Le sergent Elor Azaria, 19 ans, est accusé d’avoir achevé un assaillant palestinien.
Le procès d'un soldat franco-israélien accusé d'avoir achevé un assaillant palestinien qui ne semblait plus poser aucun danger s'est ouvert hier devant un tribunal militaire en Israël. La présidente du tribunal militaire de Jaffa, près de Tel-Aviv, a lu son acte d'accusation au sergent Elor Azaria, 19 ans, entouré de sa famille et assis en uniforme sur un banc de bois au premier rang de la salle d'audience exiguë. Elor Azaria s'est contenté d'énoncer son matricule et de répondre : « Je comprends » à la présidente qui lui demandait s'il avait compris l'acte d'accusation. Le jeune soldat, qui a aussi la nationalité française, est poursuivi pour homicide après avoir achevé d'une balle dans la tête le 24 mars Abdel Fattah al-Sharif qui venait d'attaquer au couteau, avec un autre Palestinien, des soldats israéliens à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie occupée. La victime âgée de 21 ans gisait alors dans son sang, atteint par les balles israéliennes, à quelques mètres du corps de son complice, apparemment déjà mort.
Une vidéo accusatrice
Sans toucher au fond, l'audience a fait apparaître les lignes de fracture entre l'accusation et la défense, qui parcourent aussi l'opinion. « On parle ici d'un tir injustifié sur un terroriste déjà neutralisé, en contradiction totale avec les règles d'engagement (de l'armée) et d'un soldat qui n'a cessé de modifier sa version des faits », a dit le procureur militaire Nadav Weisman à la presse. Une vidéo prise par un militant palestinien d'une organisation israélienne de défense des droits de l'homme et diffusée sur les réseaux sociaux montre Elor Azaria en train de s'entretenir brièvement avec un soldat présent sur les lieux puis mettre en joue Abdel Fattah al-Sharif et faire feu sur le corps allongé à quelques mètres.
L'autopsie a établi que le Palestinien était mort d'un projectile reçu dans la tête. La défense assure que le soldat a tiré parce qu'il craignait que Abdel Fattah al-Sharif ne dissimule une ceinture d'explosifs sous ses vêtements. « Elor se retrouve dans une situation invraisemblable, a contré l'un de ses avocats, Me Eyal Besserglick, mais c'est un garçon solide. Il relève la tête à présent et croit en son innocence tout comme nous. »
Des milliers de personnes agitant des drapeaux israéliens ont manifesté le 19 avril leur soutien au soldat, devenu pour elles soit un héros, soit une victime. L'affaire semble être l'un des cas les plus flagrants d'usage excessif de la force dont sont constamment accusées les forces israéliennes vis-à-vis des Palestiniens, en particulier en Cisjordanie occupée par l'armée. C'est pourtant l'armée qui a été l'institution la plus prompte à dénoncer la conduite d'Elor Azaria comme incompatible avec ses règles morales. Au cours des débats préalables au procès, le représentant de l'accusation militaire a produit des témoignages selon lesquels le soldat avait déclaré à des camarades sur place qu'il était impossible que le Palestinien s'en tire vivant. Elle a insisté pour qu'il soit inculpé pour homicide, même si elle a finalement renoncé aux charges encore plus graves d'assassinat. La controverse autour d'Elor Azaria n'est que l'un des débats récents au sein d'une société que beaucoup considèrent de plus en plus crispée.
(Source : AFP)


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