Un bureau de change, hier, à Istanbul. Osman Orsal/Reuters
La brusque mise à l'écart du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, annoncée hier (voir page 11), a donné des sueurs froides aux investisseurs, inquiets de voir le président Recep Tayyip Erdogan renforcer encore son pouvoir.
Si la livre turque (TL) reprenait quelques couleurs jeudi, elle a subi la veille le contrecoup des turbulences politiques, enregistrant sa plus forte baisse quotidienne face au dollar (près de 4 %) cette année, signe de l'inquiétude des marchés. La devise turque s'échangeait hier à 2,92 TL pour un dollar, contre 2,96 TL la veille et 2,85 TL avant le début de la crise politique.
La solidité de l'équipe aux commandes, surtout après la victoire haut la main du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir aux élections législatives du 1er novembre, était un facteur de stabilité alors que l'économie turque souffre déjà de la série d'attentats liés au groupe État islamique ou au conflit kurde qui ont éloigné de nombreux touristes et investisseurs. Mais, avec l'annonce du départ prochain de M. Davutoglu, « la politique est redevenue un facteur de risques majeur pour la livre », résume la Rabobank dans une note envoyée aux clients.
Dans un discours prononcé hier, M. Davutoglu s'est voulu apaisant. « Personne ne doit jouer avec l'équilibre de l'économie, a-t-il déclaré, la confiance et la stabilité vont continuer. »
Apparemment rassurée, la place boursière d'Istanbul a clôturé en baisse de 0,86 %, après avoir affiché -2,1 % en début de séance.
Mais, pour la Rabobank, le départ de M. Davutoglu, considéré comme « bien plus modéré » que le chef de l'État, aura « un impact sérieux sur la livre et sur les actifs turcs ».
Les marchés sont inquiets de voir le président Erdogan renforcer sa mainmise sur la conduite des affaires économiques. Ses appels répétés en direction de la Banque centrale pour qu'elle baisse les taux d'intérêt ont troublé les investisseurs.
« Le sentiment du règne d'un seul homme à la tête du pays va se renforcer chez les investisseurs », a indiqué à l'AFP Ozgur Altug, économiste en chef au cabinet BCG Partners. « Comme toute l'énergie du gouvernement sera dépensée dans des questions politiques, comme l'établissement d'un système présidentiel (voulu par M. Erdogan), le processus de réformes va ralentir », prévoit-il, avant d'ajouter : « Les dégâts pourront être limités (...) si le remplacement du Premier ministre est mené sans incident et rapidement. »
(Source : AFP)


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18 h 43, le 08 mai 2016