En général on attendait le 23 avril, jour de la saint Georges orthodoxe et de la dernière pluie, selon l'éphéméride cabalistique qui prédit la météo annuelle à partir du décompte des jours en mois dès la fête de la Croix. Le 23 avril donc, on préparait le matériel, grandes tapettes constituées d'un faisceau de roseaux tressés en forme de trèfle, racines de saponaire et boules de naphtaline au kilo. Le lendemain, on se réveillait sous un soleil radieux dans un concert véhément de coups mats et désordonnés, sur fond de joyeux bavardages et d'interjections de balcon à balcon. Tous les tapis du quartier étaient sur les rambardes, subissant la raclée annuelle qui leur faisait dégorger les poussières de l'hiver.
En cette journée cathartique, qui annonçait en fanfare l'arrivée de la belle saison, on faisait ensuite mousser le saponaire dans de grands seaux, on l'étalait sur les tapis à coup de brosse, on laissait sécher au soleil, on versait quelques billes de naphtaline au centre, on enroulait, on refermait les deux bouts du rouleau avec de doubles pages du journal du jour, on ficelait avec du chanvre qui dégageait une petite odeur sale et on empilait où l'on pouvait, souvent derrière le grand canapé du salon.
Ce jour-là, si les enfants avaient congé, on les envoyait jouer ailleurs, chez les voisines qui avaient achevé leur tâche ou à la plage pour les plus chanceux. Dans la mémoire de toute une génération, le début de l'été aura toujours l'odeur de la naphtaline et le son des tapettes à tapis ; et tous les aspirateurs du monde n'y changeront jamais rien. Un tapis, ça se tape et c'est tout.
En ce temps-là, les dernières semaines d'école s'étiraient dans une impatience languide. L'odeur de la naphtaline se mêlait à la touffeur que balayait parfois une brise intempestive chargée de pollen et d'effluves marins. Dans les maisons, le sol dénudé révélait ses mosaïques et le décor allégé de l'été semblait insolite. De petites traces de rouille en forme de pastilles marquaient l'emplacement indélébile d'un fauteuil depuis longtemps disparu. Les meubles, déjà fantomatiques, étaient recouverts de housses blanches ou fleuries.
Désormais, les fenêtres resteraient ouvertes. Un vent bienfaisant gonflerait parfois les rideaux de tergal qu'on aurait gardés pour amortir un peu la lumière. La maisonnée se déplacerait vers la terrasse où les femmes en robes légères s'éventeraient en soupirant, où les hommes en manches courtes joueraient au jacquet en faisant claquer les pièces avec un petit sourire triomphant, où les bruits de la rue se feraient plus discrets, à mesure que la ville se viderait. Bientôt arriverait le camion du grand jour, qui chargerait le nécessaire pour équiper le lieu de villégiature, le temps de la saison qu'on passerait « là-haut », à la fraîche.
Au Liban, l'été, quand on n'est pas sur la côte, on est en montagne. Le verbe monter occupe donc toutes les conversations préestivales et le verbe descendre commence à se conjuguer vers la mi-août. Entre les deux, passe une éternité douce, si rapide qu'on la croit immobile.
En cette journée cathartique, qui annonçait en fanfare l'arrivée de la belle saison, on faisait...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
J'aime bien Séttt Fîfî ; éhhh libanaise Pure ! Avec elle, même l'odeur de la Naphtaline semble alors un arôme....
09 h 41, le 09 juin 2016