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Économie

Les pommes de terre de la colère

Liban - Agriculture

Les mauvaises récoltes de la saison dernière au Akkar et un surplus d'importations de pommes de terre égyptiennes ont conduit les producteurs à hausser le ton face au ministère de l'Agriculture.

S.Ro. | OLJ
01/04/2016

La grogne des producteurs de pomme de terre est encore montée d'un cran hier. Le président de l'Association des agriculteurs (AA), Antoine Hoyek, a une nouvelle fois appelé à la démission du ministre de l'Agriculture Akram Chehayeb. Lequel aurait, selon lui, capitulé face aux pressions des importateurs libanais en laissant les importations de pommes de terre égyptiennes dépasser la limite tacite autorisée, fragilisant ainsi une production locale déjà en crise.
« Lorsqu'il donne son accord pour importer 12 000 tonnes de pommes de terre supplémentaires, ce qui empêchera les agriculteurs libanais d'écouler leurs produits alors que la production locale vient de débuter, le ministre ne fait pas son travail », s'indigne-t-il auprès de L'Orient-Le Jour.


Selon l'AA, ces 12 000 tonnes seraient arrivées mercredi dans les ports de Tripoli et de Beyrouth, portant le total des importations de pommes de terre égyptiennes – les seules à être présentes en quantité significative au Liban – à 67 000 tonnes. Or, d'après M. Hoyek, leur poids ne devrait pas dépasser 50 000 tonnes par an pour respecter les termes d'un accord à l'amiable récemment conclu entre les deux pays. Contacté par L'Orient-Le Jour, le ministère de l'Agriculture n'était pas immédiatement joignable pour confirmer les termes de cet accord.
Selon les douanes, 23 548 tonnes ont été importées d'Égypte jusqu'au 29 février 2016, les chiffres de mars n'étant pas encore disponibles. Or, même si les deux pays sont liés par l'accord de libre-échange arabe (Gafta) entré en vigueur en 2005, l'Égypte ne peut exporter ses pommes de terre vers le Liban qu'entre février et mars, en vertu d'un accord bilatéral datant de 1998.
Ces dispositions – qui concernent aussi les oignons, l'ail et les pastèques – doivent notamment permettre de pallier à l'insuffisance traditionnelle de l'offre locale de pommes de terres jusqu'à la première récolte d'avril dans le Akkar. Cette dernière est suivie par trois autres campagnes de ramassage dans la Békaa entre juin et décembre, qui représentent l'essentiel de la production nationale.

 

(Lire aussi : L’Association des agriculteurs demande la démission de Chehayeb)

 

« Coup de grâce »
Les agriculteurs de pommes de terre du Akkar ont de leur côté organisé un sit-in hier afin de demander au ministère de l'Agriculture de leur accorder une compensation financière pour leurs pertes de la saison dernière. Ils se disent notamment endettés à cause du prix élevé des semences et des engrais. « Mais les plus gros problèmes ont été causés par le froid, qui a endommagé les semences », a indiqué leur porte-parole, Hana Abdallah, cité par l'Agence nationale d'information (Ani). « Comment les agriculteurs peuvent-ils rembourser leurs dettes avec cette catastrophe ? » a-t-il ajouté. « L'État libanais, au lieu d'accélérer leur indemnisation, a porté le coup de grâce en introduisant des quantités massives de pommes de terre importées et a ainsi mis fin à ce qu'il reste de la saison agricole », peste de son côté M. Hoyek.
Entre 2013 et 2015, la production de pommes de terre a progressé de 38 %, selon le Centre de recherche et d'études agricoles libanais (Creal). Mais la surabondance de l'offre n'a pas été compensée par la consommation locale. En outre, les exportations ont été freinées par la crise politique régionale, en particulier la guerre en Syrie. Par conséquent, le prix du kilogramme de pommes de terre s'est effondré de 800 à 350 livres libanaises en moyenne en 2015, selon le Creal.


Les vignerons du Akkar veulent aussi être

indemnisés pour les dégâts de la tempête

Un porte-parole des vignerons du Akkar, Abed Taref, a appelé le gouvernement à « envoyer des experts pour mesurer l'importance des pertes (liées à la dernière tempête) qu'ont subies les agriculteurs et les indemniser rapidement », a rapporté hier l'Ani. « La tempête a presque complètement éliminé les grappes de raisin en train de se former, ce qui signifie qu'elles ne pourront pas être récoltées », a ajouté M. Taref.

 

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Bon ces têtes de pommes de terre égyptiennes, sont bien autant arabes que les têtes de pommes de terre libanaiiises, Non ?
Où est donc passé "notre sens" de la "fraternité" arabe d'antan ?
Bon, en sus, malgré leurs différends "calibres", ce ne sont quand même que des bêtes pommes de terre !
Même si "araaabes" !

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