Le mégaprojet gazier Yamal consiste en la construction en trois étapes d’une usine de liquéfaction du gaz sur la péninsule de Yamal, disposant de ressources considérables mais située au nord du cercle arctique. Kirill Kudryastev/AFP
Soulagement pour les actionnaires du mégaprojet gazier Yamal dans l'Arctique russe : ils ont fini par boucler le financement de ce chantier extrême, compliqué par la crise ukrainienne, grâce à des crédits obtenus en Chine annoncés hier.
Ce ne sont pas seulement les conditions climatiques inhospitalières ni l'éloignement de toute activité humaine qui auront donné des sueurs froides au groupe privé russe Novatek, qui mène ce chantier très symbolique pour la Russie avec Total et les chinois CNPC et (depuis peu) Silk Road Fund.
La crise ukrainienne, qui a conduit les États-Unis à sanctionner Novatek, a coupé brusquement les sources de financement par les banques occidentales pour le projet de gaz naturel liquéfié estimé au total à 27 milliards de dollars.
Les partenaires avaient rapidement expliqué compter résoudre ce casse-tête en allant chercher les fonds nécessaires en Chine mais la tâche s'est annoncée plus compliquée que prévu puisque Total espérait au départ un accord dès la mi-2015.
Hier, le consortium Yamal LNG a annoncé dans un communiqué avoir signé des accords avec deux institutions publiques, l'Export-Import Bank of China et la China Development Bank, qui « sécurisent le montant nécessaire pour le financement extérieur du projet ».
Dans les détails, Yamal LNG va bénéficier de deux lignes de crédits sur 15 ans pour 9,3 milliards d'euros (10,5 milliards de dollars) et 9,8 milliards de yuans (1,6 milliard de dollars). Cela correspond aux 12 milliards de dollars qui manquaient encore aux actionnaires après l'octroi récent d'un prêt de 3,6 milliards d'euros (4,1 milliards de dollars) par deux banques publiques russes, Sberbank et Gazprombank, et le versement d'une aide des pouvoirs publics russes pour 150 milliards de roubles (2,3 milliards de dollars).
« C'est un événement important » qui met fin aux « menaces et crises de nerf » causées par les sanctions, résume Valéri Nesterov, de la banque Sberbank CIB. « C'est un projet très prestigieux pour la Russie, et intéressant pour toute l'industrie gazière au niveau mondial car il est réalisé dans l'Arctique », souligne cet analyste interrogé par l'AFP.
Construction en phase « intensive »
Le chantier vise à construire en trois étapes une usine de liquéfaction du gaz sur la péninsule de Yamal, disposant de ressources considérables mais situées au nord du cercle arctique, à 2 500 kilomètres de Moscou. En plus des réservoirs et de l'usine elle-même, il a fallu construire malgré la glace, qui saisit les lieux une grande partie de l'année, un aéroport et un port.
La capacité du projet, dont le lancement est attendu dès l'année prochaine, sera de 16,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an, destinés en majorité aux pays asiatiques mais aussi à des clients européens. L'anglo-néerlandais Shell ou le français Engie se sont déjà engagés à en acheter une partie.
Il devenait urgent de boucler le financement car le lancement est prévu dès 2017. Le directeur général du consortium Yamal LNG, Evguéni Kot, a insisté : le chantier « progresse conformément au calendrier prévu ». « La première partie de l'usine de GNL est finie à 65 % et nous sommes actuellement dans la phase la plus intensive de construction et d'assemblage », a-t-il ajouté, cité dans un communiqué.
Le responsable a également souligné qu'avec les fonds prêtés par les banques chinoises, les actionnaires n'auraient pas à remettre la main au portefeuille. Le consortium est détenu à 50,1 % par Novatek, 20 % par Total, 20 % par le chinois CNPC et depuis peu à 9,9 % par le fonds Silk Road.
Pour la Russie, ce projet présente une importance stratégique. D'une part, elle compte démontrer sa capacité à exploiter les ressources considérables de l'Arctique malgré les défis technologiques. D'autre part, elle veut renforcer sa présence sur le marché disputé du GNL et alimenter ainsi davantage les pays asiatiques, alors qu'elle exporte actuellement surtout vers l'Europe par gazoducs.
(Source : AFP)


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