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Culture - Théâtre

Aimer, c’est mourir deux fois...

La pièce Bas Ana Bhebik (But I love you) est mise en scène à partir d'un précédent travail, Hayda Mech film Masre (Ceci n'est pas un film égyptien), dans une salle minuscule du théâtre Monnot. Le décor est nu, les spectateurs sont disposés autour de la scène jonchée d'assiettes brisées au milieu desquelles évoluent les quatre actrices, dont Lina Abyad et May Ogden Smith.
Vêtues de noir, pieds nus, terriblement vulnérables aux éclats de verre et de voix, quatre femmes entremêlent les fils de leur mémoire. La pièce est violente, intime, délicate tout à la fois. Les regards des actrices se plantent comme autant d'éclairs dans les yeux des spectateurs, sans artifices. Elles donnent leurs voix cassées et leurs corps meurtris aux histoires de femmes différentes en tous points, si ce n'est un détail qui a bouleversé leurs vies : celui d'avoir aimé un homme qui les a abusées, physiquement et émotionnellement. Prises dans les filets de ces pervers narcissiques dont la seule justification revient comme un leitmotiv, Bas ana bhebik, les femmes sont piégées. Elles-mêmes ne semblent plus savoir ce qui les retient : peur, amour, culpabilité, espoir désabusé.
Sur scène, cet enfermement fait écho aux cercles de débris de verre dont les actrices sont entourées. Tout au long de la pièce, elles essaient de reconstruire les objets brisés ;
irréparables, comme leurs vies en équilibre fragile. Il ne leur suffirait que d'un pas pour briser le cercle, mais lorsque la lumière s'éteint, elles évoluent toujours dans l'espace concentrique étriqué qui risque à tout moment d'écorcher leurs pieds nus.

 

(Pour mémoire : « Nous, la lune et les voisins »)

 

Rompre les cercles
La pièce se termine dans un silence assourdissant, puis les actrices reviennent s'asseoir parmi les spectateurs pour un moment de discussion. Chaque soir, la magie opère sobrement chez le public et de nouveaux témoignages réels de femmes présentes font surface. Quelques réserves également de la part d'un spectateur qui s'inquiète de la dimension engagée du travail brut de Lina Abyad. Derrière le nuage vaporeux de ses boucles rousses, celle-ci réagit simplement : « Ça ne m'intéresse pas de créer quelque chose qui ne transporte pas le public ailleurs. Cette pièce est fondée sur des vies de femmes que je connais, et je ne me permettrai jamais le silence face à l'impuissance. J'ai envie de dire aux femmes que la fuite est possible. »
Lina Abyad réussit l'exploit d'une mise en scène aérienne, élégante, poignante, sans jamais tomber dans le pathos. Son engagement ne fait que nourrir son âme d'artiste. Le dialecte libanais, délicat et direct, ainsi que le dépouillement de sa mise en scène font de chaque spectateur un complice, responsable des lambeaux d'individualités dissociées qu'il voit évoluer entre les brisures d'existences.

* Jusqu'au 5 juin, à l'Act du théâtre Monnot, à 19h.

 

Pour mémoire

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