C'est une rencontre absurde entre deux univers qu'a proposée hier soir la troupe britannique Gandini Jungling avec son spectacle 4x4: architectures éphémères. Sur scène, quatre jongleurs et quatre danseurs mêlent leurs arts et composent des tableaux éphémères, des statues d'un moment, des architectures d'une seconde.
Le mélange des genres tient debout, les huit artistes sont indissociables et se complètent. La grâce des danseurs et les muscles tendus des danseuses s'entremêlent dans un chassé-croisé aérien avec les quilles, les anneaux, les balles des jongleurs. Le résultat est animal, instable, élancé ; le Don't look away répété mécaniquement par les artistes s'adresse malicieusement à eux et aux spectateurs, dont les yeux ne savent plus où se poser, en l'air ou au sol, sur les mains virtuoses ou les objets suspendus.
Langages des corps
Le spectacle mêle assez intelligemment et de manière inattendue une élégance délicate et un humour très anglais. Les artistes mutins lancent des incantations vides de sens et lorsque ce langage absurde ne leur permet plus de communiquer, ce sont les mouvements des corps et des quilles qui parlent aux spectateurs, en espagnol, allemand, français, anglais. En arabe même...
Les artistes brisent le quatrième mur à coups de demi-pointes et de balles et s'adressent au public, ravi de participer, mais qui ignore où il est, mené par ce cirque de la lune. Les tableaux babéliens en suspension révèlent au spectateur leur architecture et leurs artifices, lorsque les danseurs énumèrent leurs temps à voix haute, ou que les jongleurs décrivent simplement les couleurs des balles qu'ils font valser en l'air aux côtés des arabesques des danseuses. Lorsque les lumières se baissent, ils laissent dans un dernier élan de malice le choix de la fin au public. Puis saluent humblement la salle debout et invitent les spectateurs à discuter et échanger autour du spectacle improbable auquel ils viennent de prendre part.
Le printemps radieux de Beyrouth
La troupe Gandini est revenue à Beyrouth, où elle s'était déjà produite par le passé, à la demande du public et de la Fondation Samir Kassir qui lui a permis d'offrir cette performance dans la salle comble du théâtre al-Madina. Avec son poétique spectacle de clôture, le Printemps de Beyrouth reste fidèle à son positionnement à contretemps du paysage festivalier que l'on a pu retrouver cette année.
La Fondation Samir Kassir semble privilégier la qualité sur la quantité, ne transige pas sur la gratuité des performances et surtout, offre à la ville un festival, de ceux dont elle a besoin et qui l'élèvent : artistique et culturel, gratuit et ouvert à tous ; d'une élégance et d'une grâce souvent implacables.
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