Ne pleure pas comme une fille. Depuis quand l'expression « comme une fille » est-elle devenue une insulte ? Pourquoi courir comme une fille, taper comme une fille, jeter une balle comme une fille, seraient-elles des actions automatiquement ridicules. La campagne publicitaire de Always, sortie il y a 2 ans, avait mis le doigt là où ça faisait mal et poussé à réfléchir. Et même si nous sommes au XXIe siècle, la parité est loin d'être dans les mœurs. Les filles, c'est fragile, ça pleure, ça couine. Les garçons, c'est fort, ça gueule, ça ne verse pas de larmes. Et après on se demande pourquoi les gens partent en vrille, une fois arrivés à l'âge adulte. Quand ils sont petits, les enfants ne se voient pas comme ça. Les garçons pleurent quand ils se font mal, quand ils sont blessés. Les filles escaladent des murets, font des bagarres. Et puis, un jour, on fout en l'air toute la confiance qu'ils ont en eux-mêmes.
Sois un homme mon fils et reste ancré dans les clichés. Joue avec des camions, aime les pirates, fais du bricolage. Et ne lorgne surtout pas du côté de ta sœur, les poupées, c'est pour les filles. La dînette, l'aspirateur, le rose, l'élastique, les paillettes, les poneys, les princesses, c'est pour les filles. Toi, tu seras un bon gaillard, avec du bleu dans ta chambre, tu liras des livres de pirates et de dinosaures, et pendant que ta copine de 5 ans préparera un thé imaginaire, versé dans une tasse en plastique, tu feras semblant de t'avachir devant un match de foot virtuel. Bonjour les stéréotypes. Et même s'ils sont plus faciles à dépasser pour les filles, ça reste plus compliqué pour les petits boys. Une fille qui aime les cow-boys, les Lego Star Wars, ça passe. Un garçon qui a envie de jouer avec une Barbie... c'est interdit. Attention, il pourrait mal tourner (sic). Et s'il est fan de Frozen et veut se déguiser en elle pour Halloween... Seul un père américain peut accepter que son petit garçon de 3 ans le fasse. Eh non, ça n'en fera pas un travesti.
Les angoissés d'une pseudothéorie du genre peuvent se rassurer, ils ont de beaux jours devant eux, gommer les différences entre garçons et filles, ce n'est pas pour demain. Parce que dès la naissance, les clichés apparaissent (pas de pyjama avec des licornes pour les petits bonshommes et pas de camion pour les petites) et vont définitivement s'installer dans l'inconscient collectif. Et ce n'est pas près de changer, même si quelques initiatives voient le jour : des livres où papa fait du repassage et maman travaille sur son ordi, des Baby Björn pour garçons, et l'enseignement de l'égalité dès le jeune âge. Ce n'est pas près de changer parce que, sans que l'on s'en rende compte, on est tous conditionnés : arrête de te comporter comme une fille, ne pleure pas pour rien, c'est un garçon manqué (on ne dit jamais, une fille manquée) et tout le reste.
Sauf qu'à force de préserver ces mauvaises habitudes d'ordre surtout social, on bousille profondément nos fonctionnements intérieurs. Les femmes ont peur d'être fortes, parce qu'on les taxera d'être castratrices. Elles auront peur d'avoir de nombreux amants parce qu'on les traitera de putes – alors qu'aujourd'hui toutes les poupées pour filles sont hypersexuées. Même charlotte aux fraises, même Little Poney. Hypocrisie absolue. Elles s'effaceront souvent face à leurs frères (et plus encore au Liban). Quant à eux, ces mâles en mal de fragilité, ils craindront de s'épancher ou de pleurer, de peur d'être traités de mauviettes. Craindront d'aimer des choses de filles. D'ailleurs les hommes dansent moins. Ils bougent un peu, ondulent à peine, tout juste lèvent le bras. Les Benjamin Millepied ne courent pas les rues. Et encore moins les rues libanaises.


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En arabe ( libanais ) nous avons 2 expressions , l'une péjorative qui dit d'une fille qu'elle est Hassan Sabê, limite gouine, et une autre plutôt admirative quand on dit e5ter rjel, celle qui pourrait faire marcher un bataillon d'hommes et réussir par sa bravoure mieux qu'un homme sans aucune allusion à son manque de féminité . Nous avons donc dans notre société ce genre de filles qui ne passent pas inaperçu et pour lesquelles Medea ne fait aucune allusion . Votre analyse se résume plus à du halloween Barbie qu'à la réalité de notre société .
13 h 59, le 23 avril 2016