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Moyen Orient et Monde

La victoire des mal-aimés

États-Unis
28/04/2016

La sentence est tombée dès mardi soir de la bouche de l'oracle Donald Trump : « Quand un boxeur est mis K.-O., on n'attend pas la décision des juges et de l'arbitre. » Il ne restait plus aux dénommés Ted Cruz et John Kasich qu'à réintégrer, tout penauds, les vestiaires. Hillary Clinton, elle, a préféré ignorer Bernie Sanders, optant pour la pirouette du jeu de mots à l'adresse du futur adversaire : « Love trumps hate. »
La vox populi a tranché, et de la manière la plus évidente : le républicain à la drôle de coiffure, qui mène une campagne à la hussarde, a raflé les cinq États en jeu (Connecticut, Delaware, Maryland, Pennsylvanie, Rhode Island). La démocrate à la coiffure à géométrie variable a vu ce dernier État, d'ailleurs minuscule, lui échapper. Au total, supputent déjà les professionnels, ils totalisent désormais, lui, 950 délégués (majorité requise : 1 237) ; elle, 1 640 (majorité requise: 2 383).

En attendant les deux conventions qui doivent désigner chacune son candidat, les deux principaux perdants, Cruz et Sanders, ont choisi de plastronner, le premier annonçant un accord avec son suivant en prévision de la prochaine étape qui se disputera dans l'Indiana, le 3 mai, le second faisant savoir qu'il compte se battre pour une plateforme du parti « résolument progressiste ». Problème, côté GOP (Grand Old Party) : cette entente – je me retire dans l'Indiana, vous me laissez l'Oregon et le New Mexico – aura duré une douzaine d'heures, au bout desquelles le gouverneur de l'Ohio décrétait que l'Indiana devait voter pour lui, qu'il allait continuer à y lever des fonds et qu'il en rencontrerait le soir même le gouverneur, Mike Pence. Son frère ennemi quant à lui laissait un super PAC poursuivre sa campagne à coups de pub anti-Kasich. Au fait, le marché pouvait-il tenir la distance dès lors qu'il s'agissait d'un hypothétique « Tous unis contre Trump », sans l'amorce d'un programme d'action pour les mois à venir? Et quid des autres États où ce drôle de couple devra affronter les électeurs en ordre dispersé quand le tandem n'a récolté, mardi, qu'une dizaine des 118 délégués en jeu ? Il conviendrait d'ajouter pour compléter le tableau que le bon peuple, un peu perdu (on le comprend), s'égosille à exiger dans les médias qu'on le laisse arrêter tout seul ses choix.

(Lire aussi : « L'Amérique d'abord » : Trump veut une politique étrangère américaine moins interventionniste)

 

Au soir de ce Super Tuesday, les stratèges républicains et démocrates font leurs comptes. Les premiers pour constater qu'ils ont eu tout faux : il est pratiquement trop tard pour arrêter la machine Trump. On disait que les riches ne voyaient pas en lui l'un des leurs, que les diplômés ne voulaient même pas en entendre parler et que les « blue collar » se pinçaient le nez à la simple évocation de son nom. Faux, archi-faux : la majorité de ce beau monde vient de voter pour le canasson. Quant aux seconds, ils se rendent compte maintenant de l'erreur qu'ils ont commise lorsque le sénateur du Vermont est monté sur le ring. Ringard, trop vieux, un socialiste (terme à la limite de l'insulte aux États-Unis), sans véritable cagnotte électorale : ces qualificatifs peu flatteurs l'ont accueilli dès les premiers jours de son engagement. Seulement voilà, l'olibrius s'accroche, l'argent coule à flots dans sa besace, l'Amérique en redemande, même quand il en est réduit à envoyer des mails comportant une photo du couple Clinton au mariage de... Trump, en 2005. Si seulement le cheval sur le retour traînait la patte et montrait des signes d'essoufflement. Mais non, en fin de journée, il arbore un teint de jeune athlète prêt à un tour de piste supplémentaire.

Dans le marathon 2016, on aura tout vu, de l'improbable Donald posant en unificateur du parti et même du pays, à la très contestée Hillary se présentant, héritière de son mari, comme à la fois « dreamer » et « doer ». En somme, deux mal-aimés que l'on est tenu de départager. Vivement un troisième choix !

 

Blog : « Merville Post »

 

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