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Témoignages

À Alep-Ouest comme à Alep-Est, ce sont les civils qui paient (très) cher

Depuis plus d'une dizaine de jours, les civils d'Alep, à l'Est comme à l'Ouest, sont victimes de bombardements sans précédent. Des deux côtés, les habitants pleurent leurs morts. Plus de 270 personnes ont été tuées en 12 jours. Au total, quatre hôpitaux du côté rebelle et un du côté gouvernemental ont été durement touchés par la dernière vague de violences. Deux habitants, l'un à l'Ouest et le second à l'Est, témoignent pour « L'Orient-Le Jour » de l'enfer dans lequel a sombré leur ville.

Georges Ourfalian/AFP

« Jamais avant on parlait d'Est et d'Ouest. C'était Alep et c'est tout ! »

À Alep-Est, dans les quartiers tenus par les rebelles syriens, la même rage habite les habitants. L'un d'entre eux, Omar*, accepte de témoigner. « Je suis infirmier dans un hôpital de campagne. Depuis ce matin (hier), il n'y a pas eu de bombardements de l'aviation du régime, mais des missiles sol-sol ont été tirés. Il y a eu de nombreux blessés depuis avant-hier arrivant de la route dite du Castello », raconte-t-il. Cela fait plus de 24 heures que cet infirmier n'était pas rentré chez lui. « Je viens de passer pour vérifier qu'à la maison tout va bien, puis je repars illico à l'hôpital. »


Là-bas, les volontaires tentent tant bien que mal de gérer l'afflux des blessés qu'ils trient selon les cas. « Pour les cas graves, on fait de notre mieux pour les envoyer vers la Turquie », poursuit-il. « Le problème c'est que nous manquons cruellement de médecins spécialistes, de chirurgiens surtout. Pour l'instant, il n'y en a qu'un qui soit capable de gérer les cas graves, car les médecins ne sont pas formés pour traiter des blessés de guerre. Notre bloc opératoire est des plus sommaires », raconte l'infirmier. « Chaque matin, nous sommes face à deux choix : laisser les gens à leur destin, ou bien tenter de les aider du mieux que l'on peut, dit-il. L'ASL (Armée syrienne libre) peut se cacher, elle. Elle a des souterrains, des tranchées. Mais ce sont nous, les civils, qui trinquons. Surtout que le régime vise essentiellement les lieux de rassemblement et de foule, comme les marchés. » La semaine dernière, l'un des derniers pédiatres de la ville, Mohammad Wassim Maaz, de l'hôpital al-Qods, a trouvé la mort lors de bombardements qui ont visé l'établissement. « Je l'ai rencontré lors d'un séminaire sur les soins des enfants. Il travaillait à l'hôpital al-Hakim et à l'hôpital al-Qods, où il était mon supérieur », se souvient Omar. « Tout le personnel médical a songé un jour ou l'autre à quitter le pays. Surtout que nous sommes là pour aider les gens, et nous sommes quand même pris pour cibles. Dès que nous entendons les avions survoler la ville, on éloigne immédiatement les ambulances pour ne pas attirer l'attention sur notre hôpital de campagne. Il faut avant tout parvenir à limiter les dégâts, car tout ce qu'on perd, le matériel, mais également, malheureusement, le personnel, sont quasi impossibles à remplacer. Le Dr Maaz ne pourra jamais être remplacé... », confie-t-il.

 

(Lire aussi : La bataille d'Alep offre un sursis supplémentaire à l'État islamique)


Omar est conscient que le personnel médical est également visé de l'autre côté de la ville. « Moi je dis, affrontez-vous tant que vous voulez, mais ne visez pas les hôpitaux de quelque côté qu'ils soient. Qui sont-ils ? Ce sont nos familles, nos amis », poursuit-il. Des cousins et des amis d'Omar se trouvent d'ailleurs à l'Ouest, depuis que la ville a été scindée en deux en 2012. « J'essaie le plus souvent d'être en contact avec eux, comme ce matin (hier matin), après les bombardements. Jamais avant on parlait d'Est, d'Ouest, c'était Alep et c'est tout ! »
Pour Omar, le combat que se livrent l'ASL et l'armée du régime est inégal. « Les armes de l'ASL sont moins sophistiquées, alors que les avions du régime font des dégâts très importants. Je suis contre les bombardements d'un côté, comme de l'autre, mais je constate tout de même que la lutte n'est pas équitable. »

*Le prénom de la personne interrogée a été modifié pour des raisons de sécurité.

 

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« Quand Beyrouth a été divisée en deux, personne n'a choisi où il se trouvait »

À Alep-Ouest, dans les quartiers tenus par le régime, les derniers jours ont été un véritable calvaire. Les habitants tentent, tant bien que mal, de faire face. « Quand les médias parlent de l'autre côté qui reçoit des obus, ils omettent de dire que nous en recevons aussi !
Il se trouve que j'habite le côté d'Alep contrôlé par le régime (Ouest). Mais personne n'a fait quoi que ce soit pour être de ce côté plutôt que de l'autre. Quand Beyrouth a été divisée en deux, personne n'a choisi où il se trouvait. Ici, c'est pareil, et vous ne faites que subir cela », confie cet habitant des quartiers chrétiens qui a souhaité garder l'anonymat. On l'appellera Fadi. Selon lui, la circulation d'informations serait « orchestrée » de sorte que les gens ne soient témoins que des atrocités commises par le régime sur la partie Est de la ville, tenue par les rebelles. « (Hier), il y a eu du grabuge. L'hôpital al-Dabbit a été totalement détruit et quinze voitures autour du bâtiment sont calcinées. Ce qui vous laisse imaginer les moyens utilisés, poursuit-il. Il n'y a pas d'accalmie dans la ville. Se faire tuer ou non est une question de chance. Parfois ce sont des obus et des fois ça tire à l'aveuglette. Les rues sont désertes. »

 

(Voir aussi : Alep sous les bombes : les images)


Le Croissant-Rouge syrien est la seule organisation accréditée pour se déplacer à l'Ouest comme à l'Est. Les Casques blancs syriens, une défense civile, agissent dans les zones qui ne sont plus sous le contrôle du régime, depuis 2013. Mais l'habitant interrogé s'étonne de ne pas en avoir entendu parler avant : « Les Casques blancs, c'est une nouvelle création ! On leur décernerait presque le prix Nobel, alors qu'il y a un mois on ignorait tout de leur existence. »
Comme de nombreux chrétiens d'Alep, cet habitant pourrait être tenté de quitter sa ville à son tour. « Ma famille est au Liban. Mais je ne veux pas partir. C'est toujours mon pays, c'est toujours ma ville. On ne peut pas s'en aller comme ça. Il y a bien eu beaucoup de Libanais qui sont restés pendant la guerre, qui a duré 15 ans. Les habitants peuvent quitter la ville, mais ceux qui restent le font de leur plein gré », confie Fadi.

 

 

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« Jamais avant on parlait d'Est et d'Ouest. C'était Alep et c'est tout ! »


À Alep-Est, dans les quartiers tenus par les rebelles syriens, la même rage habite les habitants. L'un d'entre eux, Omar*, accepte de témoigner. « Je suis infirmier dans un hôpital de campagne. Depuis ce matin (hier),...

commentaires (3)

Ce sont les civils syriens et les résistants aux bactéries qui subissent les coups . Les bactéries diluées ou pures financées pas les turcosbensaouds alliés des usa, qu'elles crèvent.

FRIK-A-FRAK

11 h 25, le 04 mai 2016

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Commentaires (3)

  • Ce sont les civils syriens et les résistants aux bactéries qui subissent les coups . Les bactéries diluées ou pures financées pas les turcosbensaouds alliés des usa, qu'elles crèvent.

    FRIK-A-FRAK

    11 h 25, le 04 mai 2016

  • LES HYDRES ET LEURS ACCESSOIRES SE BATTENT ET S,EXALTENT EN MEFAITS ET CRIMES IGNOBLES... ET LE PEUPLE SYRIEN EN PAIT LE PRIX FORT !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 19, le 04 mai 2016

  • Si c'est ça la trêve, peut-être vaudrait-il mieux continuer la guerre!

    Yves Prevost

    06 h 57, le 04 mai 2016