Bien que né au Liban, ce grand rêveur a grandi au Kenya, au sein d'une nature généreuse et majestueuse avec ses immenses espaces, sa faune sauvage et familière, sa flore incomparable. Habité d'images et de souvenirs, Rani Zakhem revient au Liban à l'âge d'homme, obtient une licence en architecture d'intérieur à la LAU et s'envole pour New York où il est admis à la Parson's School of Design. Toujours obsédé par les bougainvillées de son enfance, fort d'un diplôme en stylisme et couture, il fait ses armes auprès de Carlos Miele, Yigal Azrouel, Patricia Underwood et Zuhair Murad, entre autres, et en 2009, passe professionnel sous sa marque éponyme.
Rêveur, mais tout aussi grand travailleur, Rani Zakhem n'a de cesse de tailler, entre faille et dentelle, la matière des fêtes grandioses qui le hantent. À travers sa nouvelle collection haute couture 2016-2017, Rani Zakhem fait tourbillonner devant nos yeux, comme en rêve, les grands bals mythiques d'une époque disparue. Sous le thème Encore une danse, bienvenue dans le vestiaire de Charles James, de Jacqueline de Ribes et des princesses des temps modernes. Nous sommes en 1966 et vous venez de recevoir le carton d'invitation le plus convoité de New York. Loup blanc et robe blanche, vous irez à la Black and White Party donnée au Plaza par Truman Capote. Par moments, vous êtes Rita Hayworth dans Gilda. Cecil Beaton a réalisé votre portrait avec de la lumière. Ainsi êtes-vous, fermez les yeux : une femme irréelle qu'une limousine noire emporte vers des fêtes grandioses.
Des cristaux dans le losange
Pour recréer cette atmosphère surnaturelle où la robe, aérienne, se fait pluie scintillante, parfum, sillage, nuage, froufrou, battement d'ailes, Rani Zakhem, héritier direct du glamour hollywoodien, s'est plongé dans les archives des grands couturiers d'après-guerre. Pur produit de Parson's New York, il s'est attaché à réinterpréter avec jubilation et audace l'esthétique d'une période avide de luxe et d'opulence en réaction aux crises. Il nous fait traverser les années 40, 50 et 60 du XXe siècle dans l'atmosphère feutrée des derniers vrais grands bals, et puis nous plonge dans la haute société fantasmée des séries télévisées des années 80 – Dallas ou Dynasty – ses fourreaux, ses joyaux, ses intérieurs somptueux.
Partant d'un nœud papillon, toujours posé au dos comme une paire d'ailes imaginaires, le couturier sculpte dans une palette pastel des corsets en pointe d'où s'épanouissent, tels des pétales déployés d'une corolle, de grands jupons à godets ou en plissés soleil qui peuvent être longs jusqu'à terre ou s'arrêter à la naissance du mollet, en clin d'œil à la Nouvelle Vague. Superposant des nuées de tulle sur des crinolines Belle Époque, déclinés en satin duchesse, mikado ou organza de soie, textures précieuses, lumineuses et raffinées, ces jupons sont faits pour s'envoler au rythme de valses majestueuses. Décolletés, les corsets s'ornent de cascades végétales en applications de dentelles rehaussées de cristaux. L'Art déco n'est jamais loin chez ce couturier amoureux des époques fastueuses. On reconnaît sa signature dans de longs fourreaux et robes sirène, tantôt taillés dans une soie nuit où s'entrelacent de grands motifs cachemire en dentelle dorée, tantôt dans une soie nacrée blanc de perle au décolleté profond en V, drapé et terminé par un bijou en forme de losange où scintillent des cristaux mobiles, taillés en briolette. Çà et là des capes et des traînes ajoutent à la silhouette une touche de majesté.
Tournant résolument le dos aux transparences sexy et à l'érotisme ostentatoire des tapis rouges du nouveau millénaire, Rani Zakhem traduit, avec ses notes poudrées, déclinées du blanc au vert Nil, en passant par le rose, le jaune et le bleu pâle, relevées par une note d'anis ou de vermillon fané, et soulignées par l'absolu du noir et de l'or, une envie nouvelle de rêve et de féerie. Un envie de romantisme, de fraîcheur et de virginité que, par la magie d'une robe, il a le talent de transformer en réalité.

