Une femme égyptienne dans un marché au Caire. Photo AFP
C'est le troisième drame aérien en sept mois pour l'Égypte : même si sa raison est encore inconnue, le crash du vol MS804 d'EgyptAir risque d'avoir des conséquences désastreuses pour une économie qui tente désespérément d'attirer touristes et investisseurs étrangers, chassés par les violences jihadistes et le chaos politique qui a suivi la révolte populaire du printemps égyptien début 2011.
« L'Égypte est de retour à la une de la presse internationale avec un crash impliquant sa compagnie aérienne : il n'y a pas de doute, c'est très néfaste », commente Amr Adly, économiste du centre Carnegie pour le Moyen-Orient. « Cela va prolonger un peu plus la crise du secteur touristique. »
En mars, EgyptAir avait déjà dû gérer une prise d'otages à bord d'un de ses avions, détourné vers Chypre par un pirate de l'air « psychologiquement instable ». Les 55 passagers avaient finalement été libérés sans heurts par l'homme qui s'était rendu.
Les forces de sécurité portent elles aussi une responsabilité dans la fuite des visiteurs : en septembre 2015, l'armée égyptienne avait tué huit touristes mexicains en bombardant « par erreur » le convoi de leurs voitures dans le désert occidental, alors qu'elle pourchassait des jihadistes.
« Tout ça ne fait que renforcer le sentiment négatif sur le secteur touristique en Égypte », estime Hany Farahat, économiste à la banque d'investissement égyptienne CI Capital. « C'est sûr, ça retarde une reprise des revenus du tourisme pour 2016 », ajoute-t-il.
Avec 6,1 milliards de dollars en 2015, les revenus de ce secteur-clé ont chuté de 15 % par rapport à l'année précédente, selon des statistiques officielles. Et les réserves de change de la banque centrale ont fondu, passant de plus de 36 milliards de dollars fin 2010 à 17 milliards actuellement.
« Les récents événements vont freiner les ambitions du gouvernement, qui cherche à atteindre le cap des 20 millions de visiteurs étrangers d'ici à 2020 », pronostique le cabinet international Euromonitor.
Et cette succession de drames pourrait bien ternir la popularité dont jouit en Égypte le président Abdel Fattah al-Sissi, longtemps considéré comme un « sauveur » mais confronté depuis quelques semaines à un vent de contestation inédit à mesure que les prix des produits de première nécessité s'envolent, une inflation alimentée par une très forte dévaluation de la livre égyptienne.
« Ce drame de l'Airbus pourrait contribuer à discréditer la légitimité du régime du président Sissi, parce qu'il avait promis de lutter contre le terrorisme et de rétablir la sécurité », estime Mustapha Kamel al-Sayyid, professeur de sciences politiques à l'Université du Caire. « Et pourtant, le terrorisme continue d'affecter l'économie égyptienne et de menacer les revenus des gens. »
Maram MAZEN/AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine