmam al-Jazaeri, avait immédiatement qualifié de « surprenante et désolante » la décision d'interdiction temporaire des importations de fruits et légumes. « Cette décision (pénalise) les récoltes syriennes et les activités commerciales libanaises », avait-il déclaré, cité par l'agence officielle syrienne Sana.
« Même si la Syrie décide de fermer ses frontières, cela n'aura pas d'impact à court terme, car il n'y a que les productions d'agrumes et de bananes qui continuent d'être acheminées par voie terrestre. En revanche, dans le cas d'une réouverture des frontières entre la Syrie et le reste des pays arabes, l'impact sera considérable », estime M. Gédéon.
Pour rappel, avant la fermeture de la frontière syro-jordanienne en avril 2015, les pays arabes absorbaient plus de 90 % des exportations libanaises. Depuis, la plupart de ces exportations sont réacheminées par voie maritime et font l'objet d'un programme de subventions géré par l'Autorité de développement des investissements au Liban (Idal). Effectif depuis septembre 2015, ce programme d'un montant de 14 millions de dollars a été prolongé jusqu'au 31 mars 2017 par le gouvernement en mai dernier.

 

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IL PRESERVE L,INTERET D,UNE MINORITE AU DETRIMENT DE CELUI DE L,ECRASANTE MAJORITE... QU,IL AILLE
DIRE AUX PAUVRES POPULATIONS DU NORD QUI ACHETENT A TEBBANEH LA CAISSE DE LEGUMES OU DE FRUITS VENUS DE SYRIE A UN DOLLAR LA CAISSE QUE C,EST POUR LEUR INTERET QU,IL AGIT... CHACUN AGIT A SA TETE DANS CE PAYS...

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