Nabil a vu le jour le 1er septembre 1920, mais il existe dans la parole de Dieu depuis le début des temps; son (pré)nom lui a été donné bien avant sa naissance. Les circonstances de sa genèse ne sont pas ordinaires : guerre, instabilité et misère. Une mère le reconnaît sur terre ; mais pas de père. En quoi cela est important quand on a un père céleste? Depuis sa constitution, une situation particulière l'accompagne: un dysfonctionnement de l'immunité probablement dû aux greffes multiples qu'il reçoit à J1 de vie.
Sa personnalité se définit vers l'âge de 6 ans. Fidèle à tous ses transplants, il accepte son handicap qu'il transforme en force. Très tôt, avant même l'âge de 16 ans, il réclame une indépendance par rapport à l'autorité parentale. Cependant, sa mère résiste. Qui accepterait de lâcher un aussi bel adolescent dont l'avenir promet d'être prospère? Nabil insiste au point d'être emprisonné dans sa propre maison mais en sort victorieux peu après ses 23 ans, un 22 novembre !
Il en suit une période de vie active bien florissante. Nabil étudie l'économie, le tourisme, l'art, la médecine, le génie... Personne ne se doute de son handicap. Bien au contraire, il est envié par tous ses voisins. Plus il excelle dans ces domaines et plus se créent des jaloux autour de lui.
Mais vint le jour où sa maladie s'exprime. Malgré les traitements qu'il prend, son corps s'affaiblit au cours du temps. Des micro-organismes opportunistes alourdissent son état. Et c'est à l'âge de 54 ans, un 13 avril maudit, que le dysfonctionnement immunitaire marque un pic. Sous l'effet des virus étrangers, «triggers » des réactions auto-immunes, les cellules de Nabil s'attaquent les unes les autres. Voulant chasser l'intrus, les lymphocytes perdent leurs vraies cibles et dirigent leurs armes, les immunoglobulines, vers le soi. Cet état dure presque 15 ans; le corps de Nabil est déchiré, tiraillé, délabré. Virus, parasites et bactéries trouvent un terrain propice pour s'abriter, puisant des réserves, tuant des cellules, domptant certaines et modifiant la fonction d'autres. Tout cela sous le regard joyeux des jaloux!
Une accalmie se creuse difficilement au cours de sa soixante-neuvième année, mais les conséquences des événements passés sont lourdes. Plus d'un virus, dont deux en particulier – l'EBV et l'HPV – ont profité de la faiblesse de l'organisme pour s'y installer, se multiplier et dresser les cellules du corps à leur guise; les antiviraux offerts par des sympathisants sont périmés –y a-t-il vraiment des sympathisants ? Mais le danger de ces virus réside dans le fait qu'ils sont des lits de cancer surtout quand associés à
des immunosuppresseurs. Oui, malheureusement, au cours de ces années de faiblesse, un cancer s'infiltre à bas bruit sans être diagnostiqué. Pendant de nombreuses années, des cellules cancéreuses, cellules du soi échappant à l'homéostasie de l'organisme, se multiplient insidieusement.
Malgré tout son passé, Nabil résiste. Non, il n'est pas question de perdre l'espoir. Aussi, contre toute prévision, Nabil rejette l'HPV à presque 80 ans. Certes, les effets de ce dernier ne s'estompent pas rapidement et il guette toujours une nouvelle porte d'entrée. De plus en plus déterminé, le corps de Nabil veut se débarrasser de l'EBV, ce qui est connu être bien difficile en médecine. Le virus, ressentant la résistance, augmente sa virulence, fortifie les cellules malignes et détruit des cellules-clés de l'immunité. Cela provoque alors un feed-back positif jamais vu dans l'histoire de la médecine: presque la totalité des cellules de l'organisme (n'échappant pas à son contrôle) se transforment en cellules immunitaires et chassent l'EBV: à l'âge de 84 ans, un 14 mars, on assiste presque à un miracle !
Reste le cancer. Attaché à ses virus maîtres, il désire déstabiliser l'organisme pour permettre la réinstallation de l'EBV et d'autres virus cousins. Il facilite la destruction de multiples immunoglobulines anti-EBV. Au mois de mai, quand Nabil a 87 ans, le malin envoie des métastases vers le cœur mettant en jeu le pronostic vital. Depuis presque deux ans, il est métastatique au cortex cérébral, paralysant ainsi les fonctions motrices du corps.
Quelle est la solution? Comment stopper le cancer? La chimiothérapie a été essayée et a provoqué plus de dégâts que de bénéfices. Heureusement que la médecine progresse énormément en oncologie et de nouvelles thérapies voient le jour. Parmi elles, la thérapie ciblée: elle détruit spécifiquement les cellules cancéreuses et a l'avantage d'épargner les cellules saines, du moins théoriquement. Mais le futur appartient à la thérapie génique: elle consiste à réinitialiser l'ADN des cellules malignes pour leur rappeler l'appartenance originelle au corps et la nécessité de répondre à son homéostasie.
Personnellement, je crois à la thérapie génique. Plus fort, je crois en la protection divine, et à la vie éternelle.
Nabil est éternel !
Naïm BEJJANI
Récit imaginaire


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Puissiez-vous avoir raison que le Liban ou Nabil n'en est pas à son dernier râle!
10 h 56, le 10 mai 2016