Dans un bureau de vote, à Damas, lors des législatives organisées hier. Omar Sanadiki/Reuters
Au moment où des législatives étaient organisées dans une Syrie en guerre, les difficiles négociations de paix ont repris, hier, à Genève, avec pour objectif la mise en place d'une transition politique mettant un terme à plus de 5 ans de conflit. Ce nouveau round de pourparlers intersyriens, qui devrait durer une dizaine de jours, a débuté en fin d'après-midi par une rencontre entre l'émissaire spécial de l'Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura, et une délégation du Haut-Comité des négociations (HCN), qui rassemble les principaux groupes d'opposants au régime de Damas. « Nous allons discuter de plus en plus en profondeur de la question de la transition politique », a dit M. de Mistura lors d'une conférence de presse.
À la veille de la reprise des négociations de Genève, M. de Mistura a effectué une tournée à Moscou, Damas et Téhéran afin de sonder le régime syrien et ses principaux soutiens. « Le but principal de ces visites était d'écouter les conseils des autorités dans ces capitales sur la façon de s'assurer que cette phase de discussions intersyriennes soit aussi fructueuse et efficace que possible », a dit l'émissaire de l'Onu. « Tous ont dit soutenir les discussions visant à une transition politique (...) et aucun n'a en fait exprimé de doute sur le fait que c'est la priorité de l'ordre du jour », a-t-il déclaré. À propos des incidents armés survenus ces derniers jours en Syrie, M. de Mistura a exprimé sa « préoccupation », mais a tenu à minimiser le risque que la trêve vole en éclats. « Il y a eu des incidents, mais pas d'embrasement, c'est pourquoi nous considérons que malgré ces incidents sérieux, la cessation des hostilités tient toujours », a-t-il dit.
La feuille de route, fixée par la résolution 2 254 du Conseil de sécurité de l'Onu, prévoit une période de 6 mois pour mettre en place un organe de gouvernement et rédiger une nouvelle Constitution, puis une période de 12 mois pour organiser des élections présidentielle et législatives. Le compte à rebours des 18 mois a officiellement démarré le 14 mars.
Le fossé reste toutefois énorme entre régime et opposition sur la transition : le HCN exige le départ du président syrien Bachar el-Assad, tandis que Damas se dit prêt à envisager un gouvernement de coalition avec l'opposition, mais considère que le sort du président Assad est une « ligne rouge ».
Une « farce » électorale
Preuve de sa détermination à vouloir rester au pouvoir, le gouvernement du président Bachar el-Assad a organisé le même jour des élections législatives dans les régions qu'il contrôle et n'enverra sa délégation que demain à Genève. De son côté, le chef de la délégation du HCN, Assad el-Zoabi, a pour sa part accusé le régime de Damas d'être responsable de ces « violations répétées et délibérées » et de vouloir faire capoter les négociations de Genève. « Nous avons dit à M. de Mistura que nous sommes ici pour prouver que nous sommes sérieux dans la recherche d'une solution politique (...) alors que le régime est absent, ce qui prouve qu'il n'est pas sérieux », a-t-il dit. Mais l'opposition a réaffirmé que Bachar el-Assad devait d'abord partir. « Assad est le mal qui a frappé la Syrie, qui a forcé des millions (de personnes) à fuir leur domicile, qui a emprisonné des milliers de personnes, a poursuivi M. Zoabi. Le seul moyen de guérir pour les Syriens est qu'Assad et les autres personnages emblématiques du régime partent. » Interrogé sur le scrutin législatif organisé hier en Syrie, le chef de la délégation du HCN l'a qualifié de « farce ». « Les véritables élections générales seront celles qui seront organisées avec la participation de tous les Syriens », a-t-il dit.
Seul un tiers du territoire syrien, contrôlé par le régime et où vit environ 60 % de la population, était concerné par ces législatives. Il s'agit du deuxième scrutin depuis le début de la guerre en 2011. Les bureaux de vote ont ouvert à 07h00 (04h00 GMT) et devaient fermer à 19h00 mais, selon la télévision officielle qui a parlé d'une « forte participation », les autorités ont prolongé le scrutin jusqu'à minuit (21h00 GMT).
Le président Assad a voté avec son épouse dans un bureau installé à la Bibliothèque nationale. « Nous assistons depuis cinq ans à une guerre, mais le terrorisme a échoué à réaliser son objectif principal, à savoir détruire la structure sociale de la Syrie et son identité nationale, qui s'expriment à travers la Constitution », a-t-il ensuite déclaré.
Pour ce second scrutin depuis le début de la guerre en 2011, 3 500 candidats briguent les 250 sièges de député. Les résultats, attendus dans les prochains jours, devraient être semblables à ceux des législatives de 2012, selon les experts. Le parti Baas, qui dirige le pays d'une main de fer depuis plus d'un demi-siècle, avait alors obtenu la majorité des sièges.
Ces élections « montrent à quel point (ce régime) est coupé de la réalité », a commenté à Genève un porte-parole du gouvernement britannique. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a, de son côté, déclaré que ce scrutin « vise à ne pas laisser vide la sphère » du pouvoir syrien. « Il est clair que le résultat du processus politique doit être une nouvelle Constitution sur laquelle se fonderont des élections anticipées », a dit hier le ministre russe des Affaires étrangères.
Combats acharnés
Sur le terrain, plus de 100 combattants – soldats, miliciens prorégime, jihadistes et rebelles – ont été tués en quatre jours de combats acharnés sur un front stratégique au sud d'Alep, la grande ville du Nord, a indiqué hier l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Depuis dimanche, les combats autour d'al-Eis et de Khan Touman ont tué 61 rebelles et membres du Front al-Nosra, la branche syrienne d'el-Qaëda, ainsi que 50 soldats et miliciens prorégime, selon l'OSDH. « Au cours des dernières 24 heures seulement, 42 rebelles et membres d'al-Nosra sont morts, ainsi que 34 partisans du régime », a déclaré le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane. Les troupes du régime tentent de reprendre la localité d'al-Eis, tenue par al-Nosra et des groupes rebelles qui ont à leur tour lancé une offensive pour reprendre Khan Touman, une ville à proximité aux mains du régime.
Par ailleurs, plusieurs roquettes tirées depuis une zone tenue par le groupe État islamique (EI) en Syrie ont frappé hier, pour la troisième journée consécutive, la ville turque de Kilis (Sud) sans faire de blessés, provoquant de nouvelles représailles d'Ankara. Conformément à ses règles d'engagement, l'artillerie turque a riposté en ouvrant le feu, hier, sur des positions de l'EI, a indiqué le Premier ministre Ahmet Davutoglu.
(Source : AFP)


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