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Moyen Orient et Monde

Les interminables hivers arabes...

Proche-Orient
27/04/2016

La Syrie, l'Irak, le Yémen, la Palestine, l'Arabie saoudite, l'Égypte, le jihad, l'islamisme, le terrorisme... : pas un jour ne passe sans que le monde arabe fasse la une des plus grands journaux internationaux. Une marque d'intérêt dont il se serait bien passé.

Cent ans après les accords Sykes-Picot, le monde arabe ressemble à un homme gravement malade, peut-être même mourant, ayant affaire à toute une série de médecins charlatans, venus de l'intérieur comme de l'extérieur, et voulant absolument soigner le mal par le mal. Les journalistes et les intellectuels occidentaux l'observent avec intérêt, le commentent avec passion, le dissèquent pour mieux observer sa lente décomposition. Les grandes puissances oscillent entre une volonté de tirer profit – ou au moins de préserver leurs intérêts – des bouleversements qui agitent actuellement la région et entre la tentation de se désengager – ou au moins de regarder ailleurs – le temps que passe l'orage.

Le regard que l'Occident porte sur le monde arabe est passé en moins de cinq ans d'un optimisme parfois naïf à un pessimisme souvent méprisant. On est passé de l'idée que les printemps arabes allaient automatiquement déboucher sur un exercice plus démocratique du pouvoir à l'idée que les conflits déstabilisant la région étaient trop compliqués et impossibles à régler. Les analyses ont souvent manqué de recul historique et d'humilité face à un temps politique des plus paradoxaux : d'une part une (hyper)accélération de l'histoire qui bouleverse les États et les sociétés du monde arabe, d'autre part une revanche de la grande histoire qui continue de marquer profondément, parfois de façon inconsciente, les acteurs et les amène à faire des choix qui peuvent apparaître comme irrationnels. L'immédiateté du temps court et la profondeur du temps long ont en effet été en confrontation permanente ces cinq dernières années dans le monde arabe. Aux printemps arabes, amenant un vent d'espoir et de jeunesse, ont répondu les contre-révolutions instrumentalisant les angoisses populaires et permettant le maintien, ou le retour, des anciens régimes.

(Lire aussi : « Le printemps arabe, prolongement d'une décolonisation ratée »)

 

Pire à venir
La reconfiguration permanente des rapports de force au sein des États, mais aussi entre les États, tout au long de ces cinq dernières années, a contribué à façonner une réalité assez dramatique. Tous les États du monde arabe, à des degrés divers mais quasiment sans exception, se portent aujourd'hui très mal. Certains, comme la Syrie, l'Irak et le Yémen, sont le théâtre d'une multitude de guerres qui rendent caduc le pacte social et politique régissant les rapports entre les différentes communautés et qui remettent en question l'existence même, en tant que tels, de ces États. D'autres, comme l'Égypte et la Tunisie, sont fragilisés par les actions des groupes jihadistes et confrontés à une instabilité politique, toutes deux liées à une absence de projet national politico-économico-social en adéquation avec les attentes populaires. Enfin les derniers, comme les pétromonarchies du Golfe, continuent de gérer l'État en fonction des intérêts claniques des familles régnantes, sans mettre en place des réformes en profondeur, pourtant indispensables à moyen-long terme pour la survie de leur pacte social. Aujourd'hui, c'est la Syrie, l'Irak et le Yémen qui sont en pleine implosion. Demain, cela pourrait être l'Arabie saoudite, géant de l'hydrocarbure, indispensable à la stabilité de l'économie mondiale, ou l'Égypte et ses plus de 90 millions d'habitants ! Le pire est peut-être encore à venir...

Des motifs d'espoir existent tout de même. La population du monde arabe est très jeune, l'âge médian dans la totalité des pays qui le composent étant de moins de 30 ans. Jeune et politisée, la population arabe a acquis une grande expérience politique au cours de ces cinq dernières années. Même si cela prend des années, voire des décennies, il n'est pas illusoire de penser que l'esprit des printemps arabes pourrait finir par l'emporter. Mais il faudra pour cela que des personnages politiques, des figures intellectuelles, se dégagent et poussent en ce sens. La diffusion d'un discours politique plus modéré, plus nuancé, capable à la fois de dénoncer les interventions étrangères, mais aussi d'accepter la part de responsabilité des pays concernés dans l'évolution récente du monde arabe, apparaît comme un préalable indispensable à une véritable révolution. Et à entendre la teneur des discours politiques actuels, le plus souvent marqués par un sectarisme débridé et un complotisme assumé, on ne peut qu'espérer que le temps et l'éducation feront leur œuvre.

 

Pour mémoire
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